A-WA, joy addition

24 mai 2016 Par Hassina Mechaï | 0 commentaires

Elles sont trois sœurs. Israéliennes d’origine yéménite, elles forment à elles trois le groupe A-WA. Taïr, Liron et Tagel revivifient ainsi une musique traditionnelle yéménite, à coup de rythmes modernes, jazz, rock et hip-hop. A l’origine de leur succès grandissant, en Israël, mais aussi dans le monde arabe, la chanson Habib Galbi (l’amour de mon cœur), qui a été un phénomène viral via youtube. Depuis, leur succès va grandissant et elles préparent un album prochain. De passage à Paris pour un concert ce 26 mai à la Gaîté Lyrique, elles répondent, dans un enchevêtrement harmonieux de mots et de bonne humeur, à Toute La Culture.

Afin de vous présenter au public français, qui êtes-vous ? Comment avez-vous décidé de former A-WA ?

Taïr : Nous avons grandi dans un petit village situé au sud d’Israël, en plein désert, dans de superbes paysages. Nous avons grandi là au milieu des poules, chèvres, chevaux. C’était un environnement joyeux. Ensemble, nous jouions également beaucoup de musique, chantions aussi. Nous faisions des spectacles pour notre famille, préparions des petits concerts. Au début, c’était seulement devant nos parents, puis l’audience s’est élargie au village, à l’école et maintenant au pays entier (rires).

Et que signifie A-WA ?

Tagel : Cela signifie « oui ». Mais c’est un oui de réjouissance. C’est de l’arabe yéménite, mais c’est une exclamation dynamique, joyeuse, que l’on retrouve dans tous les pays arabes, ou presque. Il nous avait semblé que c’était l’expression qui allait le mieux à notre musique, que nous voulions entraînante et joyeuse.

Liron : A-WA convient à notre « vibration ». C’est beau à l’oreille et résume notre univers artistique. Oui c’est très positif…

Et très féminin aussi comme son…

Liron : C’est aussi un aspect qui nous a intéressées. Nous faisons justement de la musique qui vient d’un environnement très féminin. A-WA sonne comme le prénom d’une femme.

TLC : Votre musique s’inscrit dans le patrimoine juif et arabe yéménite. Avez-vous entrepris des recherches spécifiques?

Taïr : Oui depuis de longues années et en fait nous continuons à faire ces recherches.

Tagel : Depuis toutes petites, nous sommes très intéressées par nos racines yéménites et notre culture. Nous posions énormément de question à notre grand-mère sur sa vie au Yémen avant qu’elle n’émigre en Israël, sur ce pays aussi. Nous écoutions nos grands-parents parler entre eux en arabe, nous ne comprenions pas mais cette langue est restée dans nos oreilles. Notre père le parlait aussi un peu, mais le mélangeait avec l’hébreu.

Liron : Quand notre père nous parlait en mélangeant les deux langues, nous lui demandions alors « quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ? « (rires)…Dans la ville où nous avons grandi, il y a avait une communauté d’origine juive yéménite assez importante. Nous avons aussi connu les fêtes, mariages, ou autres avec toutes ces musiques et coutumes traditionnelles. Nos grands-parents vivaient aussi dans un environnement quasi exclusivement yéménite. Quand nous leur rendions visite durant les vacances, nous baignions alors dans cette culture. Et nous aimions cela. Evidemment, plus grandes, nous avons posé des questions, fait des recherches, lu beaucoup aussi. C’était aussi pour nous une façon de la faire nôtre.

Vous souhaitiez connaître au mieux vos racines ?

Tagel : Oui, effectivement. Et puis nous voulions nous connecter à cette communauté.

Taïr : Nous aimions surtout la musique yéménite, mais aussi tous les arts que nous pouvions observer chez nos grands-parents. Les bijoux, les vêtements, les broderies si particulières, la cuisine, tout cela nous fascinait enfants.

TLC : De quoi parlent vos chansons ?

Liron : Ce sont toutes de très anciennes chansons traditionnelles composées par des femmes. Au Yémen, alors, les femmes ne lisaient ni n’écrivaient. Elles chantaient et ces chansons étaient transmises de génération en génération. C’était une tradition purement orale, les femmes chantaient pour leurs filles, qui une fois mères, chantaient à leur tour. Nous avons aussi été partie prenante de cette transmission. Tous les textes abordent des questions sur la condition de la femme. Mais plus largement, les thèmes communs à l’être humain : l’amour, la haine, l’espoir. Parfois ce pouvait être des chansons très joyeuses. Mais parfois elles étaient aussi très tristes et pouvaient toucher le cœur. Quoi qu’il en en soit, elles étaient toutes très franches, honnêtes, voire provoquantes. Nous avons le souvenir de notre grand-mère, assise avec ses amies, chacune chantant sa plainte ou sa joie. C’était parfois pour elles le seul moyen d’exprimer cela. Elles pouvaient dire tout ce qu’elles voulaient du moment que c’était à travers une chanson.

Taïr : Dans notre travail, nous avons voulu porter tout cela à un autre niveau. Et surtout faire connaître ces chansons afin que tout le monde, nous écoutant, puissent connaître cette si belle musique, et les histoires qu’elles racontent. Mais nous leur avons donné notre propre « son » pour en faire quelque chose de plus accessible aux oreilles modernes. En jouant sur les harmonies vocales, les arrangements, les instruments, nous avons créé un univers à la fois moderne mais également fidèle à ces traditions. Pour cela, nous avons été très influencées par les chanteurs de la Motown, le jazz.

Tagel : En fait, cela s’est fait très naturellement pour nous, de mélanger ainsi toutes ces influences. Cela donne à nos interprétations une dimension intemporelle, comme si elles faisaient coexister des époques différentes.

Liron : Nous sommes aussi influencées par les sons électroniques sur lesquels nous chantons, comme faisaient les femmes yéménites, à l’unisson. Mais, elles, n’étaient accompagnées que de quelques percussions.

Taïr : Quand les Juifs yéménites sont arrivés en Israël, quelques chanteurs ont eu du succès en interprétant les chansons du pays. Mais nous faisons partie d’une génération plus jeune et nous faisons quelque chose d’original. C’est inédit, même en Israël. Nous constatons un vrai enthousiasme pour notre travail dans notre pays. Notre musique est jouée partout, à la radio, à la télévision, dans les mariages.

Liron : Nos influences sont larges ; reggae, Hip-hop, un peu de rock psychédélique. Tout cela nous semblait très naturel. Quand nous avons fait écouter nos maquettes à notre producteur, il nous a dit : « c’est tout ce que vous êtes ». Je pense que tout cela rend la musique plus accessible pour chacun. Car nous chantons pour tout le monde, pas seulement pour la communauté yéménite.

Vous chantez en arabe…

Liron : Ces chansons ont été créées dans cette langue. Nous ne voulions pas les traduire en anglais ou en hébreu. Nous souhaitions les garder telles quelles. Cela était important aussi de chanter en arabe, pour poser ainsi les voix de façon correcte. Nous étions habituées à entendre l’arabe, petites, mais nous le parlons seulement un peu.

Qu’est-ce que l’expérience A-WA ?

Taïr : C’est un univers de sons et d’images. Nous avons créé un univers à nous. Sur scène, nous portons des tenues traditionnelles, mais sommes entourées de basse, batterie. Les concerts sont l’occasion pour les gens d’oublier leur souci et de ressentir la joie de nos chansons. Des femmes viennent nous voir après le concert pour nous dire que c’est très inspirant de voir trois femmes chanter ainsi. A-WA est une expérience totale.

Vous avez souvent dit le mot « joie » durant cet entretien…

Taïr : (sourire) Oui, car nous avons un peu l’impression que c’est à cela que nous sommes utiles, donner cette joie pendant nos concerts. C’est ce que nous faisions déjà petites. Nous portons cela dans nos prénoms. Mon prénom signifie «lumière », Liron signifie « joie » et Tagel signifie « bonheur ». Tout est émotion pour nous.


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