« Priscilla, folle du désert » au Casino de Paris : shine bright like a drag-queen

6 mars 2017 Par
Alexis Duval
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Euphorisante, la transposition en comédie musicale de la réalisation queer de Stephan Elliott ne manque pas de culot. Soyez prévenus : vous allez en prendre plein les yeux et les oreilles !

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Adapter sur scène un film aussi culte. Le pari tenait de la gageure. Priscilla, folle du désert : la comédie musicale dissipe pourtant toutes les craintes. Au Casino de Paris jusqu’au 5 mai, le spectacle déploie ses ailes pendant 2 h 30 de paillettes, de plumes et de couleurs étourdissant. Vendredi 3 mars, la salle a applaudi à tout rompre la formidable et nombreuse troupe qui honore l’oeuvre d’origine.

Pour comprendre le phénomène Priscilla, folle du désert, un peu d’histoire. En 1994 (janvier 1995 sur les écrans français) est apparu un road-movie complètement déjanté qui allait faire date dans la culture queer. Réalisé par Stephan Elliott, la production australienne raconte les aventures de Mitsy, Felicia et Bernadette, deux drag-queens et un transsexuel, entre Sydney l’urbaine et Alice Springs, 25000 habitants, au beau milieu de l’outback. A l’époque, le film avait enthousiasmé Un Certain Regard au Festival de Cannes, puis les Oscars en 1995 – personne ne s’étonnera du fait que le film a reçu une statuette pour… ses costumes. Le public avait suivi, plus de 300 000 personnes en France.

Pour être à la hauteur de l’oeuvre d’origine (que plusieurs cinémas, notamment à Paris, ont la bonne idée de reprojeter ces jours-ci), il fallait faire preuve d’audace. De fait, le personnage-titre du film, Priscilla, n’est autre qu’un minibus. Comment, dès lors, transposer le mouvement du road-movie et compenser la staticité d’une scène ? Autre point, et non des moindres : comment traduire sans l’amoindrir la puissance comique des trois protagonistes, dont les répliques en anglais (en particulier celles de Bernadette, comme « Oh Felicia, where the fuck are we ? », « Believe me, Bob, these days gentlemen are an endangered species. Unlike bloody drag queens who just keep breeding like rabbits », ou encore « That’s just what this country needs : a cock in a frock on a rock ») font  mouche ?

Force est de constater que d’audace, cette adaptation scénique n’en manque pas. Le dispositif scénique est efficace en diable. Le minibus est là, il roule avec, en arrière-plan, la route australienne en images de synthèse. Aux costumes, les tenues conçues par Frédéric Olivier (formé chez Lanvin, il a beaucoup créé pour les opéras d’Avignon, de Nice et de Marseille) sont une débauche, un tourbillon virevoltant de couleurs et de motifs criards, le tout agrémentés d’indépassables et d’opulentes plumes. Les acteurs sont épatants, David Alexis en tête, parfaite en Bernadette tantôt lasse, tantôt enamourée. 

La reine du music-hall, Line Renaud, dans le public

La différence majeure entre film et comédie musicale réside dans la bande-son : la scène du Casino de Paris a résonné au son du meilleur du disco. The Weather Girls, YMCA, Gloria Gaynor, Donna Summer… Ce pot-pourri de classiques indémodables et pourtant si ancrées dans leur époque a manifestement fait s’emplir le coeur du public d’une vibrante euphorie. D’autant que, Australie oblige, on puise également dans le répertoire des icônes gay nationales, dont la représentante la plus connue et reconnue : Kylie Minogue.

Deux regrets : la présence de quelques seconds rôles qui ne figurent pas dans le film (le cabarettiste du début) et qui parasitent inutilement l’humour et le fil narratif. On déplorera également que la dimension mystique, clairement présente dans le film à travers l’épisode de l’escalade d’Ayers Rock, la célèbre montagne rouge qui est un lieu sacré pour les aborigènes, soit largement escamotée. Côté traduction, si l’on excepte quelques approximations et quelques rares répliques qui tombent à plat, la version française s’en sort avec les honneurs.

Vendredi 3 mars, on reconnaissait plusieurs VIP dans la salle. L’une d’entre elles a attiré notre attention : c’était Line Renaud, qui, accompagnée de quelques amis du petit écran, a visiblement beaucoup aimé le spectacle. Voir l’ancienne reine du music-hall parisien prendre un plaisir manifeste devant ces ballets de plumes et de strass peut être interprété comme une forme d’adoubement. En ce qui nous concerne, Priscilla, folle du désert a tous nos suffrages !

Photos : AD

Priscilla, folle du désert :  la comédie musicale, au Casino de Paris jusqu’au 5 mai. Renseignements et réservations : https://www.casinodeparis.fr/