Chaillot ouvre 2016 sur la mémoire de la danse

7 janvier 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le Théâtre National de Chaillot invite jusqu’au 15 janvier l’excellent Ballet de Lorraine dirigé par Petter Jacobsson. Le premier et inégal premier programme nous promène dans l’histoire de la danse de Jean Börlin (1924) à Noé Soulier (2004) en passant par Cunningham (1975).

Note de la rédaction :

On a du mal à faire le lien entre ces trois programmes. L’idée que l’archive dansée est une incroyable tendance n’est pas neuve. On l’a souvent écris. Il suffit de se rappeler que récemment le Centre National de la Danse proposait de voir l’histoire de la danse lors d’un week-end, Scène de Gestes inscrit au programme du Festival d’ Automne. Le sous-titre de la soirée vue à Chaillot, Paris-New-York-Paris nous informe que nous allons circuler dans le temps et dans l’espace.

La première pièce est une reprise par Thomas Caley du dernier ballet de Jean Börlin intitulé Relâche. Les premières minutes, il est enchanteur de voir Chaillot retrouver son identité des années 20. Dans le public, les danseurs costumés d’époque sont assis normalement. La force de la pièce perçue à son époque comme avant-gardiste est de mêler cinéma et cabaret dans une forme de happening très seventies. Les films, très connus, sont l’œuvre de Picabia et Satie. A l’époque, « relâche » était entouré de deux ballets suédois et pendant l’exploitation les spectateurs ne savaient jamais si Relâche allait faire ou non… relâche. Le problème majeur est que le seul apport ici est de voir réanimer une archive. De la même façon que Dominique Brun en 2013 avait réactivé le Sacre du Printemps (1913), pour le coup, pièce extrêmement radicale qui marqué le premier pas de la danse contemporaine. On pense aussi à François Chaignaud qui présentera d’ailleurs  Another Look at Harmony  du 13 au 15 janvier à Chaillot qui avait redonné à voir lors de Danses Libres, le geste fondateur d’Isadora Duncan (Dès 1909), incroyable témoignage de rupture avec la danse rigide de l’époque.

Le spectacle est potache, fait de références qui rappellent l’opérette. Une jeune femme est courtisée par une horde de « boys ». Un pompier éteint un feu fait d’eau. Si les films de Satie et Picabia sont passionnants et témoignent d’une satire profonde de l’entre-deux guerres, le spectacle ne passe pas l’épreuve du temps malgré l’apport muséal évident. Pourtant, en 24, Relâche fit scandale. La danse y apparaît trop facile, la musique potache (l’air de la chanson paillarde « Le Père Dupanloup ») et le sujet, une satire du cabaret peu apprécié.

La suite du programme va en revanche crescendo. Noé Soulier continue son exploration intellectuelle de la danse en présentant Corps de ballet. Il travaille ici sur un glossaire qu’il va dépouiller et décaler. La pièce commence sur des figures extrêmement classiques où les retirés et les entrechats dialoguent. Puis, les pas deviennent autre chose, la musique de Schubert se tait et la contemporanéité arrive dans le climax du spectacle, une scène de groupe où les danseurs semblent être possédés, figés dans leur bulle. Un solo de pantomime surprend tout à la fin, la performance est troublante

 Enfin, place au chef d’oeuvre.  Petter Jacobsson nous permet de revoir un monument de la danse, Sounddance de Merce Cunningham. Créée en 1975, cette courte pièce d’un quart d’heure signe son époque sans en être prisonnière. Tout est or ici : le grand panneau en tissu qui clôt la scène comme les hauts des costumes des danseurs qui vont maîtriser à merveille la folie du maître américain.  Entrées en scènes tourbillonnantes, portés circassiens, jetés avec retournements… ici la technique de haute volée est l’illustration d’une période de haute liberté. La musique de Tudor est un cercle quasiment techno qui ne permet ni comptes ni répit.  Des pas de deux comme guidés par le soleil donnent à voir des portés en équilibre sur une cuisse repliée au sol. C’est à la fois psychédélique et futuriste en se plaçant dans un geste qui reste en 2016 totalement actuel.

SOUNDDANCE, Merce Cunningham (Teaser) from CCN Ballet de Lorraine on Vimeo.

 

Le ballet de Lorraine présente la seconde partie de son programme du 13 au 15. Une affiche magnifique : Monnier, Richard, Bengolea et Chaignaud. D’autre part, le Ballet de Lorraine sera présent au Centre National de la Danse tout l’après-midi du 16 janvier, de 14h à 18h30. Plusieurs activités seront proposées, comme des spectacles et performances, une exposition de photos d’archives (en accès libre) et aussi des cours de danse classique et contemporaine pour les débutants et les niveaux avancés, avec Thomas Caley et Petter Jacobsson.

Visuels : DR


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