Syrian Metal is War : des métalleux sous les bombes

7 janvier 2016 Par Simon Théodore | 0 commentaires

La Syrie est un pays aux multiples facettes. Plongé dans le chaos depuis plus de quatre ans, c’est aussi un important foyer de la musique métal moyen-orientale. Dans Syrian Metal is War, Monzer Darwish, jeune exilé et adepte de hard rock, a filmé la communauté métalleuse de son pays en temps de guerre.

Depuis décembre 2010, nombre de pays arabes ont vécu une vague de contestations populaires, connue sous le nom de « Printemps Arabe ». Avec des conséquences inégales au sein de chaque population, ce phénomène gagna, un an plus tard, la Syrie de Bachar el-Assad. Le 15 mars 2011, une manifestation à Deraa (sud-ouest du pays) est violemment réprimée par l’armée. Cette date symbolique marquera alors le début d’une guerre civile qui plongera le pays dans un véritable chaos. Déchiré, meurtri et détruit, le peuple syrien est aujourd’hui divisé entre les forces fidèles au gouvernement de Damas, les forces rebelles, kurdes et les djihadistes de l’État Islamique. En plein conflit, en plein désespoir, une jeunesse tente de vivre et d’exister à travers une passion : celle de la musique métal. Armé d’un téléphone et d’une mini caméra, Monzer Darwish, un fan de hard rock de 23 ans, a filmé le quotidien des acteurs d’une scène métal en temps de guerre : celle que, Sam Zammik, le seul journaliste spécialisé du pays, a nommée « New Wave of Syrian Metal ».

Ce n’est pas la première fois qu’un documentaire s’intéresse au heavy metal dans cette région du monde. En 2007, la formation irakienne de thrash metal Acrassicauda était le sujet du film Heavy Metal in Baghdad, durant lequel on suivait les membres du groupe fuir les violences de leur pays pour la Syrie, puis la Turquie. À la différence des Canadiens Eddy Moretti et Suroosh Alvi, Monzer Darwish s’intéresse à l’ensemble d’une scène locale. Comme cela arrive parfois pour leurs homologues occidentaux, les métalleux syriens sont stigmatisés. En raison de leurs goûts musicaux, de leurs pratiques culturelles et de leurs discours critiques envers les autorités religieuses et politiques, ils sont accusés de sympathie pour Satan, de blasphémer, d’user de drogues et d’encourager la déchéance morale. Corolaires de ces accusations : Storm Music Centre, la seule boutique spécialisée métal dans le pays, située à Damas, a été fermée en 2001. Des fans ont aussi été arrêtés et questionnés par la police. Évidemment, l’organisation de concert est très risquée et les formations souhaitant se produire en live sont, pour la plupart, obligées de s’expatrier dans la ville de Beyrouth au Liban, à environ 80 kilomètres de la capitale syrienne. En outre, la guerre n’a pas arrangé les conditions, déjà précaires, des artistes. Les infrastructures permettant de répéter sont difficiles d’accès et les lieux de sociabilités métal sont inexistants. Il n’existe pas de média spécialisé et les coupures d’électricité sont fréquentes. Ainsi, sur les réseaux sociaux, les communiqués des artistes expliquant leurs difficultés à produire des disques ou, simplement, à entretenir les liens avec leur public fleurissent…

Pourtant, tout comme l’ensemble de la région Moyen-Orient, la Syrie est un bassin fertile pour le hard rock et le métal. Une trentaine de formations, encore actives ou non, sont recensées. La pionnière d’entre elles fut Jack Power. Grâce à ses reprises de Black Sabbath, de Pink Floyd ou encore de Rainbow et de Led Zeppelin, ce quatuor importa le son rock des années 1970 dans un pays qui ne connaissait que celui des Beatles. La New Wave of Syrian Metal, majoritairement constituée de formations originaires d’Alep et de Damas, possède une incroyable richesse. Elle rassemble de nombreux sous-genres métalliques et offre une pluralité des discours. Les musiciens de Netherion (death metal) critiquent par exemple les injustices sociales tandis que ceux d’Abidetherien (black metal) expriment leur haine de la religion et dénoncent les crimes de guerres… Les exemples peuvent se multiplier mais chacun des acteurs de cette scène est motivé par une volonté de vivre et, surtout, de résister. Paradoxalement, la guerre a servi de catalyseur à la création de groupes de métal syrien. « Metal is an identity, Metal is freedom » expliquait l’anthropologue Sam Dunn dans son documentaire Metal : an Headbanger’s Journey. Cette musique électrique permet donc à cette jeunesse opprimée de vivre en ces temps très difficiles.

Avec ses faibles moyens, Monzer Darwish dresse donc un portrait de ces personnes marginalisées en temps de guerre. Son périple l’a amené à traverser un pays ravagé. Aujourd’hui, après être passé par la Turquie et la Grèce, il est réfugié, avec sa femme, dans un camp au Pays-Bas. Selon un message datant du 5 décembre 2015, ce métalleux passionné de vidéos qui, comme bon nombre, avait découvert le hard rock par un titre de Metallica, rencontre des difficultés pour finaliser son projet. Néanmoins, un trailer captivant et intense est d’ores et déjà disponible sur la toile.

Visuel : DR (source : page facebook du documentaire)


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