[Live-report] Cristina Branco, pour l’amour du fado

9 février 2018 Par
Bénédicte Gattère
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De passage à Paris, la chanteuse mondialement connue donnait un concert unique à l’Espace Cardin. Invitée par le Théâtre de la Ville, elle a brillé à cette occasion par son amour contagieux pour la musique, que ce soit pour la musique traditionnelle de son pays, le Portugal, ou bien même pour la chanson à texte plus pop. 

Accompagnée de ses musiciens, Cristina Branco présentait ce soir-là, le 7 février dernier, l’étendue de son répertoire. Allant du plus enlevé et du plus trivial au plus tragique et profond, elle s’est investie dans l’interprétation de chaque chanson avec une intensité rare qui faisait plaisir à voir ! Sa voix chaleureuse et sa sympathie envers le public avait de quoi faire oublier à tous les rigueurs de l’hiver. Cristina Branco a également pu faire valoir son aisance dans différents styles musicaux, allant du jazz au fado. On parle même aujourd’hui avec des interprètes de son talent, qui savent mixer les genres, de « fado-jazz ». Le programme de la soirée alternait des chansons de son dernier album, Menina, avec des airs de fado classiques. La chanteuse a également profité de cette soirée en tête-à-tête avec son public parisien pour dévoiler quelques titres de son prochain album à paraître. Elle a ainsi présenté « Eu Por Engomar », une chanson intimiste tout en délicatesse.

Menina, qui signifie littéralement « Jeune femme » avait reçu lors de sa sortie, l’année dernière une pluie de critiques élogieuses. L’album, nominé aux Golden Globes dans la catégorie « Meilleur interprète individuel » avait reçu le prix du « Meilleur album », décerné par la Société portugaise d’auteurs. Il faut dire que la chanteuse de fado sait toujours bien s’entourer, avec les plus grands poètes, paroliers et interprètes portugais d’aujourd’hui. Les titres de Menina ont ainsi été écrits spécialement pour la chanteuse par des auteurs et compositeurs de la scène musicale portugaise actuelle. Entre innovation et tradition, elle rassemble autour de sa personnalité les plus grands talents. Le final emmené par le trio de musiciens, Bernardo Couto à la guitare portugaise, Bernardo Moreiro à la contrebasse et Luís Figueiredo au piano a d’ailleurs permis au public de prendre toute la mesure de la virtuosité de chacun des interprètes, indépendamment du charisme de la chanteuse.

La chanteuse, dans sa volonté d’aller au-delà des frontières de genres, a montré qu’elle savait naviguer entre divers registres musicaux. Elle s’est ainsi permise quelques incursions, – tout à fait convaincantes – vers la pop avec des chansons aux thématiques contemporaines, que ce soit celle évoquant une leçon de natation ou bien une autre parlant d’une jeune fille d’un petit village portugais rêvant du monde extérieur par Instagram. Cristina Branco n’en oublie pas pour autant ses racines qui se trouvent dans le fado, ce genre musical populaire emprunt de cette fameuse « saudade », une forme de mélancolie nationale intraduisible. Le fado est son premier amour et elle l’a prouvé avec une  chanson en hommage à la grande Amália Rodrigues, l’une des plus célèbres fadistas, – si ce n’est la plus célèbre. Pour terminer cette jolie soirée, accueillie avec enthousiasme par les applaudissements nourris du public Cristina Branco a interprété une toute dernière chanson, « Tes yeux sont comme deux chandelles », réputé pour être le plus ancien fado, le père de tous les autres… De quoi réchauffer les cœurs et faire fondre toute la neige de la journée !

Visuel : © Augusto Brazio