[Live report / Interview] Black Milk & Nat Turner au Batofar

23 mai 2016 Par Aurelien Bouron | 0 commentaires

Une performance magnifique a eu lieu sur la scène du batofar. Ce lieu flottant est connu pour ses programmations de hip hop variées et de très grande qualité. Hier soir en était la preuve avec Black Milk qui a fait une démonstration de producteur, de musicien, de chef d’orchestre, accompagné de son groupe Nat Turner. Un hip hop aux influences de jazz, de funk, d’electro,  c’est beau, et ça s’est passé à Paris.

Le groupe Nat Turner, seul sur scène, plongé dans la pénombre d’une lumière timide, commence avec un son jazzy. Le claviériste, le batteur et le bassiste donnent le ton : Ce concert va être de la qualité. Enfin, Black Milk, le roi du beat, arrive et nous met une bonne claque.

Black Milk vient de Detroit, dans le nord des Etats-Unis. Il a grandi avec les sons de J Dilla, Pete Rock, Eminem, et n’est pas simplement un rappeur avec une très bonne voix. C’est aussi un producteur. Des beats rythmés, puissants, qui transpirent l’envie de placer une voix, un clavier, une basse, une batterie. En avril, avec Nat Turner, il a sorti un album The Rebellion Sessions. Il reste sans voix dans cet album et laisse le jazz, le hip hop et le funk se retrouver pour s’exprimer par l’instrument.

Mais l’heure est à la scène et la voix de Black Milk est bien présente.

« Après avoir joué une fois avec un groupe, je ne pouvais pas revenir en arrière »

Ne pensez surtout pas qu’il y a un ordre de musique pré établie. Loin de là. Black Milk et son groupe répondent aux demandes du public. Des titres de tous ses albums sont criés à travers la salle. Sunday’s Best / Monday’s Worst, Black and Brown, Losing out, The Matrix. Il les retient tous et organise son concert sur le moment. Arrivé au titre So Gone, on comprend parfaitement qu’il est chef d’orchestre et son groupe répond à ses demandes avec talent. La chanson se termine, et pourtant l’instrumental continue. Il décide alors de mixer plusieurs sons sur cette musique et rentre en totale improvisation avec son groupe.

« Je ressens une réelle liberté avec eux sur scène. On peut improviser, changer les musiques. » Nous a-t’il  révélé lors d’une interview après le concert. « On est ensemble depuis 2008, donc on est très proche. Maintenant on peut s’adapter à l’autre réellement et faire de bonnes impros. Après avoir joué une fois avec un groupe, je ne pouvais plus revenir en arrière ».

Son groupe a d’ailleurs une place à part entière. Pendant quelques minutes, chacun leur tour, ils se lancent dans une improvisation en solo, puis en groupe. La sueur sur le bout des doigts, des visages dont les expressions illustrent la mélodie, une osmose entre les quatre héros de la scène.

« Ce qui m’influence le plus, c’est l’atmosphère, au delà de la musique »

Black Milk est un créateur d’atmosphère. Il parle au public, le fait participer, chanter. Quand il s’adresse aux ingénieurs son, il ne briserait l’ambiance pour rien au monde, et place sa voix sur son beat. Il le fait sentir à tout le monde, ce qu’il y a autour de lui, il l’absorbe.

Au grand plaisir de ses fans, il se lance dans Detroit’s New Dance Show et Bounce  qui sont peut-être les meilleurs exemples de son amour pour ce qui l’entoure. Ces musiques racontent l’histoire de Detroit et sa scène électronique. Lorsqu’on lui demande d’en dire plus, il répond, « Les gens oublient à quel point les artistes de Detroit ont influencé le monde de la musique. C’est une ville avec une grosse scène rock, techno, house, et hip hop. Et à un certain moment, on finit par tous se rencontrer et on s’influence.« 

Le hip hop, c’est aussi des collaborations avec d’autres artistes. La chanson Black and Brown arrive à point nommé. Une seconde est bien plus que suffisante pour que les connaisseurs reconnaissent le beat. Imaginez. La voix de Danny Brown en fond, celle de Black Milk résonnant dans nos oreilles et Nat Turner qui produit du plaisir à travers leur musique. Il nous explique qu’il aime collaborer avec des artistes créatifs, qui expérimentent, tel que Danny Brown, où Blu. Loin d’être cantonné à un seul genre, son envie de découvrir le pousse à vouloir collaborer avec des musiciens d’autres genres. « Tous les genres se complètent très bien » comme il dit. Son hommage à Prince au milieu de son concert le prouve. Pour lui, Prince était l’un des meilleurs, il faisait de la musique un parfait cocktail.

Il y a une chose qu’il ne sait pas faire… c’est finir. Il veut rester avec son public, son groupe, être dans la cale du bateau concert. Alors il enchaîne avec Long Story Short et profite des dernières minutes. Nat Turner continue, et Black Milk pose le micro, descend les escaliers, et se mêle à la foule. Il sert les mains, fait la bise, des câlins. Non décidément, il ne sait pas finir, et son groupe non plus. Le concert est monté en puissance et fini dans la chaleur de la foule qui n’en peut plus de sauter et de danser. Le groupe Nat Turner se lance dans une ultime performance qui nous pousse tous à penser une seule chose: « Wow ». Du funk, du jazz, de l’electro, de la soul, ajoutés au hip hop… on atteint des sommets, seulement, la descente n’existe pas.

Visuel: AB


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