Auf dem Gebirge hat man ein Geschrel gehört : la beauté ancrée au sol terreux de Pina Bausch

23 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

C’était l’événement du mois de mai parisien. Le Tanztheatear Wupppertal occupait le théâtre de la ville (Agua) puis le théâtre du Châtelet (Auf dem Gebirge hat man ein Geschrel gehört). Pina Bausch était chez elle à Paris, la troupe passant des semaines en création au Théâtre de la Ville. Depuis sa mort, les deux salles se sont donné pour mission de faire vivre ce patrimoine dans un legacy tour cunnighamien éternel. Des places sont à vendre en dernières minutes au guichet.

Note de la rédaction :

Depuis 1987 Auf dem Gebirge hat man ein Geschrel gehört n’avait pas été donné à Paris. Le public pour sa plus grande partie découvre donc pour la première fois ce monument très emblématique du geste de la chorégraphe allemande. Le plateau chez la longue dame n’était jamais nu et volontiers recouvert au choix d’eau, de pelouse, ou comme ici de terre. Auf dem Gebirge hat man ein Geschrel gehört, en français Sur la montagne on entendit un hurlement, raconte exactement cela : un hurlement, au loin.  Tout commence par un bombardement, pardon, une course lourde orchestrée  par les vingt-cinq danseurs, qui fuient l’horreur en faisant le tour du théâtre affolés. Ce qui les effraient est l’image burlesque et angoissante d’un homme, un  baigneur, slip de bain rouge ridicule, bonnet de bain et lunettes.  Le massif Michael Strecker fait éclater des bombes, pardon, des ballons de baudruche rouge. Rouge sang ?

Ensuite, le geste, associé à la dramaturgie de Raimund Hoghe, de Pina entre théâtralité, mime et chorégraphie fait le reste. Se succèdent des tableaux fous où des courses cette fois concentrées sur la terre, à la façon de sa version du Sacre du Printemps scotchent de beauté. Il y a des folies à faire grimper une danseuse au mur, soulevée comme une plume, dans un geste de frayeur hystérique.

Il y a de la crainte et de la peur ici, face à un monde en transition. La pièce est créée en 1984, année mythique, figée pour l’éternité par Orwell. Elle est créée 40 ans après le pic de la Shoah. En 1944, l’horreur nazie est à la fête. Il y a de quoi fuir, surtout quand la fumée arrive. Le sol est ici brûlé, il colle aux corps qui se dévoilent un peu. On se noie et l’image de cette foule qui plonge dans la boue dans une extrême souplesse du bassin est d’une actualité étrange.

Mais chez Pina, le noir est toujours lumineux. Au cœur de la guerre, on ordonne « Parlez-moi d’amour », une jeune femme attend un amant dans un lit de forêt et, la farandole chic en un claquement de doigt et un déhanché sauve l’affaire d’une totale torpeur. Il en faut du désir de vivre pour être en équilibre et en talons hauts dans la terre molle.

Plus que jamais ici, le travail d’archivage dansé des chorégraphies de Pina fonctionne. Jusqu’à quand ? A quel moment faudra–t-l actualiser comme c’est le cas depuis que le théâtre est théâtre, pour ne pas faire tomber ces chefs-d’œuvres dans le formol. Quelle horreur et quelle frayeur d’imaginer Auf dem Gebirge hat man ein Geschrel gehört devenir un Lac des cygnes vidé de son âme. Le Tanztheatear Wupppertal et le théâtre de la ville trouveront la clé pour répondre à cette fragile question de la survie des oeuvres dansées à leur chorégraphe en ne les cantonnant pas à un travail d’historien mais, bien à une offrande actuelle et aujourd’hui au spectateur.

Visuel  : © Gebirge 2016 Jochen Viehoff


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