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Rentrée littéraire : La peste de Machiavel

2 septembre 2008 Par marie | 1 commentaire

1527. Un florentin fuit la peste. Cet homme, c’est Machiavel. Machiavel, l’érudit, le conseiller des Princes, le politicien… Survivra-t-il à la maladie, aux rats à cette atmosphère d’apocalypse ? Un roman comme un point d’interrogation.

 Christophe Bataille s’est donné une mission : « délivrer Machiavel de son nom », lui ôter son manteau d’intellectuel influent, lui retirer l’espace d’un roman l’adjectif « machiavélique » qu’il traîne -malgré lui- depuis des siècles. L’Italien a vécu la peste, l’atteste sa « Description de la Peste de Florence de 1527″. De cette période de sa vie, on en sait pourtant bien peu. Aussi, à la suite de l’historien Michelet, le romancier tente donc d’imaginer ce qu’a pu être, ce qu’a pu vivre Machiavel pendant la peste…

L’homme incarne à merveille la Renaissance : il a fait ses humanités, voyagé, pensé, écrit, lu les scientifiques et conseillé les grands de son temps… Mieux encore, dans son Prince, il contribue à délier la Politique de la Religion. Pour Machiavel, le Roi n’est pas le lieutenant de Dieu sur Terre, et si le Prince doit se montrer croyant, c’est uniquement pour se faire mieux aimer de ses sujets… Prendre la tête d’un Etat et le garder n’est pas affaire de bénitiers, mais de raison humaine, de stratégie. Si choquant fut-il pour le clergé, (l’Eglise ne s’y est pas trompé qui a mis Le Prince à l’Index) le discours de Machiavel s’inscrit bien dans son époque, celle qui met la Raison –et avec elle l’Homme- au centre du monde…

Entre l’homme qui murmure à l’oreille de Laurent de Médicis et celui qui tente de survivre pendant la peste, quel rapport ? Quelles pensées chez Machiavel lorsque les rats courent les rues, lorsque, devant ses yeux, « il y a les enfants d’autrefois qui marchent, le placenta séché autour du cou », « le sang des oiseaux qui mousse sur ton ventre glabre », les corps déchiquetés et les charniers ? En somme lorsque la Renaissance se teinte de couleurs moyenâgeuses ? Chez lui aussi la peur a chassé la pensée, et, de cadavres en cadavres, l’homme se met à divaguer, invoque les poètes et se prend à aimer.

A l’image du cerveau du penseur en pleine épidémie, la « plume [de Christophe Bataille] est éparse », « trop  » éparse aurait-on voulu ajouter : avec une idée stimulante, Christophe Bataille a tissé un roman quelque peu prétentieux. « Les livres sont des déjections » écrit-il en intellectuel dégouté de son époque trop chargée en papier rapidement griffonné. S’inscrit-il dans le lot ?

Le rêve de Machiavel, Christophe Bataille, Grasset, 15, 90 euros, 217 p.

 

 

 


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