Avant toutes disparitions, dans la grâce du jardin de Thomas Lebrun

18 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Attention beauté. Le danseur et chorégraphe Thomas Lebrun continue pour notre plus grande joie à développer son travail sur les déplacements et la théâtralité sublimée de la danse. Avant toutes disparitions est une leçon de geste qui aurait touché au chef d’oeuvre si son temps avait été légèrement resserré.

Thomas Lebrun est un héritier qui depuis une dizaine d’années est extrêmement reconnu. Depuis Switch (2007) il offre des plateaux sombres et développe des thèmes intellectuellement riches. On l’a vu travailler sur le sida, offrir des solo comme des portraits à ses danseurs dans Constellation consternée ( 2010) et au Festival d’Avignon entrer dans l’histoire de la danse avec Lied Ballet ( 2014). Entre autres.

Récemment, Tiago Rodrigues s’amusait à demander à ses interprètes de se définir en un titre de spectacle, puis en un geste. On imagine alors Thomas Lebrun monter sur la scène du Théâtre de la Bastille et inscrire sur un panneau « 1980 ». Comme dans la pièce que Pina Bausch signa sur le deuil cette année éponyme, devant nous s’étend une prairie que Daniel Larrieu et Odile Azagury dans un chicissime pas de deux (Elle en longue robe noire, et lui en smoking) fleurissent dans un mouvement continu et lent

Avant toutes disparitions est une succession de situations qui toutes viennent nous dire un moment de rupture. Lebrun est un fidèle et sur scène il rassemble compagnons de route et troupe : Raphaël Cottin, Anne-Sophie Lancelin, Daniel Larrieu, Odile Azagury, Maxime Camo, Anthony Cazaux, Anne-Emmanuelle Deroo, Matthieu Patarozzi, Yohan Têté et Julien-Henri Vu Van Dung.

Mais Avant toutes disparitions et surtout une histoire d’apparitions. La première image scotche. Lever de rideau, opposition du vert de la prairie avec le noir des costumes. Un pré carré pourrait-on dire qui est posé au centre mais n’occupe pas tout l’espace. Et il y a ce couple de danseurs plus si jeunes, Larrieu est désormais doté d’une belle barbe blanche, qui sont dès la première seconde le symbole de la permanence.

Pour dire les fugacités, les méprises, les abandons. Pour dire aussi les rencontres improbables, le désir qui vous saisi sans vous demander votre avis, Lebrun utilise ses interprètes comme dans un manège. Ils surgissent en file indienne, par groupes de tailles différentes. Il y a des couples, il y a des mises à mort. Il y a des cris sourds, il y a des bombes qui semblent tomber. Il y a des courses, il y a des fêtes comme si danser était un remède à la mort. Il y a des costumes d’une élégance parfaite qui donnent à ce bal autour puis sur la prairie des allures d’un film des années 50. La coordination est juste, les corps dansent jusqu’au bout des ongles dans des ruptures de rythmes extrêmement cardios. On est époustouflés par des portés qui voient les danseurs passer de l’un à l’autre. Époustouflés aussi par l’intelligence de ce twist au ralenti. Oui, définitivement, Avant toutes disparitions est très cinématographique. La musique qui part d’un son années 20 pour atteindre un concerto de violon en passant par une chanson qui parle d’amour et un beat techno est une bande son optimale.

Malheureusement, Lebrun commet une erreur. En voulant dire que le monde a une fin, que oui les disparitions sont une obligation, il se délite dans un geste qui a beau être beau glisse dans une répétition qui fini par lasser. Il est passé à 10 minutes de signer une pièce qui aurait mérité une standing ovation.

Visuel : ©Frédéric Iovino

(c) Jean Couturier

 


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