Le « Blank Face LP »: la diversité au service de la cohérence

13 juillet 2016 Par Antoine Roynier | 0 commentaires

Schoolboy Q a sorti son nouvel album vendredi dernier. Un chef-d’œuvre à l’équilibre parfait et d’une cohérence rare. Sur ce disque, le rappeur a trouvé la formule pour varier les sonorités tout en restant d’une incroyable homogénéité.

Note de la rédaction :

Quatre ans que l’on attendait le chef-d’œuvre, il est arrivé. Le quatrième album de Schoolboy Q, Blank Face LP, est sorti le 8 juillet. Ça fait du bien! Ce bijou, rempli d’innovation musicale, a l’atmosphère morne, mélange différents courants du rap sans jamais perdre sa cohérence. La tête d’affiche de Top Dawg Entertainment (TDE) nous avait déjà surpris en 2012 avec Oxymoron. Ce disque fut un succès commercial, puisqu’il a été vendu à près de 160 000 exemplaires (un exploit aujourd’hui), mais surtout une réussite artistique. Un souffle nouveau se levait sur le rap de la côté Ouest des États-Unis. Il regroupait une multitude d’influences musicales au sein de chaque morceau. Il alliait la modernité des pieds et des caisses claires utilisés de nos jours, l’efficacité des samples découpés à la MPC et des mélodies accrocheuses. Bref, un projet inclassable. Beaucoup ont essayé de reproduire les sonorités de cet opus, personne n’y est arrivé.

Finalement, il n’y a que Quincy Matthew Hanley pour faire du Schoolboy Q. Les sonorités du Blank Face LP le prouvent. Le membre du Collectif Black Hippy est le seul à pouvoir toucher une aussi large palette de couleurs musicales sans se tourner en ridicule. Tout y passe, les sons s’inscrivant dans une tradition plus west coast comme Neva Change aux touches jazzy sur joHn Muir sans délaissé les beats downtempo très à la mode. Mais le natif de Los Angeles ne se perd jamais dans cet amas de références musicales. Il assemble toutes les pièces du puzzle en créant un nouveau sous genre du hip-hop. Tout l’album est cohérent. L’ambiance sombre et angoissante présente tout au long de cette masterpiece ne trompe pas. Ce projet est pensé et réfléchi. Seuls quelques rayons de soleil traversent la playlist. A l’image Whateva U Want, dont le refrain semble calibré pour les Strip-club, si populaire en Californie.

Il faut dire que SchoolBoy Q sait s’entourer des meilleurs, toutes générations confondues. Il a choisi ses collaborations pour trouver cette harmonie parfaite entre modernité et tradition du rap des années 1990 où l’ambiance dominante des albums était lugubre et mélancolique. Pour arriver à ce résultat, il invite l’une des légendes de la production Hip-Hop, The Alchemist, sur Kno Ya Wrong. Ce natif de New-York est l’un des monstres du beatmaking américain. Il a notamment collaboré avec Mobb Deep ou encore Dilated People. Un autre roi du sample est présent sur le disque, il s’agit de Swizz Beat. Il produit Lord Have Mercy en reprenant un titre de Donald Byrd. Mais le compère de Kendrick Lamar donne aussi sa chance à la scène émergente du rap U.S.. Sur Big Body, Tyler the Creator est à la réalisation. Lui aussi originaire du Golden State, il est certainement l’un des artistes de la scène Hip Hop les plus barrés de sa génération. Ses clips sont le miroir de son imagination débordante. Vous pourrez le voir en train de manger un cafard ou en centaure en train de se caresser la crinière.

« Il s’agit certainement de l’un des albums de l’année »

Les featurings sont d’aussi bonne qualité et participent également à l’hétérogénéité de cet opus. L’apparition d’Anderson Paak, auteur d’un seize titres superbe sortie cette année nommé Malibu, vient ajouter une touche rock, au titre éponyme de l’album. Vince Staples apporte sa fraîcheur et sa voix si particulière sur Ride Out. Puis il y a Jadackiss sur le titre phare de l’album Groovy town / Eddie Kane. Une véritable synergie s’opère sur ce son. Rien n’est à jeter, des couplets au pont musical en passant par les percussions.

La force de cet album est au fait son équilibre. Schoolboy Q a repris les bonnes veilles recettes du rap des années 1990, le sample et les ambiances très sombre (les plus anglophones diront G atmosphere), tout en y ajoutant de la modernité et de la diversité. Il s’agit certainement de l’un des albums de l’année. Après To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar, on peut penser que TDE a élaboré la formule magique parfaite pour faire d’excellents albums.

Visuel:© DJ Teck C – Flickr


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