18 ans après, un retour gagnant pour la comédie musicale « Notre-Dame de Paris » au Palais des Congrès !

28 novembre 2016 Par
Magali Sautreuil
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Après 18 ans d’absence, la célèbre comédie musicale « Notre-Dame de Paris » revient à Paris. Du 23 novembre 2016 au 8 janvier 2017, elle sera de nouveau jouée au Palais des Congrès, le lieu où tout a commencé, puis partira en tournée dans toute la France pendant au moins un an. Hormis le casting qui a été presque entièrement renouvelé, le spectacle est certes resté fidèle à celui des débuts, mais a gagné en maturité.

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Affiche de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris »

Paris, le 16 septembre 1998 a lieu la « première » de « Notre-Dame de Paris » au Palais des Congrès. Le spectacle signe le grand retour des comédies musicales en France. Le pari est risqué et le succès inespéré. Portée par l’enthousiasme du public, la comédie musicale entame une carrière internationale. Adaptée en huit langues différentes (français, anglais, italien, espagnol, flamand, polonais, russe, coréen et bientôt chinois), elle a été jouée dans une vingtaine de pays. Au cours de ces quelques 4300 représentations, elle a su envoûter près de 11 millions de spectateurs.

L’intrigue :

Cette histoire dramatique est inspirée du roman éponyme de Victor Hugo. Les différentes lectures possibles du livre en font un ouvrage moderne et intemporel, qui a connu de multiples adaptations : opéras, ballets, films, téléfilms, dessins animés, bandes-dessinées…

Nous sommes en l’an de grâce 1482, à Paris. Sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame défile toute la misère du monde. Mais un diamant brut surgit soudain de la fange. La belle Esméralda se met à danser et embrase les cœurs des hommes. L’Andalouse, qui passe pour une Égyptienne, a les cheveux bruns, une peau de la couleur de l’ambre, une taille fine. La jeune femme, âgée de 16 ans, est svelte et agile et suscite chez la gente masculine de féroces passions.

Succombent à son charme cinq hommes différents : son père adoptif, le chef des brigands, Clopin Trouillefou, un poète sans le sou, Pierre Gringoire, le capitaine des cavaliers du roi en charge de la sécurité dans la Cité, Phoebus Châteaupers, l’archidiacre Claude Frollo et son sonneur de cloches Quasimodo.

Tous sont enchaînés les uns aux autres par la même fatalité.

Phoebus est l’archétype du bellâtre. Il est aussi beau physiquement que Quasimodo est repoussant. Mais intérieurement, il est aussi laid que lui. Abandonné à la naissance sur le parvis de la cathédrale, le sonneur de cloches de Notre-Dame est l’incarnation même de la laideur physique : il est sourd, bossu, borgne, boiteux et difforme. Il est aux antipodes de la belle et envoûtante Esméralda. Et pourtant, il l’aime. Il l’aime, mais elle le repousse. Ils se ressemblent pourtant dans leur solitude. Ce n’est peut-être pas un hasard si elle est vêtue de vert et lui de rouge, deux couleurs complémentaires.

Mais Quasimodo appartient aussi corps et âme à son père adoptif, l’archidiacre Claude Frollo. Il lui « appartient de tout son être comme jamais un chien n’a aimé son maître ».

Mais l’amour vous pousse parfois à faire des choses inconsidérées. D’ailleurs, c’est bien un amour insensé et interdit qui naît dans le cœur de Frollo. Lui, l’homme du Moyen Âge, perdu dans la science et dans la religion, voit soudain s’éveiller en lui un ardent désir pour les plaisirs de la chaire. Sa compromission sera totale.

Phoebus aussi se discréditera aux yeux de sa fiancée Fleur-de-Lys. Lui ayant préféré Esméralda pour un soir, la bohémienne devra payer de sa vie pour qu’il puisse faire amende honorable.

Pourtant, Clopin l’avait mise en garde contre ce monde cruel. Il avait recueilli une enfant et la voici devenue femme, une femme qui a fait naître chez lui d’autres sentiments.

À la fois acteur et spectateur, le poète Gringoire, le mari platonique d’Esméralda, nous conte ce funeste drame amoureux, dont l’issue est déjà déterminée par la fatalité, « Ananké ».

La distribution et la direction musicale :

« Notre-Dame de Paris » est une comédie musicale aux mélodies intemporelles et entêtantes, exigeante vocalement. Elle nécessite des voix à la tessiture riche capable de s’étendre sur plusieurs octaves.

Daniel Lavoie reprend le roi de l’archidiacre Claude Frollo. Il assure ainsi la continuité entre l’ancienne distribution et la nouvelle. Malgré ses 67 ans, l’auteur, compositeur, interprète, comédien et poète québécois, incarne un Frollo plus vrai que nature, un Frollo âgé, acariâtre, frustré, torturé, mais aussi fragile. Il ne saurait être de meilleur interprète pour ce rôle. Il le maîtrise désormais à la perfection. Lors de sa visite à Esméralda dans sa prison, il lui crie son amour avec tant de véhémence qu’il nous en donne des frissons.

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Daniel Lavoie

Son duo avec le poète Gringoire, lorsqu’ils chantent « Florence », est de toute beauté. Bercés par une lumière crépusculaire, qui marque la fin d’une ère, le contraste de leur voix se marie à la perfection.

Le personnage de Gringoire est aussi bien campé par le chanteur québécois Richard Charest. Il a d’abord incarné Phoebus avant de devenir le monsieur Loyal de l’histoire en 2005. Pour jouer ce rôle, il est nécessaire d’avoir beaucoup de souffle, surtout lors de l’interprétation de « Lune » et du « Temps des cathédrales » et Richard s’en sort magnifiquement bien. Par contre, dans le roman d’Hugo, Gringoire est censé être un poète sans le sou famélique, ce qui est loin d’être le cas de notre interprète. Vigoureux, dynamique et espiègle, il a une bonne présence sur scène et bénéficie de réels talents de conteur.

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Richard Charest

Un bon conteur est indispensable pour nous narrer cette folle histoire. C’est d’ailleurs à la fête des fous que Gringoire nous présente pour la première fois Quasimodo. Ce rôle a été confié à Angelo del Vecchio, dont la voix rauque et gutturale à un grain et une tessiture similaires à ceux de Garou. Il incarne le personnage depuis 2011 et il est le seul à l’avoir interprété en trois langues différentes (italien, anglais et français). Ce qui est étrange, c’est qu’en français, sa voix semble se dédoubler. Mais ce n’est pas déplaisant. Au contraire, ça marque la complexité du personnage. D’un côté, on retrouve les accents de Garou et de l’autre on a une voix classique grave. Le maquillage est peut-être un peu moins bien réussi.

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Angelo del Vecchio

Mais il est assez réussi pour effrayer la belle Esméralda, dont la libanaise Hiba Tawaji a pris les traits. Il fallait bien une beauté orientale pour incarner la bohémienne. Chanteuse, actrice et réalisatrice âgée de 29 ans, elle s’est fait connaître en France en participant à la quatrième saison de « The Voice ». Ce qui est le plus frappant, c’est que le ton de sa voix est toujours juste. C’est une soprano colorature d’une grande virtuosité, dont la voix s’étend sur quatre octaves et qui est à l’aise quelque soit le style de musique (opéra, pop, jazz, tarab oriental). Fan de « Notre-Dame de Paris » depuis ses 13 ans, elle maîtrise parfaitement son rôle. Très léger bémol, l’absence des « r » roulés lors de l’interprétation de « l’Ave Maria païen » et de « Vivre », qui rappelait les origines d’Esméralda.

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Hiba Tawaji

Mais sa voix enveloppante et chaleureuse parvient néanmoins à charmer le cœur des hommes, dont celui de Phoebus. Le capitaine des cavaliers du roi est joué par Martin Giroux. Moins ténébreux que Patrick Fiori, il est tout aussi « salaud » avec les femmes. Son interprétation est légèrement plus faible au début. Mais sa voix prend de l’assurance avec « Le Val d’Amour » et finit en apothéose avec « Belle ».

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Martin Giroux

Il aurait certes aimé être l’amant d’Esméralda, mais il n’en sera rien. Le mari de la bohémienne est Gringoire et celui qui a béni leur union est le chef de la cour des Miracles. Messire Clopin est interprété par Jay. Issu d’une famille antillaise amatrice de Gospel, il chante aussi bien du RNB que du Hip-Pop et de la Soul. Sa voix est moins rocailleuse que celle de Luck Mervil. Il a un aspect moins paternel et donne l’impression d’un jeune « chien fou », ce qui sied parfaitement au roi des Thunes. Bien que roi, sa majesté se fait quand même voler sa réplique par Esméralda. À l’origine, à la fin de la chanson intitulée « La cour des Miracles », c’est Clopin qui prononçait la phrase « Je te le donne pour mari, mais certes pas pour amant », et non Esméralda. Mais ça ne gâche rien le morceau. Au contraire, cela crée un moment d’intimité entre Gringoire et la bohémienne.

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Jay

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Clopin se faisant voler sa réplique par Esmeralda

Une qui voit du mauvais œil toute cette agitation autour de l’Andalouse, c’est bien Fleur-de-Lys. Son rôle est repris par Alyzée Lalande. Chanteuse et comédienne française, elle a suivi une formation dramatique, ce qui se ressent dans son jeu.

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Alyzée Lalande

En somme, même si le casting a été renouvelé dans son ensemble, hormis l’inimitable Daniel Lavoie, chaque interprète a su s’approprier son rôle sans chercher à copier leurs prédécesseurs.

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De gauche à droite : Angelo del Vecchio, Alyzée Lalande, Daniel Lavoie, Habi Tawaji, Richard Charest, Martin Giroux et Jay

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Les interprètes en costume : Frollo, Esmeralda, Quasimodo, Phoebus, Fleur-de-Lys, Gringoire et Clopin

Décor, costumes et mise en scène :

Le décor est réduit à sa plus simple expression. Mais il n’est besoin de guère plus puisque toute l’action gravite autour de la cathédrale Notre-Dame.

Celle-ci semble s’animer par moments quand les 25 danseurs acrobatiques s’en emparent. Ils personnifient d’une certaine manière Notre-Dame, ou du moins, ses gargouilles. Saluons au passage la performance, l’endurance et l’énergie de ces danseurs.

Volontairement moderne, la mise en scène ancre l’intrigue dans le monde contemporain. Les soldats du roi ont pris l’habit de nos forces de l’Ordre modernes, les gitans ont été transformés en sans-papiers et la façade de Notre-Dame ressemble à un mur de varappe. On croirait presqu’entendre les pelleteuses sur le chantier de la cathédrale.

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« La Cour des Miracles ». Clopin sur la poutre de chantier

Le décor et la mise en scène sont cependant restés plus ou moins les mêmes. Quelques différences ont néanmoins été apportées, notamment au niveau des lumières. Soulignons d’ailleurs le travail remarquable des éclairagistes qui réussissent à donner à ce spectacle une toute autre dimension, plus dramatique et théâtrale.

L’interprétation de « Beau comme le soleil » par le duo Esméralda / Fleur-de-Lys est sublimement mise en scène. Les deux rivales sont placées aux extrémités de la scène, de part et d’autre d’un soleil rougeoyant.

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Phoebus, le soleil qui réchauffe les coeurs d’Esméralda et de Fleur-de-Lys

Ce soleil, comme son nom l’indique, n’est autre que Phoebus. S’en suit naturellement la chanson « Déchiré », où l’agitation des danseurs à l’arrière-plan reflète l’âme tourmentée de Phoebus. L’objet de ce tourment est la belle Esméralda, cette Ève terrestre, convoitée par tous les hommes qui osent porter le regard sur elle.

Le désir qu’elle suscite se matérialise avec la chanson suivante : « Belle » ou l’union de trois cœurs meurtris qui crient leur amour à une « belle » inaccessible. Le final de cette chanson est des plus suggestif : Frollo, Quasimodo et Phoebus sont plongés dans le noir, réunis autour d’une Esméralda, dont l’attitude lascive est une invitation au vice. Mais est-ce bien la vraie Esméralda qui s’offre ainsi à nous ou n’est-ce que la matérialisation du désir de ces trois hommes ?

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La « Belle » offre son corps abandonné à Quasimodo, Frollo et Phoebus

On la retrouve dans des positions toutes aussi sensuelles lorsque Frollo interprète « Tu vas me détruire ». Matérialisation de son combat intérieur, l’archidiacre tente de repousser les piliers de la cathédrale qui menacent de l’écraser comme il essaie de refouler le désir que la belle a réveillé en lui.

L’un de ces trois prétendants s’apprête cependant à « cueillir la fleur du jardin d’Esméralda ». Le beau Phoebus a rendez-vous avec la bohémienne au cabaret du Val d’Amour de la rue Saint-Denis. La mise en scène est ici radicalement différente. Les lumières ne sont plus ocres et bleues, mais rouges et mauves. Pour montrer qu’il s’agit davantage d’un hôtel de passe que d’un cabaret, des danseuses ont pris place sur des lits à roulettes.

Tout semble jouer jusqu’au moment où le capitaine des archers est poignardé dans le lit du délit. À l’instant où la fatalité s’abat sur Esméralda, une lumière rouge sang vient envelopper la scène du crime. La dramatisation est ici poussée à son comble. « L’Enfer de Dante » vient de s’ouvrir sous les pieds de la gitane.

Après avoir frôlé la mort, Phoebus se détourne d’Esméralda pour retourner dans le giron de Fleur-de-Lys, sa promise. Là-encore, on observe quelques différences avec la version d’origine. Lorsqu’elle interprète « La Monture », Fleur-de-Lys se confronte physiquement à Phoebus, ce qui n’était pas le cas avant.

Autre divergence par rapport au spectacle originel, Esméralda n’est plus soumise à la torture dans sa cage, mais au-dehors.

Fidèle au spectacle d’origine, le final n’en est pas moins intense. « Mon maître, mon sauveur », comme Quasimodo appelait Frollo, n’est plus qu’un corps inerte qui dévale les escaliers de la tourelle de Notre-Dame. Et Esméralda, pendue au gibet, continue à danser pour l’éternité. Quasimodo et elle se retrouvent unis dans la mort. Lors de son ascension, l’âme d’Esméralda est divisée en trois. Est-ce une référence aux trois Marie ou doit-on considérer qu’il y a une Esméralda pour Quasimodo, Frollo et Phoebus, ses trois prétendants ?

Les costumes ont également été légèrement retravaillés. D’une manière générale, ils sont beaucoup plus colorés et clinquants. L’univers des bohémiens est bigarré. Gringoire, qui n’appartient à aucun monde en particulier, se voit affubler d’un pantalon multicolore. Phoebus laisse également tomber de temps à autre sa cotte de mailles. Claude Frollo endosse un habit qui sied davantage à sa condition d’archidiacre.

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Claude Frollo dans la version de 1998

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L’archidiacre Claude Frollo dans la version de 2016

Petit regret concernant la couronne qui ceint la tête de Quasimodo lors de la fête des fous. Celle d’origine ressemblait à s’y méprendre à la couronne d’épines du Christ, ce qui était du bel effet sur ce bossu qui semble porter sur son dos tous les malheurs du monde. Elle a malheureusement été remplacée par une autre, plus brillante et plus fantaisiste, qui rappelle celle que l’on utilise lors de l’Épiphanie.

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Garou, le roi des fous et sa couronne d’épines dans la version de 1998

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Angelo del Vecchio, le roi des fous et la couronne de l’Épiphanie dans la version de 2016

Le rideau de scène transparent semble davantage utilisé qu’auparavant. Multi-usages, il permet non seulement d’isoler le premier plan du décor de fond, mais aussi de créer un plan intermédiaire et de gagner en profondeur. D’ailleurs, au début du spectacle, ce simple rideau parvient à nous tromper car on ne sait si le décor à l’arrière-plan est une projection 3D ou s’il est bien réel.

Conclusion :

Si l’Homme a voulu monter vers les étoiles, la comédie musicale « Notre-Dame de Paris » nous en met elle plein les yeux. Ce spectacle intemporel mêle dans un parfait équilibre le chant, la danse, la musique et la comédie. Il vous entraîne dans son univers et dans celui de ses personnages torturés pour mieux nous ravir !

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Salutations finales. Toute la troupe réunie sur scène

Informations techniques et distribution :

Titre : « Notre-Dame de Paris »

Genre : Comédie musicale dramatique adaptée d’après le roman éponyme de Victor Hugo paru en 1831

Producteurs : Charles et Nicolas Talar

Auteur : Luc Plamondon

Compositeur : Richard Cocciante

Mise en scène : Gilles Maheu, assisté par Robert Marien

Chorégraphie : Martino Muller

Décors : Christian Rätz

Lumières : Alain Lortie

Costumes : Caroline van Assche

Coiffures : Sébastien Quinet

Distribution : Daniel Lavoie dans le rôle de l’archidiacre Claude Frollo, Angelo del Vecchio dans celui du sonneur et bossu Quasimodo, Richard Charest dans celui du poète Pierre Gringoire, Jay dans celui du roi des bohémiens Clopin Trouillefou, Martin Giroux dans celui du capitaine des cavaliers du roi Phoebus de Châteaupers, Alyzée Lalande dans celui de Fleur-de-Lys et Hiba Tawaji dans celui de la bohémienne Esméralda.

Durée du spectacle : 3 heures, entracte comprise

Date et lieu : Du 23 novembre 2016 au 8 janvier 2017, au Palais des Congrès à Paris

Prix : De 28 à 83 €