[Cirque] Le festival SPRING vu par sa directrice, Yveline Rapeau

9 mars 2016 Par Araso | 0 commentaires

Yveline Rapeau cumule les casquettes. Directrice de La Brèche, pôle national des arts du cirque de Basse-Normandie, elle a été nommée en septembre 2015 directrice du Cirque-Théâtre d’Elbeuf, pôle national des arts du cirque de Haute-Normandie. A l’approche de Spring, le Festival des nouvelles formes de Cirque en Normandie (du 10 mars au 2 avril) qui prend une ampleur régionale, cette passionnée de cirque contemporain et militante pour la création contemporaine nous livre sa vision du festival et nous emmène dans les coulisses des chantiers en cours. 

Araso: Où en est le cirque dans le paysage du spectacle vivant ?

Yveline Rapeau: La réflexion que j’ai menée sur le sujet à l’approche de Spring a donné lieu à une cristallisation du mot « liberté », qui est irrémédiablement associé à la création artistique et au spectacle vivant. Plus encore dans le cirque, qui n’est pas chargé des valises des arts plus historiques, plus institutionnalisés. Le cirque est né comme le papillon de la chrysalide. A cette différence près que le papillon meurt après sa sortie de la chrysalide tandis que Spring continue d’évoluer et de porter ses fruits toute la saison.

Le cirque contemporain est libre car il reste un genre insaisissable. Il n’a pas le clown, les animaux, pour autant il est très difficile de décrire ce qu’il y a d’attribuable au genre. Sa liberté vient de cette capacité à s’affranchir, à ne se laisser enfermer dans aucune case. Il échappe à toute catégorisation, ce n’est pas parce qu’on a vu dix spectacles qu’on a vu le 11ème. C’est extrêmement réjouissant.

Il y a vingt ans j’étais fan de cinéma, de théâtre, de danse mais pas de cirque. J’ai aimé le cirque à partir du moment ou les qualités que je vient de décrire ont été assorties d’une qualité artistique, au même titre que le théâtre et la danse. Historiquement, l’endroit dans lequel on est autorisé à dire des choses sur le monde se trouve entre le théâtre et la danse, pas au cirque. Le cirque est d’abord un art populaire attaché à tout sauf à un art sérieux ou savant. Or, la réflexion artistique de fond est de plus en plus poussée dans le cirque contemporain, qui prend une place croissante sur la scène du spectacle vivant.

A: Quelle est votre vision pour Spring ?

YR: Ce que je veux que Spring reflète est tout ce que je viens d’évoquer à propos du cirque. J’aime bien toute forme d’audace, que j’encourager afin de repousser toujours un peu plus loin les limites en faisant flèche de tout bois. Dans Spring, tout peut faire cirque ! Qu’on soit circassien ou que l’on soit issu de l’accadémédie Fratellini, de la danse ou encore des arts numériques, comme Adrien Mondot, on peut faire du cirque. Informaticien de formation, Adrien est avec Claire sa complice le mieux à même d’animer les passerelles entre cirque et arts numériques.

L’humour n’est par ailleurs pas nécessairement là où on l’attend et prend des formes nouvelles. Marcel et ses Drôles de Femmes, Yann Frisch avec le Syndrome de Cassandre : ce sont des spectacles drôles qui pour autant n’appartiennent pas au registre du burlesque. La ligne artistique de Spring est de refléter cet équilibre de la création, cette tension à la limite de l’équilibre et du déséquilibre, entre un art très populaire et très intelligent.

A: Quelle est votre ambition pour la région Normandie?

YR: Pour la saison en cours au théâtre d’Elbeuf, j’ai repris la programmation héritée de mon prédécesseur. En revanche, la saison suivante que je suis en train de préparer se construit avec une programmation différente. Actuellement les spectacles qui sont programmés sont d’une très grande qualité. Les affinités de programmation entre la Brèche et le festival Spring sont totales. Mais la prochaine saison ne sera pas une succession de spectacles qui s’enchainent d’octobre à juin à raison de 2 ou 3 par mois.

Je veux appréhender la saison sur toute une année. La manière dont la programmation sera construite fera que suivant l’impulsion de Spring, le théâtre reflètera les grands moments du cirque contemporain. J’ai voulu construire la saison comme un film, avec des séquences qui vont venir rythmer la saison et qui seront très différentes les unes des autres. Elles ont un objectif d’accompagnement et de médiation du public. Le théâtre jouit d’une grande diversité de ses espaces avec des formes circulaires, des formes pointues, de grands formats à travers lesquels le public doit être guidé. Prenons l’exemple de l’Art de la Fugue de Yoann Bourgeois, où les interprètes sont au nombre de deux dans un espace gigantesque. Le spectateur doit accepter ces différences de formes.

La saison ouvrira en Septembre à l’extérieur avec « Bords de Seine » et un parcours artistique à l’extérieur pour faire la transition avec l’été, en partenariat avec le CNAR de Rouen. Tout de suite après on entre à la fois dans la saison et dans la salle avec le temps des créations (oct-nov) qui leur sera intégralement dédié. Je peux en effet articuler les résidences entre les deux pôles que sont Cherbourg et Elbeuf et utiliser nos espaces pour développer et porter des créations. Cette étape-là me permet d’utiliser tout ce que j’ai vu et pensé de meilleur pour permettre la construction d’outils aux artistes et aux créateurs.

Pour avoir passé 20 ans à la Villette, j’ai aussi pu voir comment s’est formé le public du cirque contemporain. Ce que j’ai essayé de faire villa Médicis du cirque à la Brèche, de la programmation du théâtre d’Elbeuf, de Spring, tout cela est là pour être au service d’un projet qui est ce développement du cirque contemporain sur le territoire Normand. Je serais aussi ravie que les politiques s’approprient ce projet dans le développement de leurs politiques culturelles. Cette plateforme est inédite et a un côté très expérimental. Cette phase est extrêmement excitante. Nous avons de très belles idées mais maintenant il faut qu’elles soient validées par les artistes, les institutionnels, la presse. J’espère encourager les politiques à avoir cette audace.

Visuels: Portrait d’Yveline Rapeau © DR/ Groupe Bekkrel/ Mouvement de l’air par Adrien Mondot/ 5èmes hurlants © Tristan Baudoin


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