Dorsaf Hamdani en-chante Barbara et Fairouz

16 octobre 2017 Par
Hassina Mechaï
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Dans le cadre des 20 ans de la disparition de Barbara, Dorsaf Hamdani a donné à la Philharmonie de Paris un concert d’hommage. Pas seulement à la Dame en Dans le cadre des 20 ans de la disparition de Barbara, Dorsaf Hamdani a donné à la Philharmonie de Paris un concert d’hommage. Pas seulement à la Dame en noir. Aussi à la Dame en blanc, la turquoise de Beyrouth, Fairouz.
Dorsaf Hamdani aime les défis apparemment. De ceux qui obligent. Marier ainsi deux grandes Dames que sépare la seule Méditerranée dans un seul projet tenait de cette obligation artistique exigeante.
Quel point en commun en effet entre l’une et l’autre ? L’une, Barbara, juive française née à Paris, connaîtra les terreurs de la guerre et les horreurs de l’inceste. Elle sera interprète d’abord de Brel et de Brassens, puis auteur compositeur, toute vêtue de noir, avec sa voix qui narguait la fêlure et la brisure. L’autre, Fairouz, née au Liban dans une famille chrétienne syriaque et convertie à l’Islam lors de son mariage, connaîtra les déchirures confessionnelles de son pays, refusant même de chanter pendant la guerre civile qui endeuillera le Liban de 1975 à 1990 afin de n’être récupérée par aucun des camps en conflit. Cette neutralité active et symbolique fera de cette frêle dame, souvent vêtue de blanc sur scène, le symbole d’un Liban uni malgré tout.
Mais si Barbara et Fairouz étaient séparées par des parcours de vie forcément différents, elles étaient réunies par leur voix unique. Le spleen parisien et le spleen levantin, dans un lamento étonnamment semblable. Un spleen que Dorsaf Hamdani a choisi de ne pas forcément surligner ce soir-là, préférant parfois une gouaille certaine dans son interprétation de la Dame en noir et une ferveur vibrante pour la Dame en blanc.
Dorsaf Hamdani crée quelque chose d’original qui n’a rien à voir avec une mièvre réinterprétation. Ce sont là deux univers musicaux qui s’interrogent, se répondent et se fondent. Il ne s’agissait pas de faire des allers-retours artificiels entre les deux artistes, mais d’explorer une troisième voie originale. Deux voix, une voie.
Sur scène, Dorsaf Hamdani n’a pas voulu « orientaliser » Barbara ou « occidentaliser » Fairouz. D’abord parce que Fairouz avait déjà ouvert son répertoire de chansons traditionnelles aux influences extérieures, notamment sud-américaines, et aux rythmes jazz. Elle a offert ainsi une rencontre, révolutionnaire pour certains, sacrilège pour les puristes de l’époque, d’un style vocal oriental sur des arrangements de musique occidentale.
Les arrangements et les musiciens auront été pour beaucoup dans cette fusion qui a créé au final autre chose. Ces arrangements sont dus à Lucien Zerrad, qui en outre, a assuré ce soir-là, l’accompagnement à la guitare sèche ou à l’oud mélodieux. A cela se sont superposés le violon et l’alto crissant ou en lamento sinueux de Zied Zouari. Aux percussions et à l’oud également, l’excellent Yousef Zayed. Enfin, planant comme un oiseau, l’accordéon lancinant de Daniel Mille, lequel est également directeur artistique de ce beau projet.
Et le résultat est là, silence, souffle faisant autant partie de la musique que les instruments eux-mêmes. Le lyrisme brodé de la musique arabe fait alors place à un environnement intime, épuré. L’exemple le plus frappant est la reprise de « al Quds » ou « Jérusalem ». Là où la chanteuse libanaise offrait une interprétation martelée, avec un orchestre imposant, Dorsaf Hamdani en propose une version très douce, avec violon hésitant et guitare légère. A contrario, quand Barbara, dans sa chanson « Ce matin-là », joue de sa voix à l’aide d’une simple guitare, Dorsaf Hamdani s’accompagne de la rythmique hypnotique d’une darbouka nord-africaine. Et cela fonctionne merveilleusement bien. Mieux, incroyablement bien.

Sur « Al bint al shalabiya » (la fille de shalabiya), dans un mimétisme sidérant, Dorsaf Hamdani atteint ce vibrato si particulier à Fairouz, comme au bord des sanglots, tandis que l’accordéon de Daniel Mille apaise l’émotion. Sur « Gare de Lyon », Dorsaf Hamdani joue étonnement d’un accent gouailleur parisien tandis que l’oud vient contraster avec originalité. Sur « Hateni ney wa ghani » (donne-moi un ney que je chante), sur un poème de Khaled Gibran, Dorsaf Hamdani renouvèle une chanson pourtant considérée comme un classique arabe, tout comme elle réussit à donner une interprétation réussie de la si emblématique « ma solitude ».
Les classiques des deux grandes dames se succèdent, en rythme binaire qui créé un espace troisième où Barbara et Fairouz ont pu se parler et se répondre, sans le savoir, à travers leurs chansons.
Ce concert aura commencé par un récital du pianiste Guillaume de Chassy. Lui aussi saura reprendre en variations les mélodies intemporelles de Barbara. Une exploration de celle qui fut aussi une grande mélodiste, on l’oublie souvent, tant ses paroles restaient gravées à l’esprit.
. Aussi à la Dame en blanc, la turquoise de Beyrouth, Fairouz.
Dorsaf Hamdani aime les défis apparemment. De ceux qui obligent. Marier ainsi deux grandes Dames que sépare la seule Méditerranée dans un seul projet tenait de cette obligation artistique exigeante.
Quel point en commun en effet entre l’une et l’autre ? L’une, Barbara, juive française née à Paris, connaîtra les terreurs de la guerre et les horreurs de l’inceste. Elle sera interprète d’abord de Brel et de Brassens, puis auteur compositeur, toute vêtue de noir, avec sa voix qui narguait la fêlure et la brisure. L’autre, Fairouz, née au Liban dans une famille chrétienne syriaque et convertie à l’Islam lors de son mariage, connaîtra les déchirures confessionnelles de son pays, refusant même de chanter pendant la guerre civile qui endeuillera le Liban de 1975 à 1990 afin de n’être récupérée par aucun des camps en conflit. Cette neutralité active et symbolique fera de cette frêle dame, souvent vêtue de blanc sur scène, le symbole d’un Liban uni malgré tout.
Mais si Barbara et Fairouz étaient séparées par des parcours de vie forcément différents, elles étaient réunies par leur voix unique. Le spleen parisien et le spleen levantin, dans un lamento étonnamment semblable. Un spleen que Dorsaf Hamdani a choisi de ne pas forcément surligner ce soir-là, préférant parfois une gouaille certaine dans son interprétation de la Dame en noir et une ferveur vibrante pour la Dame en blanc.
Dorsaf Hamdani crée quelque chose d’original qui n’a rien à voir avec une mièvre réinterprétation. Ce sont là deux univers musicaux qui s’interrogent, se répondent et se fondent. Il ne s’agissait pas de faire des allers-retours artificiels entre les deux artistes, mais d’explorer une troisième voie originale. Deux voix, une voie.
Sur scène, Dorsaf Hamdani n’a pas voulu « orientaliser » Barbara ou « occidentaliser » Fairouz. D’abord parce que Fairouz avait déjà ouvert son répertoire de chansons traditionnelles aux influences extérieures, notamment sud-américaines, et aux rythmes jazz. Elle a offert ainsi une rencontre, révolutionnaire pour certains, sacrilège pour les puristes de l’époque, d’un style vocal oriental sur des arrangements de musique occidentale.
Les arrangements et les musiciens auront été pour beaucoup dans cette fusion qui a créé au final autre chose. Ces arrangements sont dus à Lucien Zerrad, qui en outre, a assuré ce soir-là, l’accompagnement à la guitare sèche ou à l’oud mélodieux. A cela se sont superposés le violon et l’alto crissant ou en lamento sinueux de Zied Zouari. Aux percussions et à l’oud également, l’excellent Yousef Zayed. Enfin, planant comme un oiseau, l’accordéon lancinant de Daniel Mille, lequel est également directeur artistique de ce beau projet.
Et le résultat est là, silence, souffle faisant autant partie de la musique que les instruments eux-mêmes. Le lyrisme brodé de la musique arabe fait alors place à un environnement intime, épuré. L’exemple le plus frappant est la reprise de « al Quds » ou « Jérusalem ». Là où la chanteuse libanaise offrait une interprétation martelée, avec un orchestre imposant, Dorsaf Hamdani en propose une version très douce, avec violon hésitant et guitare légère. A contrario, quand Barbara, dans sa chanson « Ce matin-là », joue de sa voix à l’aide d’une simple guitare, Dorsaf Hamdani s’accompagne de la rythmique hypnotique d’une darbouka nord-africaine. Et cela fonctionne merveilleusement bien. Mieux, incroyablement bien.

Sur « Al bint al shalabiya » (la fille de shalabiya), dans un mimétisme sidérant, Dorsaf Hamdani atteint ce vibrato si particulier à Fairouz, comme au bord des sanglots, tandis que l’accordéon de Daniel Mille apaise l’émotion. Sur « Gare de Lyon », Dorsaf Hamdani joue étonnement d’un accent gouailleur parisien tandis que l’oud vient contraster avec originalité. Sur « Hateni ney wa ghani » (donne-moi un ney que je chante), sur un poème de Khaled Gibran, Dorsaf Hamdani renouvèle une chanson pourtant considérée comme un classique arabe, tout comme elle réussit à donner une interprétation réussie de la si emblématique « ma solitude ».
Les classiques des deux grandes dames se succèdent, en rythme binaire qui créé un espace troisième où Barbara et Fairouz ont pu se parler et se répondre, sans le savoir, à travers leurs chansons.
Ce concert aura commencé par un récital du pianiste Guillaume de Chassy. Lui aussi saura reprendre en variations les mélodies intemporelles de Barbara. Une exploration de celle qui fut aussi une grande mélodiste, on l’oublie souvent, tant ses paroles restaient gravées à l’esprit.