Les soli ondoyants de Carolyn Carlson

7 février 2016 Par Araso | 0 commentaires

Premier volet d’un triptyque composé avec Double-Vison et Pneuma, le Théâtre National de Chaillot programme pour trois dates du 5 au 7 février 2016 le plus ancien et le plus récent des soli de Carolyn Carlson: Density 21.5 et Dialogue with Rothko. Un spectacle esthétisant mais inégal. 

Note de la rédaction :

Carolyn Carlson a créé Density 21.5 à l’Opéra de Paris en 1973, peu de temps après son arrivée en France et juste après son manifeste poétique Rituel pour un Rêve mort. Magnifiquement réinterprété par Isida Micani à Chaillot, ce solo court (8 min) est une pure merveille. Suspendue à son souffle, l’interprète, oiseau blessé, se relève et prend son envol. Le geste est précis, la technique éloquente, portée par la partition d’Edgar Varèse et le son de la flute traversière.

Le second solo, dansé par Carolyn Carlson depuis 2013, est un hommage au peintre Mark Rothko. Il prend pour point de départ son oeuvre et notamment une toile intitulée Black, Red over Black on Red. Il existe une frontière très ténue chez Rothko entre la création et l’aliénation, entre le corps et la toile. Sur ce fil, Carolyn Carlson tisse les rouages de son histoire et entre dans la peau de l’artiste qui se suicidera en 1970.

Le premier tableau est somptueux. Ms Carlson, de dos, le corps gracile à l’extrême, les muscles effilés et saillants, danse une série d’images qu’elle calligraphie du bout de ses longs doigts. Elle est absolument divine en éternelle grande danseuse.

Elle livre son interprétation très personnelle de l’intimité du peintre et de son rapport à la création. « Tremblements pour la main » assène la voix off, « tremblements pour la main qui peint ». Dans un origami d’étoffes rappelant les kimonos et une symphonie chromatique, Carolyn mime la folie avec grâce.

La création musicale de Jean-Paul Dessy, fine et délicate, ne parvient malheureusement pas à faire oublier de grosses lourdeurs de mise en scène. La scénographie, malgré ses ambitions esthétisantes, s’encombre d’une toile superflue et d’un rétroprojecteur qui peine à justifier sa présence.

La grâce du premier tableau est brutalement écrasée par une paire de gants en plastique et un costume très littéral, tunique noire sur pantalon rouge. De sublime, le geste se fait grandiloquent voire caricatural. Le charme est rompu, la tension tombe et l’on regrette qu’après des débuts du plus haut niveau, le spectacle ne tienne pas ses promesses.

Visuel © Laurent Paillier


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