« Brûlent nos cœurs insoumis » ou la fraternité disséquée par la compagnie Ben Aïm

27 mars 2017 Par
Camille Thermes
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Ce week-end pour la première fois en Île-de-France, la compagnie Christian & François Ben Aïm présentait Brûlent nos cœurs insoumis à la Maison des arts de Créteil dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne. Une création chorégraphique puissante, étroitement tissée avec la composition musicale d’Ibrahim Maalouf interprétée en live par le Quatuor Voce et le trompettiste Geoffroy Tamisier.

BRULENT NOS COEURS INSOUMIS, Choregraphie Christian et Francois Ben Aim, Ecriture et dramaturgie Guillaume Poix, Creation musicale Ibrahim Maalouf, Scenographie Camille Duchemin, Creation lumieres Laurent Patissier, Assistante choregraphique Jessica Fouche ; Musiciens : Ibrahim Maalouf et le Quatuor Voce, seance de travail, Theatre de Chatillon le 27 octobre 2016. Avec : Fabien Almakiewicz, Christian Ben Aim, Francois Ben Aim, Felix Heaulme (photo by Patrick Berger)

Frères, adversaires, inconnus, subordonnés, victimes, juges, tortionnaires… Autant de relations humaines possibles, autant de rôles que les quatre danseurs de Brûlent nos cœurs insoumis jouent tour à tour et s’échangent dans une chorégraphie dense et envoûtante. Dans ce qui se dessine comme une première partie, tout se passe encore à l’intérieur du cadre physiquement suggéré au centre du plateau. À travers les différentes scènes délimitées par des coupures de lumière, la danse s’y fait le reflet non réaliste mais transparent de situations humaines qui explorent notre capacité à faire face à la programmation du quotidien, à nos réactions individuelles et collectives devant des comportements décalés, réticents… insoumis. Si le décor, par ailleurs toujours sobre, suggère ensuite deux autres parties et se métamorphose peu à peu pour finir par laisser place à un chaos rouge et noir loin des règles spatiales imposées aux danseurs au début de la représentation, l’unité du tout réside dans le balancement continu insufflé par le tempo ternaire de la musique presque omniprésente. Véritable poumon de la création, de mélodies saisissantes en inconfortables frottements, cette dernière relie toujours entre eux les fragments chorégraphiques inspirés de textes de Guillaume Poix (qui signe ici la dramaturgie).

Il s’agit donc d’une histoire d’humains, ou plutôt d’une juxtaposition d’histoires quelquefois liées par des gestes et des motifs musicaux répétés, d’autres fois étrangères les unes aux autres mais toutes posant la même question. Celle qui porte sur les relations complexes qui lient l’individu à sa communauté, qui observe la confrontation d’une trajectoire personnelle à un destin collectif. Car Brûlent nos coeurs insoumis est une pièce dans laquelle les gestes ne s’effacent pas. Observés, décortiqués, repris, transformés, appropriés ; les mouvements des corps s’affrontent, se lient et se confondent dans cette chorégraphie à quatre doublée par les cordes généreuses et changeantes du Quatuor Voce et par le trompettiste et percussionniste Geoffroy Tamisier présents sur scène. Et cbnci-6-patrick-berger‘est en elle que la danse puis ici son énergie parfois violente, d’autres fois tendre ou désespérée.

De la succession de tableaux, il ne s’agit donc pas tellement de saisir les différents scénarios même si l’on devine que les danseurs incarnent des personnages à par entière. Ce qui importe c’est la façon dont l’interaction entre les corps des quatre danseurs parvient à faire jaillir une suite de vérités, parfois incompatibles et pourtant toutes aussi légitimes les unes que les autres. Solos, duos, unissons : toutes les formations possibles sont exploitées, et se succèdent à travers des jeux plutôt subtiles avec l’espace scénique rendu mystérieux par une lumière très convaincante (signée Laurent Patissier). Presque un tout petit peu trop mystérieux, car il faut avouer que c’est tout de même l’impression d’onirisme parfois un peu trop obscur qui peut briser par endroits l’envoûtement établi par l’harmonie particulièrement forte entre les danseurs, et entre mouvements corporels et musique.

La compagnie présentera encore Brûlent nos coeurs insoumis ce mardi 28 mars au Centre des bords de Marne (Le Perreux-sur-Marne) et le 1er avril à la salle Lino Ventura (Athis-Mons)

Visuels : ©Patrick Berger