[Avignon OFF] Mickaël Phelippeau chorégraphie le génie d’Ethan Cabon

10 juillet 2014 Par
Amelie Blaustein Niddam
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A la parenthèse, la semaine de la programmation de la Belle scène Saint Denis s’achève avec un programme supplémentaire qui vient rejoindre Raphaëlle Delaunay, Herman Diephuis et Salamata Kobre. Pour Ethan de Mickaël Phelippeau est une révélation comme il y en a peu.

Danser l’adolescence, la mettre en scène, cela on a déjà vu, Fabrice Murgia est coutumier du fait. Mais faire jouer et danser un môme de quinze ans, sans tomber dans la piste aux étoiles, cela est un fait rare.

Le chorégraphe Mickaël Phelippeau travaille les « bi-portraits » et ici, il a proposé à Ethan de jouer le jeu et de performer son « autoportrait ». Le  gamin est long, déjà immense,  dans une fragilité solide. Il porte un débardeur jaune, un bermuda, des baskets. A son tee-shirt, l’insigne rouge de soutien aux intermittents est solidement épinglé. Il a l’air de savoir où il va, absolument décidé. Et pourtant, il ne veut pas se déployer, il ne peut pas. « Quand j’aurai 18 ans j’aurai le sens de l’humour » nous dit-il dans son décor tracé à la craie et  rempli de confettis ,enfantin. Mais lui occupe l’autre espace, celui du plateau nu bien vide.

Il court, joue au ballon, écoute Kavinsky, c’est un ado bien dans sa peau mais pas trop qui préfère garder les bras et les genoux pliés, sauf quand il s’agit de faire rebondir frénétiquement et obsessionnellement une balle. Il y a de la répétition, des blocages et de la rage, celle de frapper fort, de sauter si haut qu’il grimpe en un instant dans le platane malade de La Parenthèse.

Il a la classe et l’assurance des grands, non pas des grands adultes, mais des grands artistes. Il sait troubler, il sait nous faire douter, nous perdre pour nous rattraper dans un spectacle extrêmement bien construit où la perf croise la danse. Du haut de ses 15 ans, il offre une pièce pour public déjà averti, sans compromis.

Il s’amuse des codes, nous fait croire à une représentation de ballet d’école de province de fin d’année, il nous mène par le bout du nez et nous tient par les oreilles quand il disparaît en chantant. Il danse depuis 6 ans déjà, il maîtrise le rythme et le jeu avec le public.

Pour une fois, l’adolescence est mise en valeur, écoutée, aimée. Chacun trouve ici une résonance avec ses 15 ans, période de l’entre-deux redoutable faite comme cela, de moments où on tourne en rond en dessinant des trucs sur les murs ou au sol et ou par d’autres on s’élève et on grimpe haut, très haut sur les baffles qui crachent la pop d’Anika et son « I go to sleep ».

Ce programme est à voir du 10 au 13 juillet, il sera suivi du 14 au 20 juillet par En terre d’attente de Marion Alzieu et Ousseni Dabare, Man Rec de Amala Dianor et Cantando sulle ossa de Francesca Foscarini.

Visuel : http://www.bi-portrait.net/