[Live report] : Rocca au Divan du Monde

10 juillet 2016 Par Antoine Roynier | 0 commentaires

Il y avait foule au concert de Rocca vendredi soir au Divan du Monde. L’artiste y a livré une performance pleine d’énergie où sa musique crossover entre sonorités rap et latines a fait mouche.

Jeudi, l’équipe de France gagne contre l’Allemagne et se qualifie pour la finale de l’Euro 2016. Pourtant vendredi soir, rue des martyrs dans le 18eme arrondissement de Paris, on ne célèbre pas la victoire des bleus. La couleur dominante est le jaune, principale teinte du maillot de la Colombie. Pourquoi ? Parce que le 8 juillet, Rocca fait son concert au Divan du Monde. Cet artiste franco-colombien, icône du rap français des années 1990 et 2000, nous livre un show mélangeant hip-hop et musique latine. Rocca est le parfait exemple d’un artiste se servant de sa double culture pour proposer un métissage musical que peu d’artistes accomplissent avec succès. Il le démontrera tout au long de cette scène où il chantera son album Bogota Paris paru en 2015 et ses plus grands classiques.

Il faut dire que l’ancien membre de La Cliqua est un vrai showman. Son énergie communicative, nous tient en haleine tout au long du concert. Pendant presque deux heures, il alterne entre ses congas et des danses chaloupées, à mi-chemin entre la salsa, la rumba et la danse hip-hop, dont lui seul a le secret. Il rap un couplet en espagnol et l’autre en français sur le même titre sans aucun problème. La symbiose entre les musiciens présents sur scène (un batteur, un bassiste et un joueur de trombone) et DJ Veekash donne de la puissance mais aussi de la profondeur à sa musique. Car il faut le dire Rocca n’est pas simplement rappeur, c’est un artiste complet.

Il l’affirme haut et fort lorsqu’il invite A2H à le rejoindre sur scène. Ce virtuose du microphone connu des aficionados du rap, originaire de Melun, chantera un couplet et fera un solo de guitare digne des plus belles heures des concerts de Run D.M.C. L’auteur de l’album Libre quittera le Divan du Monde sous les applaudissements de la foule et sur les félicitations de Rocca louant son talent de musicien. Mais A2H n’est pas la seule surprise de ce concert. On le l’attendait pas et pourtant, il est là. Lino entre sur scène. Cette légende du rap hexagonal est certainement l’un des derniers vrais poètes de ce mouvement musical. Il nous enchante par ses rimes complexes, la dextérité de son flow, son charisme et sa voix reconnaissable entre mille autres. Mais tout le monde n’attendait qu’un seul moment. La reformation pour quelques instants de La Cliqua. Daddy Lord C et Kohndo rejoignent Rocca pour une vingtaine de minute de pur plaisir et de partage. Ce moment réveille les puristes dans la salle. Les spectateurs entonnent le plus fort possible les lyrics de Conçu pour Durer. La salle est en fusion.

Pourtant, il était parfois difficile pour le MC originaire du 18eme arrondissement de chauffer tout l’auditoire simultanément. Les membres du public n’étaient pas tous venus pour les mêmes raisons. Interrogé pendant le concert, les fans des premières heures de l’artiste, reconnaissables à leur tenue très début des années 2000 (Oui ! Il y a encore des gens qui portent des baggy !), étaient venus pour écouter le boom-bap très conscient de Rocca. Tandis que, les colombiens avaient une préférence pour les tubes latino-américains de l’artiste. Preuve, s’il en fallait, que même si le métissage musical de l’auteur du titre les jeunes de l’univers est réussi, il n’est pas toujours facile de réunir les goûts musicaux de ses fans de part et d’autre de l’Atlantique.

Mais les gens dans la salle n’avaient qu’un seul mot à la bouche, « vrai rap ». C’est, d’ailleurs, l’un des credo de Rocca. Pour lui, le rap actuel est en perdition, les jeunes artistes s’inventent des vies rocambolesques qu’ils n’ont jamais vécues. Tout ça dans un seul but, vendre des disques et faire des cliques sur Youtube. Il fustige également la trap dont il utilise pourtant les sonorités dans certains de ses morceaux. Paradoxale, comme le personnage que l’on sent perpétuellement tiraillé entre ses origines colombiennes et françaises. Il sera, d’ailleurs, le seul, ce soir là dans la salle, à porter un maillot de l’équipe de France.

Visuel:©AR


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