My fair lady à l’Opéra de Massy : si ça, c’est-y pas très joli!

22 janvier 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

My fair lady est un des plus grands succès de la comédie musicale américaine et le personnage d’Eliza Doolittle a été marqué par Julie Andrews (qui avait créé le rôle à Brodway) ou encore Audrey Hepburn au cinéma dans le film de George Cukor. Autant dire que ce n’est pas rien de succéder à de tels noms dans une oeuvre aussi populaire, ce qu’avait fait Julie Fuchs à Metz en décembre 2012 puis Chiara Skerath à Avignon en décembre 2013, toutes les deux dans la mise en scène de Paul-Emile Fourny. Alors que la production avec Chiara Skerath a été retransmise durant les Fêtes de fin d’année sur France 3 en 2014 et 2015, c’est Fabienne Conrad qui a pris le relais pour les représentations à Metz en décembre dernier ainsi qu’à Massy les 16 et 17 janvier.

Inspirée de Pygmalion, une pièce de Georges Bernard Shaw, My Fair Lady a d’abord été créée en 1956 à Broadway sur un livret d’Alan Jay Lener et une musique de Frederick Loewe. Mais elle est réellement devenue une comédie mythique avec l’adaptation réalisée au cinéma en 1964. L’histoire tourne autour d’Eliza Doolittle, une modeste marchande de fleurs au parler plus que populaire. Un soir, à la sortie d’un théâtre, elle rencontre le linguiste Henry Higgins ainsi que le colonel Hugh Pickering. De cette rencontre naît un pari entre les deux hommes : Higgins a trois mois pour faire d’Eliza une femme distinguée présentable au bal de l’Ambassade.

L’adaptation du livret en français est définitivement une bonne idée et exécutée avec intelligence ici : l’oeuvre devient véritablement accessible au public qui rit aux éclats des propose tenus et non de la lecture d’un texte au-dessus de la scène. Le passage dans la loge des champs de courses est probablement le passage le plus drôle de l’oeuvre, devant beaucoup au texte mais surtout au jeu de l’interprète, ici Fabienne Conrad qui parvient à prendre l’accent « populaire » et l’accent beaucoup plus bourgeois avec une grande facilité. Comment ne pas succomber au rire lorsqu’elle nous explique avec un accent « de la haute » que « la vieille » a « clapsé »? Notons également tout son talent comique lors de la scène des chocolats au début de sa formation. Le décors dans un Londres des années 1950 n’a ici absolument rien de gênant et l’on prend plaisir à voir une véritable comédie musicale qui nous rappelle celles de cette époque, avec des décors efficaces, sans surcharge, et des numéros de danses ou de claquettes fantastiques. Le petit duel que se livrent Didier Benetti et l’un des danseurs est formidable, l’un tapant le rythme sur un tambourin improvisé, l’autre avec ses claquettes.

Le seul petit bémol de cette production, s’il devait y en avoir un, serait la présence de micros. Certes, ils rendent les dialogues audibles dans toute la salle sans avoir à fatiguer de trop la voix des chanteurs, mais cela créé un sentiment étrange lorsque l’on est habitué à entendre ces voix sans amplification électrique, notamment dans un opéra. On s’en accommode rapidement, bien sûr, sauf peut-être lorsque l’on entend l’essoufflement des artistes (qui doivent bien reprendre leur souffle et respirer entre deux numéros).

Côté voix, la distribution est globalement restée la même qu’à Avignon, exception faite de l’héroïne. Pas de surprise donc ici : Lionel Peintre (le colonel Pickering) et Raphaël Brémard (l’amoureux Freddy) sont deux très bons chanteurs que l’on prend grand plaisir à entendre tant chanter que parler tandis que Jean-Louis Pichon (Higgins) et Philippe Ermelier (le père d’Eliza Doolittle) semblent meilleur comédiens que chanteurs, tout en relevant parfaitement le défis de cette comédie musicale. Les jeux sont, quant à eux, irréprochables.

Fabienne Conrad, de son côté, laissait entendre une voix quelque peu fatiguée samedi soir et l’on devinait à certains de ses aigus et à son parler qu’elle était très probablement malade ou bien qu’elle se remettait à peine. Dommage, si tel était le cas, que l’Opéra n’ait pas fait une annonce au début de la représentation. Saluons le courage de cette soprano qui, malgré cela, tient parfaitement son rôle ; certes, comme nous l’avons dit, certains aigus sont fatigués et donnent l’impression que les cordes vocales se touchent sans laisser librement passer l’air, mais les notes plus graves sont superbes et les notes tenues, même aiguës, sont tout aussi réussies. Un grand bravo à cette magnifique Eliza Doolittle qui nous fait rire aux éclats et à laquelle on s’attache. Comment ne pas être touché durant la deuxième partie lorsqu’elle demande ce qu’elle va devenir?

Enfin, l’orchestre est au mieux de sa forme sous la baguette de Didier Benetti qui nous transmet son énergie et nous fait basculer gaiement dans le temps grâce à une musique de comédie musicale de cette belle époque. C’est avec un réel plaisir que le public accompagne en rythme l’orchestre lors des saluts (qui, au passage, sont multiples). Un vrai succès qui ravit petits et grands comme on dit, et que l’on espère continuer à voir et revoir grâce aux reprises de cette production ou bien à la diffusion à la télévision qui nous le permettent déjà depuis trois ans. Un nouveau classique des Fêtes serait-il né, pour notre plus grand bonheur?

Pour aller plus loin (ou simplement pour le plaisir) :

©Arnaud Hussenot – Metz Métropole (pour les photos de la production)


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