« Somnium », spectacle tournoyant et vertige de grâce

14 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Dans le cadre du festival (Des)illusions, Le Monfort théâtre programme Somnium, un numéro de cirque complexe pour deux circassiens complices, faisant principalement appel à la roue cyr, mais également aux portés acrobatiques, à l’antipodisme… C’est un spectacle court, mais vibrant d’énergie, bourré de bonnes idées, résolumment créatif. C’est beau, sensible, et cela mérite absolument le détour.

Note de la rédaction :

Quand le noir se fait, deux hommes entrent en scène. L’un, brun, énergique, les épaules larges, l’autre roux et barbu, svelte et vif. Ensemble, ils vont entamer une danse intense et complexe, avec leur troisième compère: une roue cyr qui va les accompagner dans la moindre de leurs évolutions, alternativement arme menaçante, frontière les séparant, pont les reliant, véhicule de (ré)conciliation. A mi-chemin entre rêve éveillé et prouesse gymnastique: bienvenu dans Somnium.

C’est à un ballet sensuel que se livrent sous nos yeux les trois protagonistes. Puissant, physiquement parfois, mais surtout dans l’énergie qui se dégage du duo de circassiens, qui occupe le centre de la petite piste avec une présence totale. La proximité du public avec les artistes n’y est sans doute pas pour rien: le moindre souffle d’air, le moindre murmure, le moindre impact des pieds sur le sol, l’odeur même de la transpiration des deux hommes, tout est sensible à qui veut bien y prêter attention. C’est une expérience totale que d’assister à ce numéro. L’écriture du spectacle en tire d’ailleurs parti, les bruits de la roue cyr sur le sol, ou les bruits de respiration des interprètes, sont utilisés à part entière dans le spectacle.

L’atmosphère s’électrise bientôt de la tension qui monte entre les deux artistes, comme autant de couleurs restituées au travers des figures complexes qui s’enchaînent à la roue, et autour de la roue. Des relations changeantes se tissent entre les deux hommes, tantôt violentes, tantôt tendres. Une vaste gamme d’émotions et d’attitudes corporelles sont explorées. Un peu comme dans Noos, que l’on peut voir dans le cadre du même festival, il y a une exploration du jeu à deux autour du couple tonicité/relâchement. Pour corser le tout, les deux circassiens agrémentent leur numéro de roue cyr, qu’ils maîtrisent admirablement, de portés, de manipulations ainsi que de figures dansées.

Le résultat est singulier, envoûtant, fort tout à la fois de sa grace et de son énergie. C’est un laboratoire d’expérimentation, mais cette dernière n’est aucunement désincarnée, et c’est un spectacle extrêmement charnel qui nous est offert. Peut-être trouvera-t-on quelques fautes de jeunesse, une musique trop forte ou trop omniprésente, une écriture qui a besoin de vieillir encore un peu, mais il s’agit déjà d’un spectacle très abouti, à savourer sans aucune modération.

A voir au Monfort théâtre dans le cadre du festival (Des)illusions jusqu’au 20 mars.

De et avec Juan Ignacio Tula et Stefan Kinsman
Mathurin Bolze, Séverine Chavrier regard(s) extérieur(s)
Jérôme Fèvre son
Jérémie Cusenier lumières

Visuels: © Christophe Raynaud De Lage

Production : Compagnie les mains les pieds et la tête aussi.
Avec le soutien de la Région Champagne-Ardenne et du Centre National des Arts du Cirque, dans le cadre du dispositif d’aide au compagnonnage 2015 (DGCA/ DRAC RHONE ALPES).
Accueil en résidence: La Cascade, PNAC Rhône Alpes – Bourg Saint Andéol (07), Les Célestins – Théâtre de Lyon (69)
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistique


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