Le chorégraphe Eko Supriyanto danse l’île de Java au Festival de Marseille

19 juin 2018 Par
Alexia Blick
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Le 23ème Festival de Marseille s’est ouvert à la Friche Belle de Mai, avec deux spectacles javanais entre danse contemporaine et traditionnelle, imaginés par le danseur Eko Supriyanto. Des univers différents mais qui ont pour point commun de lutter contre les inégalités que subit l’île indonésienne, à l’histoire tant méconnue. 

Eko Supriyanto, l’emblématique chorégraphe de Madonna pour son Drowned World Tour 2001 et fondateur de EkosDance Company, a envoûté le public du Festival de Marseille avec ses oeuvres au thème fort. Basé sur l’introspection de la culture maritime de son île de Java, son solo « Salt » a permis d’établir un lien entre Océan Indien et mer Méditerranée. Mais surtout de mettre en lumière les différentes problématiques liées au tourisme et l’industrialisation. Avec son autre spectacle « Balabala », il a revendiqué la liberté et l’égalité. Cinq jeunes danseuses indonésiennes ont rivalisé de force pour pratiquer la danse du peuple Tobaru, traditionnellement réservé aux hommes.  

Salt, un cri du corps pour valoriser la culture maritime

 Le danseur avait déjà abordé le thème des profondeurs marines dans Cry Jailolo (2015) une création autour de la sauvegarde du récif corallien des Moluques, il revient ici avec « Salt » une manière de prolonger sa précédente oeuvre. En guise d’introduction, un son incisif créée par Dimawan Krisnowo Adji qui accompagne le solo d’Eko Supriyanto entre force et sensualité. Le jeu de lumière de Jan Marteen suit les mouvements fluides du chorégraphe et met l’accent sur l’expression de son corps. Seul, il habille tout l’espace d’une poésie infinie où sa jupe traditionnelle immaculée s’envole au même rythme que le sel dispersé largement sur la scène. Une scène perdue dans une lumière douce mais mise en valeur par ces mouvements aussi saccadés qu’aériens qui plongent les spectateurs dans l’univers maritime. Entre danse javanaise et art martial (pencak – silat), son corps se délit comme dans les strates océaniques. Une descente sous les eaux, rappelant l’apnée que l’artiste pratique, où se mêle ombres et lumières dans une perpétuelle impulsion corporelle.

Balabala, cinq danseuses pour représenter la liberté 

183454-balabala_2016_widhi_cahya_-_salihara_-_68_-_copie-3 Pratiquées à l’origine par des hommes, le Cakelel et le Soya Soya sont des danses inspirées de la tribu des Tobaru et représentent une société indonésienne soumise au patriarcat. Ici, c’est grâce à l’énergie de cinq danseuses que la chorégraphie prend forme pour rompre toutes les hiérarchies sociales. Accompagnées par le chant traditionnel et majestueux de Nyak Ina Raseuki, les ombres se reflètent sur un sol aux allures de tatami qui décuplent les mouvements déterminés des jeunes femmes. De manière coordonnée et précise, les corps suivent le rythme établi pour porter un message de force. Une gestuelle moins assumée qu’Eko Supriyanto mais qui révèle chez ce quintet d’artistes, une vulnérabilité très percutante et attachante. 

Les spectacles de danse du Festival de Marseille sont à retrouver jusqu’au 8 juillet 2018 : http://www.festivaldemarseille.com/fr/programme

Pour découvrir l’univers d’Eko Supriyanto, rendez – vous sur : http://www.ekosdancecompany.com

Visuels : © Festival de Marseille.