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Livre : Henry Bauchau, Le boulevard périphérique

23 juin 2008 Par marie | 1 commentaire

En visitant sa belle fille atteinte du cancer, le narrateur se souvient de son amitié avec Stéphane, alpiniste et résistant. Un roman qui a valu à l’auteur belge le Prix du Livre Inter 2008.

Chaque jour ou presque, le narrateur se rend à l’hôpital, au chevet de Paule. Dans la chambre de la malade ou au cours de ses longs trajets de RER, ou sur le périphérique, lui apparait Stéphane, l’ami qu’il a connu en 1940 dans un chantier de déblaiement des ruines de la guerre. De l’homme, le narrateur se rappelle son corps élancé, sa « légèreté d’enfance » qui lui faisait être « tout entier » l’ombre « comme tout à l’heure il sera le rocher » tandis que lui n’était que labyrinthes de mots et de pensées. Il se souvient comment, au sortir de la guerre, il avait tenté d’enquêter sur la mort de cet ami résistant et comment ses recherches l’avaient mené jusqu’à Shadow, ex-officier nazi.

Ce n’est que trente-six ans plus tard, en entendant les difficiles et précieuses inspirations de Paule, ses questions nécessaires et ses longs silences, que le vieil homme se rend compte combien, les deux figures de Stéphane et de Shadow, jusque là enfouies dans ses mémoires de guerre, ont été fondamentales pour lui ; combien, associées à Paule, elles le renvoient à sa fragile condition de vieillard. « Implacables les autres pour vous faire constater que tout change et pour vous apprendre à mourir » (p206) : le narrateur a donc pris acte de ces changements et, dans une langue emprunte tout à la fois de pudeur et d’humilité, il n’hésite pas à évoquer ses fragilités, la lenteur de son corps et les tours que lui jouent son esprit. Le roman ne se penche pas sur la mort –que dire de ce que l’on ne connait pas ?- mais de la manière d’apprendre à mourir, et donc à vivre.

A plus de quatre-vingt dix ans, Henry Bauchau se raconte sans le dire. Après tant de pages parcourues, la plume est restée légère et poétique, souvent psychanalytique, toujours émerveillée. Le vieil écrivain porte en lui le jeune homme plutôt qu’il ne le remplace ; aux expériences accumulées semble s’être simplement ajouté une perception plus fine des réalités. Quelques semaines avant la remise du prix, le livre d’Annie Ernaux, Les années (cf. art. en3mots du 4 mai 2008), était évoqué comme lauréat possible. Annie Ernaux n’aurait pas volé la récompense mais le poète belge avait cette légèreté à parler de profondeurs, cette lumière des hommes au crépuscule de leur vie grâce à laquelle, (par le boulevard), il rejoignait Stéphane sur les hauteurs….

« Non pas sa beauté à lui, Stéphane, mais celle de l’homme jeune, le bel équilibre des jambes, des hanches fines, des épaules larges. Le défaut du dos, un peu arrondi par le travail, ajoute à l’ensemble la menace du caractère précaire de la beauté » (p 22).

Le Boulevard périphérique, Henry Bauchau, ed. Actes Sud, 2008, 255 p, 19,50 euros.


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