La playlist de la semaine est totalement french

15 octobre 2017 Par
Antoine Couder
| 0 commentaires

« Si vous n’aimez pas la mer… Si vous n’aimez pas la montagne… Si vous n’aimez pas la ville : allez-vous faire foutre »   Jean-Luc Godard/A bout de souffle, 1960  

La dent dure – Faudile de France

Comment est-ce qu’on a pu passer à côté de ça, cet hybride post-négresses vertes qui conte par le menu l’écroulement des années 90 ? Faudile pas Faudel ou plutôt faux deal (de France) puisque les dés sont pipés. Un disque et puis plus rien, un petit parfum de Gainsbourg avec cette voix nasale et poétique presque devenue obligatoire… La dent dure, ce sera quatre intermèdes qui collent à Saint-Germain des Prés vu des Cités, avant que celles-ci ne prennent Science Po à coup de conventions prioritaires d’intégration. Faudil « va dans le brouillard, dans le brouillon ». Sa musique est retorse et rappe avec parcimonie c’est-à-dire dans un flow étroit, finalement intransigeant sous ses allures de cool gonze. Au final, un coup de griffe dans ta jolie petite gueule.

Vis à vie – Calypso Valois

Le principal avantage des vis, des vis à bois bien sûr, est de permettre des assemblages résistant à la traction, même lorsqu’un seul côté est accessible. Et l’on peut dire que Calypso Valois cherche l’assemblage, érotique et criminel, de pièces venues d’un monde infralégal. Des fantasmes certes, mais des images bien réelles qui claquent en allée retour sous couvert de ce vintage souriant qui a fait tant de victimes esthétiques ces derniers temps. Souvenir, souvenirs. Je sens encore le sable sous mon tes-shirt.  Je me rappelle parfaitement de cette scène que je m’étais pourtant échinée à oublier. Calypso, personne ne t’a dit que c’était vraiment mal de maltraiter les jeunes filles ?

Bongoe&tremolooes – Automatic city

Mais d’où vient ce goût de la luxure sinon du cimetière du vieux monde, de la colonisation et de l’exotisme servi en cache-sexe de notre célèbre névrose narcissique ? L’exact moment où les analyses de Freud ploient sous le changement de société, mais demeurent pertinentes en ce qu’elles révèlent le code secret de la culture occidentale. C’est ici que ça se passe, avec cette musique qui jamais ne renoncera à ses travers, à sa science des mélanges occultes. C’est le poison acide du blues, bandit de grand chemin des musiques du monde, qui se repait de son intempérance lubrique inimitable, ici orchestrée par une bande de Français sous pression publiés sous label allemand. L’illusion de la transe est parfaite.

Ad libitum Melo – Kim

Le saviez-vous, Kim Giani en est aujourd’hui a son trente troisièmes albums. Sans doute il y a à boire et à manger, mais quand même, trente-trois albums alignés année après année, sans jamais rechigner, sans jamais se plaindre, on peut en prendre de la graine… Kim est ainsi une sorte de Spinoza qui polirait son verre avant de se mettre à table et rédiger son éthique. Toujours à propos, toujours globalement génial… ici le rythme reggae qui prend la suite d’une guitare folk et en détourne l’intention. Et puis, bien sûr, les lunettes qui déshabillent, ce regard aigu sur la pop que la nonchalance légendaire du bonhomme ne vient jamais altérer.

Un baiser, une bombe – SuperBravo

Et puis fatalement, après Spinoza, cette question philosophique à savoir ce que l’on peut faire d’un clip lorsque l’on a déjà une chanson, « la » chanson. La bande d’Armelle Pioline (Holden) jamais démotivée, aérienne et toujours au niveau supérieur d’un souffle musical qui recouvre les murs sombres où dansait jadis le jeune Dominique A. Ici, tout en haut là où l’éternité revient, on se dit même qu’elle a toujours été, autour de ces cheveux, cette fumée expulsée des corps, le halo sautillant de ce qui persiste et envahit doucement d’un amour insaisissable et palpitant. La preuve en concert au Pop In le 18 octobre (et en plus il y aura Diane Sorel).