Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au Bois Dormant: Laura Scozzi démolit les codes du conte de fées à la hâche

19 janvier 2016 Par Araso | 0 commentaires

Après Et puis j’m'en fous, vas-y, prends-là ma bagnole en 2010, Laura Scozzi revient au Théâtre du Rond-Point, toujours avec son complice Olivier Sferlazza. L’occasion de revoir Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au Bois Dormant, une commande et production du Théâtre de Suresnes Jean Vilar pour Suresnes Cités Danse 2014. Un spectacle truculent qui dynamite la morale des contes de fées tout en jouant avec les codes du hip-hop. 

Note de la rédaction :

Originaire de Milan, Laura Scozzi s’est essayée à toutes les danses avant de choisir le hip-hop. Elle est en outre diplômée de Académie Nationale d’Art Dramatique de Rome et de l’Ecole de mimodrame de Paris Marcel Marceau. Avec sa compagnie Opinioni in Movimento, elle explore depuis 1994 un théâtre dansé et chanté, toujours placé sous le signe du décalage et de l’extravagance.

Si vous vous échinez à expliquer à votre petite fille que si elle est sage, belle et vertueuse, le Prince Charmant accourra, et à votre petit garçon que s’il se comporte bien, les bonnes fées se pencheront sur son berceau: ce spectacle n’est pas pour vous. Laura Scozzi s’empare à pleines mains de tous les codes du conte de fées et joue des extrêmes opposés. Sans être trash ni vulgaire et tout en restant dans le registre du spectacle grand public, elle malaxe et s’approprie le politiquement correct.

Dans Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au Bois Dormant, le hip-hop est très accessible. Laura Scozzi en garde la signature et les codes mais son propos n’est pas d’impressionner le public. De fait, les aficionados du genre regretteront l’absence des figures les plus techniques. Ici, il s’agit bien de rire et de ne surtout pas se prendre au sérieux. Le décalage entre la danse et les variations de Niccolò Paganini n’en demeure pas moins un régal. Les clins d’oeil et références sont discrets, éclectiques, du plus populaire au plus pointu: ici Singing in the Rain, là Vaslav Nijinski dans L’après-midi d’un Faune.

Dès l’entrée en matière dans un décor à la Mattel de la grande époque, les codes du masculin et du féminin sont dégommés. Le rose pastel et les couleurs primaires explosent de partout, on est dans le sur-kitsch à souhait qui sent bon la parodie au vitriol. Un cortège d’abeilles mâles et femelles butine des fleurs XXL en slidant des pas de hip-hop. Le pistil est si parfumé qu’ils s’en font un rail.

Se succèdent les avatars du Petit Chaperon Rouge, Cendrillon, Blanche-Neige, la Belle au Bois Dormant et même la Barbe bleue. Les trois petits cochons sont des femmes, érotomanes, affublées de bottes en caoutchouc roses, de parapluies assortis et de trench coats à déboutonner en mode neuf semaines et demie. Elles fument, descendent packs de bières et paquets de chips. Le bal de Cendrillon est une rave géante dont les videurs sont (littéralement) des ours. Le prince charmant en prend pour son grade. Il est multiple, fainéant, échoue dans la conquête de la Belle au Bois Dormant et termine en patient d’hôpital psychiatrique. A des millénaires de l’idéal à la Disney, il boit des bières, est macho ou homo. La fée bimbo nympho joue les chefs d’orchestre de ce capharnaüm, aussi euphorisante qu’une coupe de champagne.

Pour chacun des contes, Laura Scozzi joue le travestissement et les multiples. Les hommes jouent les femmes et inversement, les protagonistes se déclinent en genres et en couleurs de peau. Sa version de Blanche-Neige et les Sept Nains est celle de toutes les subversions: il y a 7 Barbe-Neige, hommes et femmes, pour un nain. La pomme de la sorcière n’est pas toxique mais aphrodisiaque. Le nain est dépouillé et dans sa bouche, la pomme devient Viagra.

Absolument tout est prétexte au détournement, mais rien n’est gratuit. Le Petit Chaperon Rouge est un homme, avec du poil aux pattes. Il désespère d’attirer l’attention du Grand Méchant Loup. Par dépit, il se lance dans un solo endiablé de hip-hop. Quant à mère-grand, loin d’être innocente, elle envoie le petit chaperon rouge faire ses courses, écartant de ce fait une potentielle rivale plus jeune et plus fraîche, pour mieux séduire le loup. La Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim n’est pas loin.

Un spectacle avec une bonne dose de second degré dont on sort le sourire aux lèvres quel que soit son âge. Et en plein mois de Janvier, on aurait bien tort de s’en priver.

 


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