[Chronique] L’électronique « Pacifique » 11ème album de Disiz la Peste

16 juin 2017 Par
Gilles Herail
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Après le tournant de son dixième album « Rap Machine », l’artiste Disiz la Peste a laissé tomber le rap de « gamin » ou encore de « chien de la casse » le temps d’un opus atypique aux musiques plus électro et pop. Sur les conseils de ses confrères belges Amir des Street Fabulous ou encore Stromae, Disiz concrétise l’aboutissement de ses tentatives passées parfois inaperçues. En effet, ce dernier lui présentera ce qui deviendra la musique du titre « Splash », rédigé dans le train à son retour de Belgique et enregistré le soir même. (Article d’Olivier Handelsman).

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Partageant les thèmes récurrents de la mélancolie, des bonheurs fugaces et violents, de révolte et de résignation, ces deux ex-rappeurs (pour l’instant) les expriment aussi bien par les paroles que la musique. Oui, autant vous prévenir tout de suite, si vous aviez oublié l’existence de Disiz la Peste jusqu’à l’album « Lucide », voire « Disiz the End » (en ignorant son épisode rock en tant que Peter Punk), vous allez avoir une surprise. Car s’il reprend le micro (comme le retour du Double Cheese), cette fois-ci il ne vient pas râper le fromage.

Il faudra attendre la moitié de l’album pour entendre kicker le rappeur chevronné qui augmentera la cadence avec le puissant « Meulé Meulé »), non sans une caricature acerbe de ses fans les plus réticents à son nouveau style. On peut se sentir visé. Mais sa liberté d’expression passe de façon avouée par une création multimédia, fidèle à son univers visuel, musical et sensoriel profond, de la pochette de l’album à la construction musicale. Si ses pensées sincères ont déjà beaucoup touché ses auditeurs, il n’a sans doute jamais fait d’album aussi personnel, ce qui peut parfois pousser à des choix musicaux que certains trouveront incongrus avec sa rigueur du rythme habituelle. Si « ADN » est très réussi, et « Autre Espèce » entraînant et enfantin juste ce qu’il faut, certains titres pourront présenter des longueurs ou des incompréhensions.

Entre électro légère, pop mélangeant rap et chant, et expression musclée de ses tourments, « Pacifique » est un album sur lequel Disiz s’est investi, peut-être trop pour des rêveries d’un ex-jeune de banlieue. Que l’on fasse partie de ceux qui l’auraient découragé ou encouragé à nourrir son projet, il transparaît que sa méthode de création n’a pas été enterrée, même sur la reprise d’Alain Souchon vocodée « Quand je serai chaos », aérienne et entêtante, où il affirme que « C’est quand tu veux faire le jeune qu’tu commences à mal vieillir ».

Car Disiz (de son vrai nom Sérigne M’Baye Gueye) ne veut plus d’influences destructrices ou réductrices, de fanatisme du rap de certains fans, et fait remarquer que du haut de ses onze albums (un score impressionnant dans le rap français) et son public multigénérationnel (10-40 ans) que l’ouverture ne lui a jamais fait de mal et a même accompagné le succès de ses projets. Quoi qu’il en soit, il s’agit là du deuxième album (après « Le Poisson Rouge » qui a lancé sa carrière) écrit avec plus d’émotion que de planification, et qui selon lui l’a laissé heureux, soulagé et pour une fois vidé de son énergie créatrice sans projet d’album en tête. Peut-être le retrouvera-t-on au cinéma bientôt, espère-t-il. Il sera toujours temps de réécouter en live les plus audacieux de ses mélanges musicaux lors de la tournée prochaine, qui s’annonce scéniquement aboutie.

Olivier Handelsman

Pacifique, sorti le 9 juin 2017 chez Polydor

Visuels (c) pochette de l’album, Clip de Splash, Audio de Quand js’rai KO.