Le festival June Events promet de la diversité

2 juin 2017 Par
Sarah Lapied
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Le festival June Events à l’atelier de Paris, premier jalon de la saison des festivals de danse qui suivront à Montpellier et Marseille, met à l’honneur aussi bien des troupes mondialement connues que de jeunes artistes prometteurs. Il s’est ouvert sous le signe de la réappropriation et du croisement des arts : danse, théâtre et musique. Les deux spectacles du soir du 1er juin, donnés à la Cartoucherie de Vincennes (75012), annoncent une programmation exigeante et originale.

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La soirée s’ouvre sur un « palimpseste », une réinterprétation d’une interprétation, par Aurélie Berland, dont l’une des étapes avait déjà été présentée lors de l’édition précédente de June Events.  La pièce montre les transformations subies par le drame shakespearien Othello, successivement repensé par les danseurs de José Limón avec « The Moor’s Pavane » en 1949 et celles d’Aurélie Berland avec « Pavane… [Miniature et miroir] », qui l’ont progressivement dépouillé de sa violence et de sa frénésie, jusqu’à une « différenciation indifférenciée » des danseuses. La proposition d’Aurélie Berland est un regard sur une oeuvre, une traduction dans un autre langage, plus épuré, qui pourrait être d’une certaine manière le « code source » de la chorégraphie de Limón, dans la veine des productions contemporaines qui se demandent quel est le sens du mouvement. Lorsque le trio de la partie « Pavane Miroir » se déploie sur scène, on croirait voir le mouvement de corps célestes, dont les orbites se rejoignent en certains points et font dévier les trajectoires respectives, entraînant dans leurs champs d’attraction les objets environnants. En-dehors de ces moments, fascinants comme peut l’être le tracé d’un mandala, la chorégraphie se perd un peu dans des considérations métaphysiques, laissant de côté le plaisir du mouvement expressif et abandonné. On retrouvera Aurélie Berland dans « Sur le fil » de Nacera Belaza le samedi 10 juin à 17h.

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Le second spectacle est, lui, d’un tout autre registre. « 1080 – Art de la fugue » porte le nom de la célèbre composition de Bach : il n’aurait pu en être autrement puisque la chorégraphie est moins de la danse mise en musique que de la musique mise en danse. Sur scène, les danseurs de la compagnie K622, menée par Mié Coquempot, sont autant de notes défilant sur la partition : lents comme des rondes, vifs comme des croches, doux comme des blanches. L’éloquence de la chorégraphie est remarquable tant elle est, instinctivement, le pendant visuel du son. Quand la musique se fait grondement, les danseurs deviennent fous, les corps se désaxent, se désarticulent ; ils s’emboîtent naturellement quand l’harmonie des accords est retrouvée. Le nom de l’oeuvre est, selon les mots d’une commentatrice inspirée, « une invitation à fuir » les cadres que sont début et fin, tension et résolution, passages obligés de toute composition digne de ce nom. Rien ne vient clore l’ensemble, que ce soit la musique ou la danse : le cerveau met un temps à réaliser que les oreilles n’entendent plus, et la lumière s’éteint doucement alors que les danseurs sont en mouvement. Le tout est admirablement servi par les lumières de Françoise Michel.

June Events débute donc avec une soirée riche en contrastes mais dont les deux événements ont en commun une certaine originalité et une volonté de montrer toutes les potentialités du mouvement dans son rapport avec les autres formes d’expression. Le festival continue jusqu’au 17 juin avec 40 spectacles.

© Patrick Berger