Le Cabaret électrique, un bonheur de cirque, les doigts dans la prise

10 mars 2017 Par
Mathieu Dochtermann
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Le Cirque Electrique remet son Cabaret Electrique en piste du 1er au 25 mars 2017, sous son big top de la Porte des Lilas. Du déjà vu? Que nenni! La moitié de la distribution a changé, le spectacle a gagné en grâce ce qu’il a perdu en nervosité, la poésie incandescente percute de plein fouet l’urgence politique d’une année d’élections pour accoucher d’un show queer complètement jouissif, résolument rock’n’roll, définitivement recommandable.

A peine rentré de Marseille, où il était invité pour la Biennale Internationale des Arts du Cirque, le Cirque Electrique reprend ses marques Place du Marquis du Vercors dans le XXème, pour présenter la quatrième revue de son Cabaret Electrique.

S’il était déjà enthousiasmant dans ses versions antérieures, il faut reconnaître qu’on est cette fois tout-à-fait emballé: l’expérience paie, et il ne faut pas s’étonner de voir quantité d’articles de presse vanter les mérites de ce spectacle déjanté et subversif, à l’humour décapant, où l’anarchie n’est pas synonyme d’approximation dans l’exécution des numéros.

Si cette version perd ainsi quelques habitué-e-s, telle Tarzana Fourès, Hervé Vallée a su s’entourer de circassiens de grande qualité: Justine Bernachon est moins sauvage au trapèze que Tarzana mais réussit un passage parfait au filet aérien, Raùl Veigaest réalise de très belles performances d’équilibre, tantôt juché en haut du mât chinois tantôt à cheval sur une spectatrice (on l’espère) consentante, et, surtout, Selwan Cherfi est impression de précision et de grâce au trapèze et au tissu aérien. Les habitués ne sont pas en reste et marquent de réels progrès: Antoine Delon s’est mis à la roue Cyr, Séverine Bellini, toujours impeccable tant dans le contorsionnisme que dans l’effeuillage, se risque à de très belles figures aériennes avec Selwan… De la petite troupe, celui qui impressionne le plus est « Siyoula », qui met le public en transe avec sa danse, jetant le trouble alentour, virevoltant sur ses escarpins plateformes.

En somme, l’urgence est toujours là, ainsi que la provocation gentiment sexy et l’humour, on perd un peu en animalité mais on gagne en trouble. On perd un peu en puissance échevelée, mais on gagne en grâce. Le Cabaret se renouvelle en restant fidèle à lui-même.

Le Cabaret ne serait plus le Cabaret sans ses deux piliers que sont la musique d’Hervé Vallée, et Kiki Picasso. Côté musique, ceux qui fréquentent assidûment le Cirque Electrique reconnaîtront sans peine certains des morceaux, mais l’énergie jamais démentie de Tapman emporte tout sur son passage, même si on peut regretter que les musiciens n’aient été que deux le soir où nous sommes passés. Kiki Picasso, en Monsieur Loyal décalé et gentiment provocant, assure le lien entre les différentes phases du spectacle, avec son humour au vitriol et sa généreuse bonhommie.

En cette année très politique, on sent qu’un peu de la fièvre du monde extérieure est venue perler au travers de la bâche du big top pour infiltrer le spectacle. Ici, on est pas pro-Macron, et on en fait pas mystère. Mais le plus beau et le plus vrai positionnement politique du Cirque reste encore son attitude: radicale, punk, sans concessions. Ici, le danger n’est pas pour de faux, et les artistes peuvent tomber de huit mètre sur le parquet de la piste. Ici, la poésie n’est pas un concept poussiéreux mais la nécessité de ceux qui ont l’urgence de vivre. Ici, le gender fuck n’est pas une théorie ou une posture, mais l’une des colonnes vertébrales de la maison. Ici, tout est imprégné de sensualité, personne n’est innocent, toutes les rencontres sont possibles.

Ici, c’est le Cirque Electrique, c’est beau et fort, ça fait du bruit et ça fait du bien. Mais ce n’est pas recommandé aux moins de 17 ans…


Mise en scène: Hervé Vallée
Maître de cérémonie: Kiki Picasso
Musique, chant, percussion humaine: Hervé Vallée
Contorisonnisme, effeuillage, burlesque: Séverine Bellini
Trapéze, filet aérien: Justine Bernachon
Trapèze, tissu aérien, effeuillage aérien: Selwan Cherfi
Roue Cyr, jonglage de feu: Antoine Delon
Fakir: Monsieur Poudre
Danse macabre, effeuillage burlesque, fakir: Lalla Morte
Danse queer: Siyoula Jins
Equilibre: Raùl Veiga
Musique, garçon de piste: Jean-Baptiste Very
Visuels: (C) Hervé Photograff et F. Beddok