Il y a un Oups dans le Damn de Kendrick

24 avril 2017 Par
Antoine Couder
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Entêtant, embêtant, formidable et dérangeant, le nouvel album de Kendrick Lamar n’est finalement un problème que pour les journalistes.

S’il fallait résumer l’histoire, elle tiendrait en quelques mots. Il est clair que Lamar est super sincère, qu’il est brillant, qu’il signe une production impeccable, plus subtile encore qu’elle n’y paraît à la première écoute (le magnifique Element, avec J.Blake, la soul vipérine de The Alchemist sur Fear). Et, en même temps, Kendrick ne prend pas le moindre risque, ce petit risque que ne cessent de prendre quelques autres, les Anderson Paak, Mac Miller, GoldLink, Nao, Childish Gambino.

Alors, cet entre-deux donne des choses merveilleuses comme ce Loyalty qui fait passer Rihanna pour un diamant de 20 carats, comme si moins + moins donnaient effectivement un gros Plus. Mais on sent bien qu’avec Damm on est aussi dans l’errance (Pride) et qu’il suffit de réécouter le Good kid M.A.A.D city sorti en 2012 pour comprendre que le compte n’y est pas, comme si l’artiste était coincé dans sa séquence Obama (l’assassinat du jeune Trayvon Martin par un policier dans la banlieue d’Orlando) alors que l’esprit du hip-hop semble s’envoler sur des territoires plus oniriques (cf. Future), finalement un peu déconnecté du propos social qui reste celui de cet album.
Reste l’indescriptible, soit une impossibilité à “ne pas aimer” ce qui entre nous est un sentiment forcément décalé et de ce fait agréable. Damn, c’est loin d’être la passion, juste un amour flottant et attendri, presque parental… Notre petit Kendrick tellement célèbre, tellement de pression… On lui pardonne presque d’être bien en dessous du niveau lorsqu’il rameute Zacari pour Love, lorsqu’on sait de quoi ces deux-là sont capables. Du coup, voilà, on va télécharger cet album, parce qu’il le vaut bien.

Plus pop, plus facile à suivre que son opus précédent (l’intraduisible “pimp a butterfly”), Damn. semble ramasser les forces contradictoires qui animent son auteur afin de ne rien perdre de l’histoire de ce qui peut apparaître un peu opportuniste, un coup je fais un morceau pour la radio, un coup pour les oreilles fines des studios… Au final, beaucoup d’argent et beaucoup de gens pour chaque morceau. D’où le oups dans le Damn. Kendrick tu le refais encore… Tu vaux mieux que ça quand même, non ? Et, ainsi de suite. Des histoires de réseaux sociaux qui n’intéressent pas grand monde et surtout pas ceux et celles qui comprennent ce que Lamar raconte et qui reste pour le coup toujours aussi palpitant.

“Damn.” Kendrick Lamar, 2017 Top Dawg Entertainment/Aftermath Entertainment/Interscope records
Couder&Kouder