[Toute La Culture du clip ] Rihanna/Needded me

30 avril 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Shoot the Pimp’

Ça commence un peu comme « Miami Vice » (le film de 2006) et ça se termine à la « Spring breakers » (le blockbuster de 2012) ce qui est assez logique puisque le réalisateur de ce dernier est justement celui qui signe le clip de « Needded me ». Sans vouloir trop en faire dans le bavardage médiatique, nous vous suggérons d’aller écouter maintenant votre petite Rihanna à l’aune notamment de ce que propose sa concurrente Beyoncé. Nul n’est censé ignorer, en effet que des « albums » sont sortis en février pour la première et « just now !! » pour la seconde. Difficile voire impossible de juger à tête reposée puisque tout va trop vite et que sortir un disque consiste juste à focaliser l’attention sur les faits et gestes de l’auteur autour de sa promotion. Attrapons tout de même ce clip au passage, le troisième depuis la sortie d »Anti ». Et ce qui frappe tout de suite, c’est le côté sombre et prolo chic que cultive la fille de la Barbade (même si juste derrière elle sort un titre de pétasse avec Calvin Harris qui ne mérite vraiment pas que l’on s’y arrête). En comparaison, Beyoncé bien que magnifique dans son récent « Formation » donne toujours un peu l’impression de faire un cours de gym (« Okay, ladies, now let’s get in formation… prove to me you got some coordination ») Même si quelque chose de grave plane aussi sur ce clip, la philosophie générale reste assez hollywoodienne et ne règle pas l’ambiguïté fondamentale concernant la « jeune fille pauvre » qui constitue le cœur de cible de crédibilité des deux pop stars (When he fuck me good I take his ass to Red Lobster, cause I slay… I got a hot sauce in my bag) C’est tout l’inverse de la froide et ténébreuse affaire que conte ici Harmony Korine : un univers décati et une galerie de freaks sortis d’un monde particulièrement codés (cinématographiquement/politiquement) et qui renvoient très paradoxalement à des problématiques sérieuses ; économie en déroute sur fond de guerre de gangs, primauté du divertissement nourrie par l’industrie du sexe. On parle ici d’une sorte de sous-texte et non des paroles elles-mêmes d’ailleurs à peine compréhensibles (pour un petit Français), n’évoquant en rien toutes ces questions pourtant explicites dans les images de Korine et qui suffiront à frapper l’imaginaire du public : une Rihanna dénudée partie rétablir la justice dans un monde où une grosse partie des femmes sont réduites en esclavage, vendues, battues, violées avant d’être abandonnées ou tout simplement éliminées. I slay, I slay, I slay chantait Beyoncé (je tue, « je suis trop forte »). Elle ne croit pas si bien dire.

Réalisé par Harmony Korine


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