[Live report] Solidays – suite et fin / Ballade en french touch

27 juin 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Pour finir en beauté cette 18ème édition plutôt très fréquentée, on a pioché trois concerts electro-français qui tracent un fil rouge de la french.

Scène Bagatelle 16h :  Ça commence plutôt mal, sur l’écran géant, avec la mine dépitée de Didier Deschamps, entraîneurs des Bleus, qui doit expliquer pourquoi la France est menée 1-0 par l’Irlande à la mi-temps. Et il y a encore peu de monde autour de Bagatelle lorsque Hervé Salters pose ses mains sur ses claviers Vintage – Fender Rhodes et autres RMI Electra piano- pour lancer un Rythm&Blues plein d’allant qui va monter en puissance tout au long du set. Longtemps restée discret, General Electriks semble avoir le vent en poupe à la faveur d’un revival soul et de cette posture très technique qui consiste à oublier que la console n’appartient pas qu’au DJ mais d’abord à ces instrumentistes qui nous ramènent au bon vieux temps des concerts de rock (on a même droit à un solo de batterie). La voix de falsetto d’Hervé, plongé dans le beat à la fois graisseux et lumineusement black fait mouche à tous les coups. Quelques notes du « Kiss » de Prince auquel on ne peut pas ne pas penser surgissent au détour de variations menées tambour battant et solidement épaulées par un Jessie Chaton, à la basse et au clavier qui pousse l’énergie du groupe vers une espèce d’équation céleste à mi-chemin entre les New York Dolls et le Funkadelic (dont on pleurait encore ce dimanche la disparition du claviériste culte, Bernie Worrell). Bref, un set bien troussé durant lequel  le groupe a vraiment fait des étincelles.

Dans les allées du festival 17h : Il fait beau voire très chaud et les organisateurs annoncent une fréquentation record de plus de 200 000 personnes. Au fond de la clairière, dans le lieu dit « la Guinguette » ils ont installé un bar à vins très malin où l’on boit bio et pétillants naturels à des prix plus que raisonnables (merci Fred de la Quincave) et qui, forcément, ne désemplit pas. Beaucoup de monde donc, beaucoup de jeunes gens en tenue d’été et de nombreux sacs dont les slogans affichés rivalisent de spiritualité. Sur l’un d’eux, par exemple, on note les mots suivants : « du pain, du vin et des gros seins » ; parce que c’est aussi ça un festival ; des petites blagues qui rassurent et des grands rendez-vous. A Solidays, il y a toujours des gens pour se presser au saut à l’élastique, toujours cette poussière qui se lève lorsque qu’en coulisse les voitures accélèrent un peu trop brutalement (le petit côté Paris-Dakar du festival) et cette ambiance politico-feutrée made in Ile-de-France qui fait que l’on marche toujours un peu sur des œufs lorsque l’on fraye du côté des espaces VIP.

Scène du Dôme 19h : Pas sûr pour autant que Valérie Pécresse soit une grande fan de Cypress Hill qui a pris le micro dans la liesse et célébré ce hip-hop devenu culte mais qui reste pourtant le grand perdant d’un revival 90’ profitant essentiellement à la matrice du Docteur Dre. On va dire qu’on s’en moque un peu vu qu’on n’est pas là pour se faire engueuler et que la France est finalement qualifiée. L’événement du début de la soirée était quand même la programmation de Saint-Germain qui venait chauffer sa tournée mondiale avec son nouvel album, le premier après 15 ans de silence.  Toujours introverti, Ludovic Navarre a des airs de Buster Keaton vieillissant. Il est discrètement installé au fond de la scène envoyant les sons sur lesquels 7 musiciens afro-carabéens rivalisent de dextérité et revisitent le répertoire soul-blues des années 60’ 70’ africaines.  Il y a aura des moments inspirés mais cela restera insuffisant pour convaincre, le set est finalement très court et l’improvisation ne suffit pas à combler le vide qui s’installe très vite si Ludovic ne relance pas la machine avec des voix, ou des tubes et notamment ce « So flute » qui enthousiasme le public.  Au final, Saint Germain reste dans une humble posture de DJ ne se permettant pas de rompre la sacro-sainte suprématie de l’instrumentiste sur le producteur. On aura constaté ici les limites de l’exercice.

Greenroom 20h30 : Pas vraiment une scène mais plutôt un spot de DJ sets ; un petit espace coincé entre deux bars Heineken qui sans doute sponsorise l’événement. On y vient pour danser et oublier un peu les instrumentistes des scènes voisines. Esprit de rave qui préside au show du trio dOP dont l’excellence est surtout reconnue hors de nos frontières (mais franchement ce n’est pas grave) et que l’on connaît aussi à travers la formation « Fils du calvaire » Un groupe de très jeunes gens portant des badges à l’effigie du « médiateurs des droits » quitte  in extremis la Greenroom alors qu’au chant Jonathan Illel commence à chauffer les troupes sur des airs house du début des années 90. dOP travaille le genre « Mauvais garçon » avec bières, cigarettes et distribution de vodka au premier rang tout au long du show. La musique est simple, instinctive, un peu vénéneuse. Elle est en partie jouée avec le clavier inspiré de Damien Vandesande qui revisite les postures psychés sur des tempos “tropicale” bien sentis. On peut dire que la fête bat son plein dans ce qui se transforme peu à peu en un sound-system à l’ancienne, où la barrière avec le public n’existe plus en tant que tel. Mais c’est un détail parce que dans les faits, la seule question qui s’impose alors, c’est simplement de danser. On apprendra bien plus tard, dans la soirée, que la droite espagnole sort renforcée des élections législative et que les habitants de Loire-Atlantique, consultés par référendum, ont dit « oui » à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. A chacun sa langue de bois, à chacun sa gueule de bois.



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