La Rochelle : De la ruralité turque au mariage pour tous raconté par des oursons

5 juillet 2016 Par Cedric Chaory | 0 commentaires

Le festival international du film de La Rochelle propose pour sa 44ème édition un focus sur les cinéastes turques. Belle idée d’inviter son public cinéphile à la découverte d’un cinéma méconnu, bien qu’il connut récemment un vif sucès avec Mustang de la réalisatrice Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven (nommé à l’oscar du meilleur film étranger).

Cet hommage à une nouvelle génération de cinéastes stambouliotes compte ainsi 11 films avec en tête d’affiche Yesim Ustaoglu. Un cinéma qui oscille entre scène intime et familiale, portant un regard sensible sur la Turquie d’aujourd’hui, pays où les droits des femmes stagnent voire régressent. Entre autocensure, exil à l’étranger et résistance, les vaillantes réalisatrices composent et ne lâchent rien à l’image de Pelin Esmer dont  La Tour du guet (2012) était présenté hier.

Hanté par un accident tragique, Nihat accepte un emploi de gardien dans une tour de guet d’où il peut observer l’immensité de la forêt. Seher est hôtesse dans une gare routière rurale de la même région. Une série d’événements réunit ces deux êtres isolés, au passé trouble. Contraints à s’entendre, ils forment un couple qui, malgré son déséquilibre, réveille en eux la compassion et apaisera peut-être leur chagrin.

Film sur l’errance et la solitude des âmes, La Tour du guet propose un visage méconnu de la Turquie : ses vastes provinces rurales reculées. Ce cadre aussi beau qu’inquiétant est le théâtre de la rencontre de deux êtres mutiques qui s’observent et s’apprivoisent. Avec son approche très littéraire du cinéma, Pelin Esmer filme en douceur, sans rebondissements remarquables ou trames exagérées, cet incongru duo d’écorchés.

Autre temps fort du festival : le documentaire animé. Découvrir La Sociologue et l’ourson (2015) d’Étienne Chaillou et Mathias Théry fut un vrai plaisir. Ce documentaire atypique narre de septembre 2012 à mai 2013 cette France qui s’est enflammée sur le projet de loi du Mariage pour tous. Via Ie discours de la sociologue Irène Théry – qui a combattu pour que le projet de loi soit voté -  racontant à son fils les enjeux du débat de ces neuf mois de gestation législative, le spectateur replonge dans ce moment particulièrement troublé (hérétique ?) de la France contemporaine.

Ours en peluches, jouets, bouts de cartons sont animés et alternent avec des prises de vue réelles pour dessiner l’histoire de la famille française. Et la définition de la sacro-sainte normalité de celle-ci en prend pour son grade. Tous les protagonistes de cette « affaire » sont présents : le président Hollande, la Garde des Sceaux Christiane Taubira, le sinistre Hervé Mariton et la bouffonne Frigide Barjot. Drôle, pédagogique, intelligent… La Sociologue et l’ourson est à voir impérativement !

En préambule à ce documentaire était projeté Le C.O.D et le coquelicot de Jeanne Paturie et Cécile Rousselet (2013) qui dépeint avec humour, poésie et finesse, les affres de l’enseignement dans des zones dites « sensibles » à partir des voix de plusieurs instituteurs d’une école primaire du nord de Paris, associées à différentes techniques d’animation.

Cédric Chaory (correspondant Festival international du film de La Rochelle)


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