[Live report] Money au Point Éphémère

26 février 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Il est toujours un peu frustrant de voir Money en live. Car hier soir au Point Éphémère pour la présentation de leur second album, comme sur la tournée du précédent (vus à La Maroquinerie et au Trabendo), on ressort toujours avec la même sensation d’avoir failli assister à quelque chose de très grand, mais de s’être fait privé de cette offrande rare et superbe par un dilettantisme parfois charmant, et parfois un peu dommageable…

Jamie Lee, le leader, guitariste et chanteur du groupe, pourvu de ce charme désinvolte et éternellement guignolesque, le dira lui-même, juste avant d’oublier, seul devant la foule, les paroles de son « « Goodnight London » qui devait clôturer en beauté le concert : « nous ne sommes finalement qu’un groupe d’amateurs… »

Et pourtant, on aimerait mieux les prendre au sérieux, ces gentils branleurs-là, eux, qui perpétuent depuis deux albums la tradition de ces groupes émanant de la glorieuse cité mancunienne (de Joy Division à Inca Babies, des Smith à WU-LYF) en livrant une pop noyée dans ce genre de mélancolie que l’on résout à grands coups de cuites ingurgitées au mauvais moment (« A Cocaine Christmas and an Alcoholic’s New Year »), de veines que l’on taillade sans se faire au final vraiment mal (« Letter to Yesterday »), de requiem adressé à l’au-delà sans prendre sa propre menace véritablement à la lettre (« Suicide Song »).

Car Suicide Songs, ce second superbe album de nouveau paru chez Bella Union et qui devrait encore être l’un des plus sous-estimés de l’année, regorge de pépites pop aux élans psychés, grandiloquentes et intimes, magnifiés hier par des cordes (violon + violoncelle) qui n’apparaissaient pas sur la tournée précédente et qui viennent donner au tout la jolie ampleur qu’il mérite. Certains instants, où Jamie oublie de faire le clown, sont ainsi d’une beauté bouleversante. Il n’est alors pas encore le Seigneur, malgré ce qu’il clame haut et fort (« I Am the Lord »), mais bien l’un des anges gardiens les plus précieux d’une pop qui suggère d’abord le noir (« Black », « I’m Not Here »), mais impose en réalité une lumière étincelante dans les cieux (« I’ll be the Night »). Frissons et grosses émotions.

On l’a dit, Jamie Lee quittera la scène d’un coup, peut-être encore une fois un peu éméché. Et après 1 heure de set. Ce n’est pas très long, et ce n’est pas très grave. Il oubliera aussi d’interpréter « Hold Me Forever », ce morceau qui a tellement contribué à faire de The Shadow of Heaven, le 1er album du quatuor, un disque immense. Sans doute pour que l’on n’oublie pas qu’aimer, c’est aussi être frustré.

Visuel : (c) Ybouh


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