Le pain des pauvres de Memphis s’appelle le Blues, retour sur The Memphis Jug Band

25 avril 2018 Par
La Rédaction
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Si au cours des dernières années, l’on a pu observer le développement à Memphis d’un style hip-hop sudiste, cela n’est pas du au hasard. Connue pour avoir abrité de nombreux artistes et une diversité de courants musicaux, Memphis cultive sans relâche son image de capitale de la musique populaire noire américaine. Un siècle plus tôt, l’histoire était déjà en marche et parmi ses protagonistes, The Memphis Jug Band, un groupe révélateur d’une époque.

Par Clara Bismuth

1968, « That’s How I Got To Memphis », chantait Tom T.Hall…

Si d’un ont leur Jerusalem, d’autres s’exécutent à Memphis. Combien se sont laissés submerger par des rêves de gloire provoqués par les lueurs de Beale Street ? La ville est une machine aux engrenages multiples donnant vie à des maisons mythiques tel Stax Records ou Sun Studio.
Il y a 60 ans, Sam Philips ouvrait la porte de ce paradis à Elvis, Johnny Cash, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis…Mais dans les années 20 et 30 d’autres étaient sur les planches, ce groupe connu méconnu : The Memphis Jug band.

Comment j’ai découvert le Blues de Memphis…

On me parlait souvent du Blues comme un chant des travailleurs noirs qui exprimaient leur lamentation et leur désespoir.
Mais non, le Blues ne se limite pas à ça !
Et pour cause, ces hommes qui trimaient toute la journée dans les champs, sous un soleil de plomb, ne pouvaient en plus s’escorter d’idées noires au quotidien. Le plus important, c’était surtout de faire attention à son coup de bêche ou à ses doigts trop près de la scie. Garder la cadence, le rythme afin de ne pas se blesser avec tous ces gestes répétitifs. Pour cela, il y avait le Blues.
Alors on chante mais pas uniquement ce « blues larmoyant ». On chante le quotidien, les villes du coin, l’alcool, les drogues et surtout le sexe.
Il ne faut pas oublier que dès le début des années 20 pour les Etats-Unis c’est la pleine prohibition. On joue la proximité avec une frustration quotidienne mais qui pour certain n’est qu’une apparence.Chacun enfreint les règles à sa manière comme les faiseurs du Moonshine, cet alcool confectionné à la lueur de la lune.
Puis à Memphis, ces fameux groupes : Les Jug Band
Jug ? Cruche ou jarre en français, contenant un alcool le plus souvent à base de maïs que l’on boit avant de jouer. D’abord pour se réchauffer, pour obtenir un peu de frénésie ensuite, puis enfin explorer les différentes sonorités du Jug en venant souffler dedans. Car oui ces groupes de musiciens noirs n’ont souvent pas un sou en poche. Lorsqu’ils ont la chance de posséder des instruments c’est un plus, sinon ils confectionnent toutes sortes d’appareils. Les plus connus parmi eux :le Jug, le Kazoo, le Washtub bass, le Washboard ou encore les Musical Spoons. Bien que les boyscouts d’aujourd’hui s’amusent de kazoo en métal, les Jug Bands ne bénéficiaient pas toujours de ce luxe. On se contentait d’un bout de papier inséré dans un peigne. Fourmillement assuré pour les lèvres après cinq minutes de pratique.
Et puis il y a ce groupe en particulier, « The Memphis Jug Band » . Ses principaux membres : Will Shade, Charlie Nickerson, Charlie Burse, Ben Raley, Memphis Minnie, Furry Lewis, Jab Jones, Vol Stevens, Will Weldon et Hattie Hart.
A l’époque les Jug Bands c’étaient un peu comme une grande troupe de théâtr e. On allait de show en show, selon la disponibilité de la scène et il fallait performer avec les membres de la troupe présents sur le moment. Le spectacle s’articule de performances musicales mais on partage aussi ses talents de comédien, d’humoriste ou de danseur. Charlie Polk par exemple, c’était le couteau suisse. Il pouvait chanter, faire rire par des « cracking jokes » mais aussi danser le Buck Dancing. Il paraissait saoul et tombait à répétition, amenant le carnage sur scène. On avait donc affaire à un groupe flexible et touche à tout. C’est là qu’il tire toute son importance, car au delà de la qualité musicale, The Memphis Jug Band est le reflet d’une classe sociale, de son époque et du train de vie des artistes. Lorsqu’ils ne sont pas engagés par de petits restaurants ou des stands, c’est dans la rue qu’ils attirent la foule comme à Beale St ou Handy’s Park. Ils racontent des histoires souvent sur les femmes comme « Everybody talks about Sadie Green » ou « Stealin’ Stealin ». Tout le monde comprend, la musique est entrainante et les pourboires tombent. Et quand on ne parle pas des femmes, c’est pour nous raconter une certaine ambiance festive avec « Cocaine Habit » où alcool et drogue se mêlent au son du jug et de l’harmonica. On retrouve un blues populaire de Memphis, avec quelques sonorités country et révélateur de certaines débauches.

D’après les dessins de Robert Crumb