« Mona » : Emily Loizeau crée une comédie musicale de deuil et de génie

10 janvier 2016 Par Yaël | 0 commentaires

La folkeuse anglo-française Emily Loizeau était  ce week-end sur la scène du 104 avec une création musicale perchée, raffinée et bouleversante, sur la mort d’un bébé. Un grand moment de scène et de deuil. 

Note de la rédaction :

Dès la billetterie, l’on est happé par la troupe des 8 musiciens et comédiens de Mona, habillés en docteurs et tout de suite prêt à nous enregistrer dans le public comme aux urgences. Une fois assis dans la salle pleine et concentrée du 104, on attend 1/4 d’heure à continuer à papoter devant un dispositif de scanner médical qui couine légèrement sur ce qui est sera le corps de mère d’une Emily Loizeau multi-taches. Puis la pièce commence, avec un texte fort qui porte une idée qui ne l’est pas moins : Une femme frêle et puissante accouche d’une enfant qui a 73 ans à la naissance. Rassemblé en loi d’indifférence, le corps médical lui dit qu’elle n’a pas eu de chance, qu’elle est un cas très rare, voire que l’ensemble des enfants qui naissent avec des problèmes ne sont pas plus de 5 %. De père, il n’y a pas de trace et la mère rentre avec le frêle bébé à la peau fripée dans son deux pièces pollué de Paris.

Une fois passés les quelques amis aux fleurs et peluches couleur vomi, l’angoisse de la petite est immense; l’amour et la détresse de la mère impuissante à la rassurer et à prendre soin sont en accord. Quand la petite se drogue au lexomyl, la maman n’a d’autre choix que de la placer en institutions diverses, où le personnel médical est aussi indigent qu’ à la maternité. En parallèle de la lente descente aux enfers du couple mère-fille, un capitaine de la Royal Navy (le grand-père de Emily Loizeau) lit des lettres courageuses et résignées qui semblent entrer en écho avec les pensées de la petite…

Comédie musicale brillante, où le rétro de chants à capela côtoie des riffs marins spleenétiques et où l’humour et le cru engagent énergiquement le public à partager un deuil terrible, Mona est aussi surprenant sur son fond (un bébé anormal qui se laisse mourir) que sur sa forme (une comédie musicale qui utilise des projections vidéos verticales et horizontales, entrechoque les années 1940 avec nos temps cliniques et n’hésite pas à présenter des comédiens/danseurs en vrai jeu). Cela créée un climat très spécifique autour d’une Emily Loizeau ultra-charismatique derrière son piano-lavabo d’hôpital. Sa voix, relevée par celle des 3 choristes et des 30 instruments que déclinent ses musiciens est toujours aussi moelleuse et émouvante. Et l’on s’enfonce avec elle dans les ténèbres d’un deuil inimaginable. La musique sonne, l’émotion est là et l’on sort du spectacle bluffé par tant de générosité et de créativité. A déconseiller cependant aux âmes trop sensibles, tellement le choc humain et esthétique peut-être violent.

Musique : Emily Loizeau, mise en scène : Julie-Anne Roth, dispositif vidéo : Patrick Laffont-Collectif MxM, acteurs : Emily Loizeau, Kate Hargreaves, Nicolas Martel, Julie-Anne Roth, musiciens : Olivier Koundouno, Casaba Palot. 1h40.

visuel : photo officielle sur le site du 104


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