A l’Odéon, Luc Bondy ouvrira la saison 2012/2013 avec Handke et Pinter

22 mai 2012 Par Christophe Candoni | 3 commentaires

Luc Bondy a présenté ce matin en conférence de presse les 14 spectacles qui seront à l’affiche de la saison 2012/2013, sa première saison à la tête de l’Odéon, théâtre de l’Europe. Il y a déjà mis en scène plusieurs pièces et s’est rappelé non sans humour les contestations qu’a causées sa dernière création (« Viol » de Botho Strauss) aux ateliers Berthier en 2005. Il signera à la rentrée deux nouvelles mises en scène : « Les beaux jours d’Aranjuez » de Peter Handke et « Le Retour » d’Harold Pinter.

Sa programmation s’oriente essentiellement vers le théâtre de la Mitteleuropa. Luc Bondy vient de là, il est un fin connaisseur de l’organisation spécifique des institutions outre-Rhin et aussi bien un amoureux éclairé qu’un acteur encore majeur de ce paysage culturel et théâtral plus actif et attractif que n’importe où ailleurs. Il a rendu hommage à Peter Zadek, évoqué Stein et Grüber à la création de la Schaubühne, Fassbinder aussi, autant de figures marquantes d’une génération dont il fait partie et qui a été déterminante pour insuffler une approche esthétique et dramaturgique novatrice et radicale du théâtre. Encore directeur des Festwochen de Vienne, ses affinités artistiques lui permettent de tisser des liens privilégiés avec le Burgtheater. D’autres spectacles ont vu ou verront le jour en coproduction avec le Schauspielhaus de Zurich.

« Une représentation de ce que j’aime, de ce que je cherche, ce que je veux voir au théâtre », c’est en ces termes que Luc Bondy a décrit les spectacles qu’il proposera au public de l’Odéon. Grand metteur en scène, il montera lui-même deux pièces. La première en guise d’ouverture de mandat sera « Les Beaux jours d’Aranjuez », un dialogue étrange et poétique entre un homme et une femme écrit par Peter Handke. Le dramaturge a écrit sa pièce en français mais elle sera jouée en allemand par Jens Harzer et Dörte Lyssewski. La pièce vient d’être créée à Vienne. Puis, pour sa première création parisienne à la tête de l’Odéon, Luc Bondy a choisi « Le Retour » du prix Nobel Harold Pinter. A peine moins de 60 représentations seront données avant une tournée internationale. Le spectacle bénéficiera d’une distribution exceptionnelle comprenant des acteurs fétiches du metteur en scène comme Micha Lescot (remarquable dans La Seconde surprise de l’amour et Les Chaises) et Louis Garrel. L’immense acteur Bruno Ganz assurera en français le rôle principal de la pièce. A ses côtés, citons encore Pascal Greggory, Jérôme Kircher et Emmanuelle Seigner dans le rôle de Ruth.

Luc Bondy a le souci de travailler avec des familles d’acteurs et dans un esprit de troupe tout germanique. C’est pour cette raison qu’il a fait appel à des artistes à la fois proches et amis pour participer à la saison. Pas n’importe lesquels, « des metteurs en scène qui me rendent jaloux » déclare-t-il en empruntant la formule à Peter Stein. C’est le cas de son compatriote, le suisse Christoph Marthaler qui présentera deux spectacles « Foi, Amour, Espérance » d’Horvath, « un des auteurs les plus joués en Allemagne mais que l’on n’ a jamais vraiment su découvrir en France » regrette Luc Bondy, et « Meine Faire Dame » (également présenté au Festival d’Avignon). Claude Régy, qu’il définit amusé comme « le plus vieux et le plus expérimental de nos metteurs en scène », mettra en scène « La Barque le soir » d’après le romancier norvégien Tarjei Vesaas dans un nouvel espace nommé « le Petit Berthier » d’une jauge d’une centaine de places aménagée dans l’atelier de construction des décors. Peter Stein risque de faire des étincelles en se confrontant au vaudeville puisqu’il montera « Le Prix Martin » de Labiche. Le répertoire sera largement contemporain, Lars Noren prépare un travail en court d’écriture intitulé provisoirement « Ville invisible » qu’il mettra lui-même en scène. Alain Françon reprendra sa mise en scène de « Fin de partie » de Beckett créée à la Madeleine la saison dernière.

Des metteurs en scène européens moins connus feront leur apparition sur les planches de l’Odéon. Citons le polonais Grzegorz jarzyna et son spectacle « Nosferatu » ou encore Martin Kusej, encore inconnu à Paris pour qui n’a pas vu son excellente mise en scène de « Lady Macbeth de Mzensk » à l’Opéra Bastille au temps béni de Gerard Mortier à l’Opéra de Paris. Sa pièce  »Der weibsteufel » sera jouée notamment par Birgit Minichmayr, star allemande vue dans le film « Alle Anderen » où elle partage l’affiche avec le grand Lars Eidinger. Metteur en scène lui aussi d’opéra et de théâtre, Robert Lepage, qui vient de boucler le Ring de Wagner au Metropolitan opera de New-York, est reçu à Berthier pour le premier volet d’une trilogie nommée « Jeux de cartes ».

Joël Pommerat qui présentera une nouvelle création tout en reprenant la « Cendrillon » de l’année dernière, et Jean-François Sivadier pour une nouvelle mise en scène du « Misanthrope » assureront à eux deux la relève française trop peu représentée. Nommé tardivement, Bondy explique qu’il a dû composer très vite cette saison mais promet que la suivante sera davantage basée sur la recherche et la découverte de jeunes artistes. Utopique, il imagine dans les années à venir faire des Ateliers Berthier un centre du théâtre où il pourrait dispenser des master class à de jeunes acteurs et metteurs en scène. Ce beau projet verra-t-il le jour ? Luc Bondy qui approche des 64 ans n’a pas l’assurance de rester longtemps à la tête de l’Odéon mais les idées ambitieuses qu’il développe pour ce théâtre ne manquent pas.

Visuel : (c) Carole Belaïche

 

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