Arte Flamenco a enflammé son public

16 juillet 2017 Par
Bénédicte Gattère
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Patricia Guerrero. Photo : © Pascal Bats / "Sud Ouest".

Patricia Guerrero.
Photo : © Pascal Bats / « Sud Ouest ».

Cette année encore, le festival d’Arte Flamenco a ravi son public. Composé de fidèles, de connaisseurs et de plus en plus de Landais, fervents amateurs du genre depuis que la manifestation a gagné en notoriété, il ne cache pas ses enthousiasmes. Le concert de Pedro Heredia, dit « El Granaíno » ainsi que le spectacle final du 8 juillet ont été particulièrement plébiscités.

Alors que certains le voient déjà comme l’héritier du grand Camarón (Camarón de la Isla), ? du reste invité du festival dans les premières années de son existence ?, Pedro El Granaíno a donné le meilleur de lui-même lors de son concert à Mont-de-Marsan. Un chanteur assis, en costume, accompagné seulement d’une guitare, sous la forme d’un récital : l’exercice paraissait presque austère au premier abord. C’était sans compter sur la puissance déroutante du cante (chant) d’El Granaíno. Au rythme de soleás et seguiriyas, formes particulières de cante, il a su faire vibrer le public et rendre palpable l’âme du flamenco, entre déchirements saisissants et envolées passionnées. Avec le guitariste Antonio de Patrocinio fils, tout en retenue, à l’écoute du chanteur et de ses moments d’improvisations, le duo a remporté un immense succès auprès de tous sans exception, même auprès des spécialistes les plus pointus.

Le lendemain, le dîner-spectacle du samedi 8 juillet, en clôture de la manifestation s’annonçait comme le moment incontournable d’Arte Flamenco avec la présence de la grande danseuse Juana Amaya, de la jeune prodige Patricia Guerrero, d’Olga Pericet et de Jesús Carmona. Ce fut en effet un moment inoubliable. Comme le veut la tradition flamenca, les musiciens sont assis en cercle sur scène. Les chanteuses, danseurs et danseuses se succèdent et regagnent tour à tour les musiciens assis. Le flamenco se vit ainsi : chaque artiste est aussi le spectateur de l’autre, lui répondant par ses gestes, ses intonations, ses déplacements. À la fin, les spectateurs ont même pu assister à un pas de deux improvisé entre le chanteur Miguel Angel Lavis, très inspiré ce soir-là et Juana Amaya, l’une des plus danseuses les plus imposantes de la scène flamenca. Dans un style introspectif, habité, cette héritière des familles Vargas et Amaya a livré des moments de baile joliment en contraste avec ceux de Patricia Guerrero, lumineuse, dont la fougue a emporté l’adhésion du public.

Les danses, notamment des hommes, furent ponctués les « Olé! » doux et impérieux, singulièrement murmurés, de la chanteuse invitée Gema Caballero  : chacun et chacune a son style, s’affronte, se confronte, s’écoute et se répond. À regarder un spectacle flamenco de cette teneur, on saisit l’essence de cette communauté artistique aussi dynamique et vivante. Herminia Borja, maîtresse du cante et doyenne du spectacle est parvenue à rendre toute l’impétuosité du flamenco le plus pur, et à la transmettre aux autres artistes. Lorsqu’elle chante pour le solo de Patricia Guerrero, ?l’un des moments les plus forts de la soirée ? elle donne à voir ce qu’est le style flamenco, merveilleusement moderne et toujours animé d’une même ferveur gitane, ancestrale et profondément populaire. Intense de bout en bout, le gala conçu par le danseur de génie qu’est Manuel Liñan a été applaudi à tout rompre, et nous avons applaudi avec cœur aussi car une réunion d’aussi grands artistes sur scène subjugue et bouleverse. À n’en pas douter, la prochaine édition 2018, qui correspond au trentième anniversaire du festival promet d’être un florilège flamenco inoubliable, avec toujours une large part accordée au cante, « la colonne vertébrale du festival », comme le souligne François Boidron, directeur général de Arte Flamenco.