PITCHFORK JOUR 2 : ROCK’N BEAT

4 novembre 2017 Par
Damien Poulain
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Le Pitchfork Music Festival de Paris fêtait hier soir son deuxième jour de concerts indés dans la Grande Halle de la Villette. En résumé : du glam, du rock, des synthés et la canopée, trip étrange de HMLTD à Polo & Pan.

HMLTD


Vous l’avez déjà lu mille fois mais tant pis, nous tenons avec HMLTD ce qui se fait probablement de mieux en ce moment en matière de rock anglais, genre musical à lui seul, qui a essaimé sur toute la planète. Nous tenons donc du coup un des meilleurs jeunes rock bands. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils passent l’épreuve de la scène haut la main, scène qu’ils transformeront au Pitchfork en cabaret glam-rock pyrotechnique qui nous laissera bien séchés à… 18 heures. Programmer HMLTD à 17h30, c’est un peu comme passer Ace of Spade de Motörhead à la crèche à l’heure de la sieste. C’est pas adapté. Il faut voir débarquer Henry Spychalski, leader hâbleur aux muscles saillants et ses camarades de cirque, sorte de Spiders From Mars qui auraient pris plus d’acides, si, si. On pense immanquablement aux New York Dolls, en plus électro, en plus goth, en plus Crystal Palace aussi sur « Music ».
On comprend parfaitement que Henry ait déclaré à la presse anglaise : »C’est une putain d’insulte à ton public de rester le cul sur place, à regarder tes chaussures pendant 45 mn ». En l’espèce, ils n‘en ont eu que 30 de minutes avant de laisser l’espace sonore à Cigarettes After Sex qui s’est justement employé à ne pas bouger d’un pouce sous un éclairage tout aussi statique.

Cigarettes After Sex, donc, ce groupe dont « la renommée a démarré avec Internet, blah blah etc. », dont le nombre de vues Youtube est inversement proportionnel au tempo de ses morceaux et dont tout le stupre est concentré dans son nom. Autant dire qu’après les tracks punks et tendus d’HMLTD, une angoisse sourde, le peur du vide probablement, se faisait en nous. Vite le bar, un Xanax et c’est parti sur les chapeaux de roue de tracteur pour un road trip façon Lynch à travers les grands espaces américains. Rappelons que le fondateur, leader et longtemps unique membre du groupe, Greg Gonzales est originaire d’Old Paso, c’est dire s’il s’y connaît, en autoroutes de plaines. Et force est de reconnaître que le voyage se passe bien, qu’on soit sensible ou pas aux longues ballades dépressives, bouche collée au micro. « La musique devrait être universelle », a d’ailleurs déclaré le chanteur compositeur, à mi-voix, forcément.

Afin de garder l’espoir d’arriver au bout de la soirée, nous resterons prudemment éloigné d’Andy Shauf, qui visiblement a le même dealer que Cigarettes after Sex. Nous préfèrerons rejoindre le groupe français Isaac Delusion qui scandera, sûr de lui, sa pop synthétique à guitare. Une sorte de R&B 70’s chanté par un Jimmy Sommerville viril et passé, comme semble t-il 80 % de la jeune garde, dans les mains du producteur de Metronomy. C’est d’ailleurs le reproche qu’on pourrait faire au groupe si on était mauvais coucheur – on l’est ; comme le disait récemment un autre mauvais coucheur, Christophe Miossec : « Ben aujourd’hui, l’problème c’est qu’tout le monde a le même son ». Passé ces considérations sur « l’air musical du temps », il faut admettre que les jeunes parisiens savent y faire pour emporter leur jeune public avec leurs mélodies rondes et sexy, comme sur « Black Widow ». Sans aucun doute un des meilleurs moments de la soirée, avec un set soigné, un son impeccable et l’envie de faire plaisir.

Avoir du plaisir, c’est ce désir qui nous a motivé à rester jusque tard pour entendre et voir la tête d’affiche de la soirée, les chouchous des lycéens parisiens comme des jeunes branchés urbains CSP +, Polo & Pan. Une hype qui aura bien normalement rattrapé ces petits gars sympathiques qui se sont rencontrés derrière les platines du Baron et qui se trouvent aussi être de bons potes du très inspiré Jacques, caution électro-cablée de France Inter. On ne va pas présenter la musique du duo futuriste et tropical post eighties, proto-bossa « Zoom Zoom », vous n’y aurez probablement pas échappé mais on était curieux d’observer de près ces esthètes du son. C’est donc en mode DJ à combinaison, clin d’oeil aux glorieux aînés, de Kraftwerk aux Daft Punk, que Polo et Pan se plantent sur scène accompagnés de deux chanteuses (?) qui s’avèreront plutôt être des danseuses en kimono. Qu’on ne s’y trompe pas, Polo & Pan est un groupe de producteurs qui sait livrer sur scène des sets electro, presque techno. Alors, comme pour échapper à la froideur électronique et à la rigueur des beats techno, on n’est pas à Detroit et encore mois à Dusseldorf, Polo & Pan sample des voix (beaucoup) et parle à son public, parvenant même à le faire jouer à « Jacques a dit ». Pitchfork mue alors en « feel good party », et la Grande Halle de la Vilette en serre tropicale, très Baziu finalement.