« Kiss me, Kate » embrase le Théâtre du Châtelet

10 février 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Après Singin’in the Rain, le Théâtre du Châtelet sort une fois encore le grand jeu avec cette nouvelle production de Kiss Me, Kate mise en scène par Lee Blakeley.

Son nom est peut-être moins connu du grand public que ceux de Irving Berlin ou Georges Gershwin. Pourtant, Cole Porter appartient lui-aussi au club très fermé des Big Five, ces compositeurs qui ont donné à la comédie musicale ses lettres de noblesse au XXème siècle. Quelques notes fredonnées, et la mélodie de chansons telles que Night and Day ou I love Paris nous semblent terriblement familières. Mais, en étant le premier musical à obtenir, en 1948, le Tony Award, Kiss me, Kate a sans doute participé encore davantage à asseoir la renommée internationale de Cole Porter, cet incorrigible dandy à l’ironie implacable.

Et c’est précisément cette veine comique que Lee Blakeley désirait exploiter au maximum en présentant, jusqu’au 12 février, Kiss me, Kate, au Théâtre du Châtelet. Cette comédie musicale orchestre en réalité une double mise en abyme : celle de la comédie de Shakespeare La Mégère apprivoisée, d’une part, celle du monde du spectacle, d’autre part. Malgré quelques anachronismes volontaires – dans le choix des costumes notamment – Blakeley a voulu inscrire l’action en 1948 pour privilégier le lindy hop swing, un style de danse très en vogue dans les années 1920-1940, et préserver au mieux certains éléments propres au vaudeville. On assiste ainsi aux préparatifs et aux répétitions d’une adaptation de la pièce shakespearienne par une troupe dans un théâtre de Baltimore. L’acteur-metteur en scène Fred Graham, qui incarne Petruchio dans la pièce, et son ex-femme Lilli Vanessi – la Kate du titre – entretiennent des rapports pour le moins ambigus, à mi-chemin entre haine et séduction, séparation consommée et tentative de reconquête. Cette confusion amoureuse déborde des coulisses à la scène lorsque Lilli apprend que son ex-amant courtise le second rôle féminin, Lois, elle-même en couple avec Bill. Ajoutez à ce quatuor infernal un binôme de gangsters, des cris et des « drames », des infidélités et un happy end, et vous obtiendrez une parfaite comédie de remariage.

Puisque nous devons l’honnêteté aux lecteurs de Toute la Culture, nous sommes – je suis – dans l’obligation de confesser que d’ordinaire nous ne sommes – je ne suis – pas très friands des comédies musicales. Kiss me, Kate nous – m’ – a pourtant conquis(e) par sa folie et sa flamboyance, mais surtout par l’énergie débordante de ses chorégraphies – pour tous les amoureux de danse le numéro de claquettes sur « Too Darm Hot » est juste orgasmique – et la beauté de sa partition musicale. Il faut dire que David Charles Abell a accompli un travail titanesque, déterminé qu’il était de trouver la partition exacte et d’en établir une édition critique non pas jetable après usage mais définitive. Aussi, devons-nous – dois-je – bien avouer que Kiss me, Kate représente une occasion en or pour s’en faire mettre plein la vue et les oreilles et, accessoirement, pour « Brush Up Your Shakespeare » comme le suggèrent, non sans humour, les gangsters de la pièce.

Pour ma part – mais je pense pouvoir associer à cette réserve l’ensemble de la rédaction de TLC, je regretterai que le happy end se fasse au prix de quelques concessions, certes comiques, surtout grinçantes : le défilé en maillot de bain, digne d’un concours de Miss Univers, sur « Where Is the Life that Late I Led ? » ou l’invitation faite aux femmes par Kate, dans sa dernière intervention, de se soumettre à leurs tendres et chers. O combien plus savoureux et réjouissant était le « I Hate Men » entonné par cette même Kate au début de la pièce !

Visuel : (c) DR


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