Un samedi au Main Square Festival 2017 [Live-Report]

4 juillet 2017 Par
Sarah Lapied
| 0 commentaires

Le Main Square est un exemple de pari réussi haut-la-main : créé en 2004, il s’est déroulé pendant 6 ans dans le centre-ville d’Arras et reçoit en 2006 Depeche Mode et Muse, puis Coldplay, Metallica ou encore Radiohead. Désormais situé dans la citadelle d’Arras, classée à l’UNESCO, le festival a accueilli cette année encore des têtes d’affiche de rang mondial aux côtés de jeunes talents prometteurs. Nous y étions pour le deuxième des trois jours que dure l’événement et nous avons classé les performances les plus marquantes par catégorie.

L’énergie la plus communicative : Cage the Elephant et Jain ex aequo

Ils sont américains mais arborent un look digne des Rolling Stones. Elle est française de naissance mais congolaise de coeur. Cage the Elephant et Jain se sont illustrés lors de cette édition 2017 par des performances scéniques électrisées et un rapport au public passionné.

cage_the_elephant_at_lollapalooza_br_2012

Photo : libre de droits

Les premiers sont nés à Bowling Green, dans le Kentucky, ancien Etat indien du coeur des Etats-Unis. Les deux frères Shultz et leurs amis Champion, Tichenor et Parish ont été découverts par le label EMI après avoir fait sensation lors d’un festival texan et s’installent à Londres, mais Cage the Elephant ne renie pas ses origines et met les grands espaces américains à l’honneur dans ses clips. En 2008 sort leur premier album et le single « Ain’t no rest for the wicked », qui marquent les débuts de leur reconnaissance par la critique.

L’écoute de leur dernier album, « Tell me I’m pretty », montre que le groupe maîtrise désormais tous les codes du rock’n’roll londonien : des balades douces-amères façon Beatles, une voix jeune et traînante à la Mick Jagger et une attitude cool à toute épreuve (oui oui, on peut fumer et jouer de la guitare devant 10 000 personnes en même temps). Comme à son habitude, le chanteur Matt Shultz fait le show dans ses bottines dorées : il saute, court, vibre, tombe à genoux avec style et se donne entièrement, avec une énergie tout à fait punk. Difficile de rester de marbre face à tant d’ardeur : ça donne envie de se déhancher et de secouer la tête, et c’est ce que fait le public, que le soleil commence à réchauffer.

concert-de-jain-au-festival-de-la-paille-2016-1489671696

Photo : Sam Coulon pour l’Est Républicain

La toute jeune Jain en col claudine s’est imposée dans un style différent : accompagnée d’une boîte à sons et de percussionnistes, c’est à l’Afrique qu’elle rend hommage à travers sa musique. Son univers visuel coloré et ses tresses collées contrastent avec la rigueur de sa tenue. Toutes ses chansons commencent par un rythme saccadé, qu’elle laisse s’étirer comme pour créer le suspense, en y rajoutant quelques cris ou sons naturels – l’une de ses compositions imite le bruit des travaux qu’elle entendait depuis sa chambre, confie-t-elle au public. Elle demande à ce dernier de jouer le jeu et de chanter avec elle : elle descend de la scène, micro en main, et enregistre la voix des personnes au premier rang. Tant pis si c’est un peu faux : le son est déposé dans sa boîte magique, et il accompagnera la voix en live de la chanteuse. Tout le concert est un dialogue entre Jain et son public, la jeune fille a un caractère affirmé et sait se faire obéir de ses fans, qui s’accroupissent, bondissent et forment un choeur à sa demande. Tout le monde semble conquis : il faut dire que la musique de Jain porte une fraîcheur et un enthousiasme qui se font rares dans le paysage français.

Le plus bel instrument : Xavier Rudd

dsc5552

Photo : © Billy Heigl (CSMpromo)

Il aura été l’une des révélations de ce samedi : Xavier Rudd, dans une salopette particulièrement seyante, a fait résonner la Green Room de ses sons reggae tout droit venus d’Australie. Avec ses cheveux blonds de surfeur et ses tatouages d’inspiration maorie, le beau Rudd a détonné au milieu de cette journée plutôt rock et électro. Sa musique et ses textes, tournés vers la spiritualité et la recherche de la paix intérieure, s’inscrivent dans la plus pure tradition du reggae, avec une préférence pour l’acoustique et les instruments traditionnels ; si traditionnels que c’est armé d’un didgeridoo qu’il porte à bout de bras qu’il joue ses solos (pour l’anecdote, il a appris à en jouer avec le tuyau d’un aspirateur), par ailleurs plutôt virtuoses. C’est une très belle découverte, et on s’imagine tout à fait avec lui sur une plage australienne…

La scénographie la plus folle : Die Antwoord

rs-240523-amanda_demme_dieantwoord-hi-res

Photo : © Amanda Demme

Die Antwoord n’est pas le dernier groupe de métal allemand à la mode, mais un collectif de rap-rave sud-Africain originaire du Cap dont le nom vient de l’afrikaans et signifie « la réponse ». Même si on l’avait voulu, on n’aurait pu les éviter : les sons rap et électro du groupe ainsi que la voix suraiguë de Yolandi Visser, sa représentante féminine, s’entendent à des kilomètres à la ronde. A voir les visages dans le public quelques minutes avant le début du concert, on comprend que Die Antwoord est un phénomène chez les jeunes et que l’appréciation de leur musique s’accompagne souvent de la consommation de substances illicites. Le premier personnage à s’avancer sur la scène porte un sweat orange qui rappelle la tenue des prisonniers américains et un masque digne d’Halloween dont la projection sur grand écran met d’emblée assez mal à l’aise : la musique de Carmina Burana en fond parachève le tableau.

Tout le concert prend la forme d’une provocation sur des thèmes propres au rap : sexe, drogues, violence, mais aussi propres à l’Afrique du Sud, comme la lutte contre les traditions barbares, le racisme ou la pauvreté. Si Ninja arbore un mulet beaufissime, c’est parce que le groupe se réclame du mouvement zef, qui vise à réhabiliter la sous-culture pauvre sud-africaine. Rien de très choquant sur le fond donc, mais il en est autrement en ce qui concerne la forme : au-delà du mauvais goût revendiqué des animations 3D et des costumes, les insultes répétées au public, qualifié de « motherfuckers » et la pauvreté des paroles à base de « I don’t give a shit » lassent assez vite, et les artistes jouent sur l’ambiguïté des symboles convoqués. On leur accordera tout de même un humour décapant et une originalité bienvenue dans le monde du rap-rave. La jeunesse européenne a l’air d’adorer et on se demande si c’est bon signe ou non…

Image de Une : Main Square Festival