[Live Report] The Libertines à L’Olympia, les hymnes d’hier résonnent toujours

10 mars 2016 Par Elie Petit | 0 commentaires

Les Libertines étaient de retour à Paris hier, enflammant la scène de l’Olympia à coups d’hymnes nostalgiques et de Marseillaise. Un franc succès.

La salle est bien chauffée et l’attente préservée par Reverend and The Makers. Le groupe de Sheffield sonne comme Kasabian, avec des petits airs des Beatles. La batterie, militaire par moments, sert Jon McLure, le leader à l’allure oursonne. Du pur rock anglais, des hymnes rythmés, entêtants et entertainants. Dans une atmosphère sourde et bonne enfant à la fois. Parfois ska, le chanteur fait taper des mains et harangue le public avec son gimmick « I wanna see you bounce ». Ca marche.

Les concerts des Libertines sont toujours un moment émouvant pour le public. Les retrouvailles de deux amis autrefois fâchés et aujourd’hui si bien raccordés. Le monde d’hier, aujourd’hui. Le groupe de rock anglais phare des années 2000 avait renversé le Zénith l’an passé pour son premier concert de reformation après sa séparation et les aventures solos de ses leaders. Cette année, il s’attaque à l’Olympia. Et leur public est devenu adulte, bien adulte. Les quinze-trentenaires d’hier ont maintenant trente-quarante ans. Un public qui est plus sage et vient revivre ses années folles, se lâcher.

Sur la scène, trois micros hauts placés et  un grand drap noir sur lequel sont inscrites les lettres mal alignées du logo des Libertines. Les roadies font la balance en live, faisant rugir les guitares, ce qui excite le public, tenu en haleine. La salle s’éteint, la clameur rappelle celle d’un match de boxe à enjeu.

De lumières bleues aléatoires frappent le grand drap. Les Libertines entrent tous ensemble. Leur joyeux bordel peut commencer. Les guitares qui scandent en choeur avec leurs mots. L’énergie furieuse n’a jamais faibli. Pete porte un T-shirt tatoué sur son marcel blanc. Carl une veste cuir noire. Tous deux sont chapeautés. Leurs colliers rebondissent à chacun de leurs sauts. Une lumière jaune mystique s’échappe de derriere la scène. Dès la fin de leur premier titre, on a retrouvé le duo et leurs guitares qui se croisent dans le désordre anarchique de leur musique comme sur I Get Along. Toujours ce vacarme et le silence, net, suivi d’applaudissements sans cesses plus nourris.

On retrouve leurs intros qui semblent hasardeuses, les interludes bizarres de Pete Doherty, inspiré. Et les hymnes de chambre adolescentes dont les murs vibraient alors des cris éplorés de Pete et des riffs déchirants de Carl. Le coeur de la foule frémit, s’agite, se bouscule. Les gobelets volent. La guitare de l’un pour servir et divertir de la voix de l’autre alternativement. Il y a toujours quelque chose de magique dans leur entente. Fame and Fortune est un très beau moment. Devant le décor de vitres cassées et de lettres métalliques, dessus le muret d’amplis Marshall, le batteur Gary Powell se donne à fond, comme à son habitude torse nu. Comme d’habitude, le bassiste Hassal est muet et discret.

Carl au chapeau trop grand et Pete au chapeau trop petit s’en donnent à coeur joie sur What Katie did et Boys in the Band. Le public exulte en les voyant hurler dans le même micro, embrasser le même micro dans leur fameux numéro. Pete se balance étrangement mais semble sain. Dans la salle les sourires sont rêveurs.

A plusieurs reprises, le duo discute dans la pénombre, tourne longuement le dos au public, crée une attente inquiète, interrompue par la reprise puissante de leurs premiers morceaux. Après un bref passage au piano pour accompagner Pete et sa guitare acoustique, un roadie rend sa guitare à Carl qui déchaîne un solo. Ils ne sont pas très prolixes. Dans le coeur du réacteur, dans la fosse, on se porte sur les épaules, on slamme quand vient Can’t Stand Me Now. Les agents de sécurité sont dépassés. Le final à l’harmonica est un peu bâclé, harmonica que Pete Doherty jette nonchalamment dans la foule.

« Vous êtes prêts ? » lance Barat avant d’entamer Time for Heroes à l’issue duquel Doherty commencera une longue série de maltraitance sur son porte-micro. Il jette sa guitare haut, rattrapée par ses roadies. Sortie de scène. Sauf pour, Gary Powell, le batteur, venue sur au devant de la foule se faire acclamé comme un roi à peine couronné, comme le vainqueur d’un match de catch.

Le temps pour les roadies aux gros bras de réaccorder les guitares, replacer les micros. L’attente est plus longue que prévue. Le groupe revient avec un drapeau français et entame une Marseillaise maladroite que le public reprend vaillamment.

C’est bientôt la fin avec Music When The Lights Go Out. Dans la salle, certains fument, libérés. Sur scène, dans la fosse, on donne tout sur What A Waster. La veste et le gilet ont disparu, les décibels ont décuplé. Don’t Look Back Into the Sun semble finir d’achever cette belle soirée. Pete a l’air de ne pas vouloir partir, tente de proposer une chanson à Carl, avec succès. Puis prend ses portes-micros et les jette dans la foule médusée. Les agents de sécurité rament pour les récupérer.

Les lumières se rallument alors que le groupe est encore sur scène. Les applaudissements longs et appuyés ont une teneur particulière, comme ceux de fans reconnaissants, pleins de gratitude envers ceux qui les ont fait rêver des années, pleurer à leur séparation et qui reviennent leurs rappeler leurs beaux jours, une fois l’an.


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