[Cirque] Festival SPRING: Chloé Moglia fait rimer trapèze avec transcendance

20 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Pour la première fois cette année, le Festival Spring s’associé avec « Monuments en Mouvement » pour une programmation unique dans le cadre mythique de l’Abbaye du Mont Saint-Michel. Spring a créé l’évènement le 18 mars avec une soirée plateau partagé entre Chloé Moglia, qui a donné une performance au trapèze à couper le souffle dans Opus Corpus, et Clément Dazin qui présentait Bruit de couloir. Le cadre était magique, la tension artistique au sommet et Toute La Culture y était.

Note de la rédaction :

Il y a des fois où des conditions extraordinaires, propices à l’apparition d’un spectacle hors normes, sont réunies. C’est ce qui s’est produit ce vendredi 18 mars. Une artiste, un spectacle, un lieu, un public sont entrés en résonance. Pour 30 minutes et pour ceux qui étaient présents, le temps a suspendu son cours, dans une expérience esthétique tellement forte qu’elle a confiné au mystique.

L’artiste, c’est Chloé Moglia, qui a fait de la suspension son terrain d’exploration. Le Festival Spring – Festival des formes nouvelles de cirque a décidé de mettre son travail en avant, en programmant trois de ses spectacles, dont Opus Corpus.

C’est ce dernier spectacle qui a été présenté vendredi, et on peut, à son endroit, oser le terme de « performance », entendu au sens artistique. Il s’agit ici pour Chloé Moglia, seule en scène avec un trapèze fixe, de décomposer ses mouvements avec une extraordinaire lenteur, pour donner à voir non seulement la précision et la grâce des figures présentées, mais aussi la façon dont elles s’inscrivent visiblement dans sa chair, ses muscles, le moindre de ses tendons. Eloge au corps autant qu’à l’apesanteur, le spectacle est habilement mis en lumière. A tel point que par moment il ne reste plus dans le regard du spectateur, saisi par l’intensité de l’effort, par la grâce du geste, par l’étirement du temps distordu à l’infini, que la silouhette de la trapéziste, comme flottant, quasi immobile, à 3 mètres du sol. Il y a, dans cette performance, une esthétique lumineuse, comme une danse butô qui aurait transcendé le besoin d’être posée au sol…

Ce vertige artistique aurait lieu dans n’importe quelle salle, mais il a été amplifié au-delà du dicible vendredi par le caractère tout à fait exceptionnel du lieu où il s’est produit. Dans le cadre du festival, les Monuments Historiques ont en effet ouvert les portes de l’abbaye du Mont Saint Michel. C’est donc dans le réfectoire pluriséculaire des moines, devant un mur en vielles pierres, que le trapèze de Chloé Moglia a été suspendu. C’est toute l’âpre beauté du lieu qui a rejailli sur le spectacle, toute sa charge historique et symbolique qui a alors été convoquée pour habiller les gestes précis de l’artiste – qui préfère se définir comme « artisan ». Dans ce lieu à l’accoustique difficilement égalable, on n’entendait pas même la respiration des membres du public, comme figés dans un acte de communion avec la circassienne. Le souffle de cette dernière, seul, était distinctement audible, ainsi que l’accompagnement musical de l’expérimentateur génial Alain Mahé.

L’association de ces éléments presque alchimiques a donné naissance, à défaut d’une pierre philosophale, à un moment de grâce suspendue, une petite éternité de bonheur et d’émotion. L’artiste avec sa présence magnétique, son acuité travaillée au contact des arts martiaux, n’y est pas pour peu. L’abbaye du Mont Saint-Michel, véritable « ôde à la verticalité » comme la définira Chloé Moglia à la fin de la soirée, se prête à cette célébration d’une corporéité sensible en apesanteur. Le facteur d’ »étonnement », toujours dans les mots de Chloé Moglia, a joué à plein pour mobiliser l’attention du public, et le plonger dans un recueillement qui dépasse de loin ce que provoque une salle de spectacle.

Et bien que Chloé Moglia s’en défende, on a envie de voir dans cette expérience une dimension mystique, son corps tendu au-dessus du vide pouvant fort bien suggérer une figure christique, de sexe féminin. L’effort de la circassienne est alors doublement sublimé, et peut se lire comme une Passion… Et lorsque Chloé Moglia, accrochée par une seule main, tend l’index de l’autre pour caresser la barre du trapèze, on ne peut s’empêcher de penser à la Chapelle Sixtine…

C’est une opportunité inouïe, que de tels bijoux puissent être accueillis dans de tels écrins. Le Centre des Monuments Historiques étant devenu partenaire du Festival Spring, l’expérience devrait être renouvelée. Un rendez-vous annuel avec l’exceptionnel, pour ceux que ni le froid ni l’ascension ne rebutent…

de et par Chloé Moglia
son  Alain Mahé
lumière  Stéphanie Petton
costime  Isabelle Périllat
regards  Maxence Rey, Sandrine Roche
production, diffusion  Laurence Edelin

visuels: (C) Jean-Pierre Estournet


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