« Ad noctum » : le pas de deux graphique de Christian Rizzo

18 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

La réputation de Christian Rizzo n’est plus à faire. Celui qui fut dans un autre temps styliste a l’art de la ligne et de l’élégance. L’actuel directeur du Centre National Chorégraphique de Montpellier offre pour trois petits jours encore une plongée en double-je. Futuriste et nostalgique. Un moment de sublimation suspendu.

Note de la rédaction :

Sur scène, Julie Guibert et Kerem Gelebek que l’on a tant vu danser chorégraphiés par Rizzo. Gelebek s’est même vu offrir ce solo au long titre C’est l’œil que tu protèges qui sera perforé qui nous racontait un passage, de l’adolescence au monde adulte. Les passages, les filiations, les origines, le tout porté par la forme semble être une régularité de Rizzo et Ad Noctum n’y coupe pas.

On le sait depuis D’après une histoire vraie, il se passionne pour la gestuelle des danses folkloriques qu’il va également utiliser ici. Ils sont donc deux, évoluant sur un plateau fait de lignes noires et blanches dans un esprit de damier dont les cases seraient de longues lignes. Un cube se devine et restera secret longtemps avant de déployer du son et des images. Les danseurs sont habillés presque pareil, pantalon chic et tee-shirt, baskets aux pieds. Ils sont intemporels, évoluant dans ce décor qui pourrait être celui d’un film de science-fiction.

A la lumière glabre du néon,ils vont danser dos à dos dans un geste qui sent le slow. Étonnant. Puis dans une succession de noir/lumière, le duo va proposer des shoot de danse, qui les verront ensemble ou séparés, chaleureux ou froids mais toujours en lien. La danse est ici une circulation permanente ou les pliés de jambes et les ouvertures de bras s’inspirent aussi bien des danses traditionnelles turques que des infinités de proposition des danses de salon.  Le son est ici une hypnose. Comme toujours chez Rizzo qui aime assourdir pour étourdir, ça tape fort. Dans Ad noctum, pas de batterie mais un beat techno et bientôt de folles apparitions numériques. Le plasticien sait faire, et il nous perd dans la première partie, nous laissant voguer à nos pensées devant ce couple qui danse parfois un tango désuet ou qui en désinvolture glisse les mains dans les poches. Rizzo est un magicien qui nous attrape quand on ne s’y attend pas en faisant surgir de façon totalement inattendue, des images très casteluciennes où l’on retrouve l’élément graphique omniprésent chez lui mais qui était jusque-là absent : le cône.

Rizzo pointe vers le haut, un talent dément, et poursuit sa capacité à surprendre et à se renouveler dans des propositions toujours léchées à l’élégance implacable. Sa danse est toujours un enchantement, une circulation sans relâche, qui se regarde comme si l’on était pris dans un sac et un ressac marin. Sa nuit est belle, elle est glamour, elle réinvente le temps, elle respire les bons alcools et les rencontres sans enrobage.

Visuel : ©Marc Coudrais


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