Pitchfork 2ème jour avec Bagarre et Kaytranada

3 novembre 2018 Par
Antoine Couder
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D’un côté ça tape et de l’autre ça rebondit : deux approches radicalement opposées du live.

Ça caille non ? En fait, il fait froid à Pitchfork et plein de gens un peu trop douillets ont déserté l’événement. Ajoutez à cela le coût de la soirée (ticket + restauration) et vous avez une idée de l’écrémage à l’œuvre. Bagarre a vu le danger qu’il y avait à se frotter à tous ces happy few en lançant un set très membré que l’on sent inspiré par une « vision », une France des périphéries que l’on aime citer en exemple sur les différentes scènes nationales du pays (« écoutez moi »). Le rythme est binaire, tordu jusqu’à atteindre une puissance syncopée où il s’agit d’attraper le kick caché sous le discours intello.

Rage against. Pas évident et plutôt casse-gueule pour le groupe qui a la fâcheuse tendance à « rager against the racism » et enrober sa posture radicale dans ce qui est tout simplement du heavy metal joué avec des instruments électroniques. Mais la jeunesse peut se sortir de n’importe quelle (mauvaise) situation. À force de tâtonner dans l’équation rythmique, Bagarre soulève des lièvres créatifs, un peu comme s’ils inventaient une nouvelle langue (façon Magma) ; c’est furtif mais saisissant. Avec « Diamant », l’hymne à la masturbation menée par Emma et sous signature orientale touche juste, comme un doigt enfoncé dans l’œil de l’époque.

Lourd et minimaliste. La fin de soirée est consacrée au canado-haitien surdoué Kaytranada qui certes ne nous offrira qu’un simple DJ set mais enfin, quelque chose de bien calibré, tubes en intro, tubes en conclusion et au milieu après un épisode convenu, une véritable plongée dans un groove singulier surfant sur la vague des timbres, jouant des ambiances électroniques pour installer un rythme à la fois lourd et minimaliste. Pas un gramme de graisse (« 99,9% » du nom de son album abondamment récompensé). Le public est massé autour de la scène, il chaloupe et rebondit avec les changements réguliers et toujours très fins que négocie monsieur K. Dans la fosse, plaisir tribal de bandes de potes venus de tout horizon et qui dansent lentement, sourires aux lèvres. Si tout pouvait être aussi simple …

 

Visuel : ©Pitchfork