OVNI sexy-trash, délire hybride: « Hentaï Circus » de la Cie L’envers du décor

4 juin 2016 Par Mathieu Dochtermann | 2 commentaires

Du 3 au 19 juin, la Cie L’envers du décor présente au Cirque Electrique Hentaï Circus, cirque hybride méchamment perché, qui prend prétexte de quelques-unes de bizarreries les plus étranges de la pop culture nippone pour le remixer en un barnum délirant, souvent sexy, parfois un peu foutraque.

Note de la rédaction :

La Compagnie L’envers du décor, et la metteure en scène Karelle Prugnaud, reprennent dans Hentaï Circus l’idée déjà exploitée dans un spectacle antérieur, Kawaï Hentaï: explorer certains versants sombres et trash de la culture nippone (« hentaï » étant pris ici dans son sens plus général d’obscène et de pervers, pas dans son sens plus étroit d’anime pornographique, même si ce dernier aspect est également exploré). Le vertige et le malaise naissent de la juxtaposition de fantasmes de perfection enfantine qui s’incarnent soit sur l’écran soit sous forme de divers accessoires plastiques pensés pour masquer, transformer, sublimer les corps (le côté « kawaï »), et des pulsions plus sombres, nettement sexuelles mais bizarrement déformées (tels les Dollers, forme de cosplay dans laquelle la personne porte un masque et une combinaison plastiques faits pour la faire ressembler à une poupée; ou le fantasme des tentacules, dont une représentation bien connue est Le rêve de la femme du pêcheur d’Hokusai, qui dégénère éventuellement en shokushu goukan, le viol par tentacules). Cette extrême proximité, cette collision entre une pureté enfantine fantasmée et ultra stylisée, et un sous-texte clairement érotisé qui confine parfois au sordide, est très bien rendu par le spectacle. De cette juxtaposition naît le vertige, de ces métamorphoses (l’un des sens du mot « hentaï »; la compagnie parle de « monstration ») et de la quête désespérée d’apprivoiser le réel en le transformant naît le tragique.

De très bon, on retiendra l’ambiance, résolument bizarre voire vaguement oppressante, très bien tenue de bout en bout. La musique y est pour beaucoup, et on doit saluer la performance live de Géraud Bastar dont le rock sombre enveloppe les spectateurs à leur donner des frissons. Côté agrès et numéros, Myriam Laurencin à la corde espagnole a envoûté le public, dans un numéro aérien parfaitement maîtrisé, à la beauté captivante. Les textes d’Eugène Durif, à la plume poétique, font mouche. Le numéro de contorsion de Sylvaine Charrier, qui s’ébat avec des tentacules de poulpe dans un aquarium, est troublant autant que dérangeant.

On est moins convaincu par le côté foutraque du spectacle, qui tient à la juxtaposition de numéros qui tiennent vaguement le thème général mais sans fil conducteur fort et lisible: ainsi, on a le sentiment d’être face à un collage de numéros vaguement japanisants (on peut par exemple se demander ce que la moto acrobatique, au demeurant bien maîtrisée, vient faire là dedans), et on n’en retient que des séquences particulières, détachées de l’ensemble. Certains éléments se rapprochent plus de la performance, ce qui peut être audacieux et bienvenu, mais ici on a peine à relier la réalisation d’un tatouage en live au reste de ce qui est proposé sur scène à ce moment… On est assez gêné également de voir le tour de piste forcé d’un jack russel qui ne donne pas le sentiment d’avoir envie d’être là… C’est dommage, car le thème est bien pensé, et certaines séquences se « tiennent » très bien: une série de beaux tableaux plus adaptée à une déambulation qu’à un spectacle sur piste!

En somme, si c’est un spectacle qu’on ne s’étonne pas de trouver au Cirque Electrique, à la fois sexy, provoquant, rock’n'roll, et audacieux, il déçoit un peu non par la qualité des performances individuelles mais par un manque d’histoire, vite abandonnée.

A voir au Cirque Electrique jusqu’au 19 juin, pour découvrir aussi le nouvel aménagement d’une des terrasses les plus chouettes de Paris!

 

Textes : Eugène Durif

Mise en scène – scénographie : Karelle Prugnaud
Distribution (en cours) : Sylvaine Charrier, Frank Desmaroux, Stéphane Depont, Myriam Laurencin, Mika Kaski, Daphné Millefoa, Karelle Prugnaud,
Bob X, Antonin Boyot Gellibert, Alain Claudinon, Nicolas Comiti, Pascal Sandoz, Orianne aka Tannuki
Musique: Bob X
Vidéo: Bob X, Karelle Prugnaud, Marie Chatte
Lumières et régie générale : Jean-Louis Portail
Costumes : Antonin Boyot Gellibert
Dessins : Loïc Penon (Princesse Connard), Antonin Boyot Gellibert, Xerak
Avec la participation de Mayumi Shimizu.
Visuels: (C) DR


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COMMENTAIRES:

  1. Géraud Bastar

    Heu!!! la musique « live » c’est Géraud Bastar, chanteur guitariste du groupe « Lux Bas-Fonds »… voilà pour l’info!… en tout cas, merci pour les critiques sur mon Taf! ça fait vraiment plaisir! Geraud Bastar

  2. Mathieu Dochtermann

    Mes excuses, je me suis fié à la fiche communiquée… je rectifie! Et merci!

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