La sélection Pop-Rock-Indé-Electro-Rap de février

9 février 2018 Par
La Rédaction
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Chaque mois, la rédaction musique de Toute La Culture.com fait le tri parmi ses coups de cœur « pop ». Place à la musique du peuple ici, où les guitares croisent autant les pads que les violons. Enjoy!

Juliette – J’aime pas la chanson
On triche un peu parce qu’on l’a écouté tout janvier! Le nouvel album de l’indépassable Juliette Noureddine apporte un bel oxymore à son titre « J’aime pas la chanson ». Et commence dès la petite valse inaugurale « Procrastination » par nous dire qu’elle a bien le travers et le temps d’écrire! Elle nous rejoue la Castafiore en version mélodieuse avec les ironiques « Bijoux de famille » et nous parle de dépression avec des métaphores météorologiques émouvantes dans « Météo marine ». « Madame » chante les femmes pas conformes aux codes corsetés de la féminité « Ça se fait pas / C’est pas bien / C’est pas féminin ». Et moque tendrement et mode rétro l’individualisme d’aujourd’hui avec « Midi à ma porte ». Et l’on finit par une petit cantate pour « Mon piano droit » qui revient sur l’enfance et à l’origine, sur le mode comptine et Barbara. Toujours réaliste, toujours juste et puissante, Juliette ne fait que s’améliorer au fil des albums. Ironie, mélodies intemporelles et voix capiteuse, on accroche à « J’aime pas la chanson » comme à une drogue aussi forte que les madeleines maison… Juliette, J’aime pas la chanson, Polydor, 12 titres, Sortie le 9 février 2018. Yaël Hirsch.

Justin Timberlake – Man of the Woods

La question n’est pas de savoir si on aime ou pas l’album Man of the Woods mais plutôt de ne pouvoir ignorer qu’un nouvel album de Justin est sorti ce 2 février. Éloigné de la scène depuis une dizaine d’années, en dépit de quelques blagues de Trolls («Can’t stop the feeling »), le retour de Justin est évidemment un événement de portée internationale qui interroge sur le destin d’un artiste flirtant avec la quarantaine et dont on a surtout entendu parlé en 2006, dans la célèbre émission « Saturday night Live » où  il s’autoparodie en imitant fort justement les chanteurs de RnBe des années 90. Signe d’une disparition progressive, confirmée deux ans plus tard lorsqu’il confie souffrir de troubles obsessionnels compulsifs mélangés à un déficit de l’attention, point final, on l’espérait, à son autobiographie médiatique. Mais trêve de plaisanterie, Justin n’est pas mort et le revoilà donc dans une espèce de pop symphonique hachée (« Wave » et bien sûr « Filthy ») taillée pour les grands espaces promotionnels et les remix EDM des fils de David Guetta. Quelques titres surnagent quand même  tels « Supplies » qui retourne sur l’influence hip-hop que le chanteur a explorée depuis l’Édition Deluxe de « FutureSex/loveSounds » (fêté pour sa connaissance de l’érotisme et les « fortes sensations charnelles qu’il procure »). Où, encore le featuring d’Alicia Key (« Morning light ») qui renchérit dans le picotement old school. Mention spéciale également pour « Say something », chouette morceau sur lequel plane l’ombre sexy d’un Weeknd et d’une guitare sèche qui surgit en ballade, apportant la touche bluegrass promise (feat. Chris Stapleton). On peut faire un dernier effort en reconnaissant quelques bonnes ambiances dans « Livin’ Off  the land » (parfait générique de fin d’un teen movie), « Flannel » ou, encore, « Hard stuff », ADN de ce qui a pu inspirer la conception de cet album qui se vendra à des millions d’exemplaires et que l’on aura oublié dans quelques mois. Antoine Couder

Marcus Marr-‘Familiar Five’

Le Dj londonien Marcus Marr, pote et proche de l’univers de Chet Faker avec qui il a déjà collaboré en 2015 pour l’album Work, a sorti le 2 février Familiar Five chez DFA / [PIAS]. 4 titres pour l’instant, pour ce qui compose un EP comme on dit. L’ultra métallique « Familiar Five » qui rappelle le meilleur de Gesaffelstein alterne avec le vintage « High Times », aux teintes disco très seventies.  7 minutes pour une bombe dancefloor  où les guitares funk ne boudent pas le plaisir. « Love release » lui sonne également post-funk, il intervient juste après la bombe glacée « Familiar Five » ce qui nous donne l’idée qu’ici aucune ligne n’est tenue. Et évidemment on se plante. La ligne est celle de la durée, tous les tracks sont longs, qui rencontre une écriture ultra chic. Il termine l’affaire avec « Rocketship », qui fera sourire par ses voix vocodées en robots dramatiques avant de glisser là encore dans une tessiture funk-style tout à fait addictive. Amélie Blaustein Niddam

Ghostface Killah – The Brown Tape 

Sorti en 2013, Twelve Reasons to Die de Ghostface Killah (un des piliers du Wu Tang Klan, collectif de rap parmi les plus connus au monde) est un concept album horrifique. Le héro, tueur de la mafia, s’y fait abattre suite à la trahison d’une femme. Il termine broyé puis pressé dans 12 disques vinyles offerts à chacun des membres de la famille… Mais quand le disque est joué le fantôme surgit pour se venger. En parallèle de la production officielle sophistiquée, un brin surjouée ambiance vintage blacksploitation, la maison de disque initia un remix réalisé uniquement à partir de la piste vocale en collaboration avec le producteur Apollo Brown qui explique ci-dessous le défi d’un tel remix. Résultat: The brown Tape, initialement disponible sur cassette. Désormais réédité il y a quelques jours, le son est abrupt, sans fioriture et rend peut-être mieux encore l’ambiance sordide sur fond d’une vengeance sanglante et impérieuse. Le compagnon idéal pour terminer l’hiver en beauté. Vincent Fournout

General Elektriks-Carry no ghots
Oh la bonne nouvelle, General Elektriks est déjà de retour, moins de deux ans après l’ultra tubesque To Be A Stranger. Carry no ghost s’amuse à mélanger les langues. Anglais « Walk by the ocean »…, français « Au tir à la carabine », « De passage » et allemand  » Amour über Alles », et les genres. On reste évidemment très ancrés dans les sons des années 70, Hervé Salters n’allait pas de défaire de sa passion pour les vieux claviers (« Never Can Get Enough »), mais l’ouverture est intemporelle, tout comme la bluette quasi enfantine « Un tir à la carabine ». On frise la bossa sur « You took your time ». On finit le voyage dans un slow efficace au tempo très marqué quart d’heure américain. Les textes sonnent une mélancolie très contemporaine, et on adore. A écouter en boucle. Amélie Blaustein Niddam

NOx.3 et Linda Oláh – Inget Nytt 

« Rien de nouveau » nous dit la traduction du titre de l’album « Inget Nytt » de nOx.3 et Linda Oláh. Un certain syndrome de l’imposteur se reconnait ici. Le genre qui inhibe et qui amène à se dévaluer dès l’entrée. Ou alors est-ce peut-être une volonté d’annoncer peu pour surprendre. Parce que du nouveau il y en a dans cet album qui croise des sonorités jazz, la transe sensible, l’électro onirique, le tout servi par une prod hallucinante de finesse et de ressenti dirigée par leur ingénieur du son Valérian Langlais. NOx.3 ce sont trois musiciens : les frères Rémi et Nicolas Fox et Matthieu Naulleau respectivement au saxo, à la batterie et au piano. Un trio audacieux et curieux auquel s’ajoute aujourd’hui Linda Oláh, la chanteuse suédoise à la voix sur le fil qui oscille entre la profondeur et le cristallin. Cette collaboration est sans nul doute une réussite dont on ne se lasse pas d’écouter le résultat. NOx.3 et Linda Oláh, Inget Nytt, sortie le 2 février 2018. Alice Aigrain

Daphné – Iris Extatis
Pour son nouvel album, Daphné nous réserve encore une belle série de textes intimes, sur des arrangements émouvants, avec une majeure piano qui sied à sa voix délicate. Depuis son premier album L’émeraude, Le jeu des couleurs et de la synesthésie continue et l’Iris est jaune et capiteux dans ce disque accompli où la chanteuse continue de parler de ses doutes et des convictions qu’elle souhaite défendre. Toujours très touchante quand elle parle de ses fragilités (« Je pleure quand tu me dis des choses belles », avoue-t-elle dans son premier single « Faite à l’envers ». La reine de la métamorphose (très poétique « la lune est une femme africaine » ou très triste et cuivré « le corps est un voyant ») est un peu moins convaincante quand elle se lance dans la politique et la défense de la France métissée (en plus sur fond electro!) avec « Ultraviolet »…Mais quand elle nous rappelle notre enfance londonienne avec sa variation sur le « supercalifragilis » de Mary Poppins.

Daphné, Iris Extatis, Sortie le 16/02/18 , concert au Flow le 8 mars 2018.Yaël Hirsch