[Toute La Culture du Clip] Har Mar Superstar – It Was Only Dancing (Sex)

7 mai 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Fantômes du CBGB


Ce pourrait n’être qu’une simple saynète sociale de Amérique de la fin du vingtième siècle. Mais c’est compter sans l’humour de Sean Tillmann qui creuse l’inconscient du punk US dans cette confrontation entre les anciens farmers/bikers du monde des 60′ et les modernes, touche-à-tout excentriques qui se ré-approprient l’énergie du rock des années 50 et provoquent d’emblée la dispute. Tillmann a beau chercher du côté de Flash Dance ce qui pourrait apaiser les mœurs (l’amour peut être ?) il livre ici une chorégraphie de la violence traversée subtilement d’un parfum queer dont on connaît l’évidence dans le mouvement punk de la fin des années 70 à New York, au CBGC et au Max Kansas city où toute la scène rock travestis et toxico passait son temps à se foutre sur la gueule avant que quelques uns n’accèdent à un bref moment de célébrité entre 1977 et 1978. La jeune fille qui danse ici avec Tillmann rappelle ainsi ces armées de fans branchées, moitié journaliste moitié mannequin qui courraient après les stars de ces clubs en les attirant dans leur lit avec un peu d’héroïne. Bebe Buel, par exemple, connue pour sa prestation en page centrale de Playboy en 1974 et qui quelques années plus tard donnera naissance à Liv Tyler raconte qu’elle ne pouvait quitter ce milieu (« trop l’éclate ! ») en dépit de réels efforts et un flirt poussé avec un Jack Nicholson. « Ce n’était pas mon truc de me balader dans une Rolls-Royce en écoutant Pat Benatar, raconte-t-elle… chaque fois que j’essayais de passer un disque qui me plaisait, tout le monde me prenait pour une adolescente immature et déjantée » Passer le bon disque c’est bien la question centrale dans ce petit monde sourcilleux et « stuck together » qui n’a pu résister à son succès et à son changement de casting. Une fois le punk devenu à la mode, ce n’était plus les groupies délurées qui menaient la danse mais les maisons de disques qui distribuaient de la cocaïne par sac entier pour calmer les artistes et piloter leur promo. Ainsi Debby Harry tellement entourée au début de Blondie s’est retrouvée toute seule, ne comprenant plus grand-chose à ce qui lui arrivait alors. Quarante ans plus tard, alors que l’histoire punk est entrée dans les Musées et les livres d’histoire (du Velvet underground jusqu’au Sex Pistols), on peut dire que le talent de Tillmann consiste ici à passer l’éponge (voyez le torchon qu’il porte nonchalamment sur l’épaule) en réenchantant une histoire souvent tragique dans une bluette synt-pop apportant ce kitsch de nostalgie et de glamour qui permet de supporter la disparition de ceux que l’on a un peu trop aimés.

Réalisé par Isaac Gale et David Jensen


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