[Live Report] Live in Tignes : La France est folle

12 avril 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Première soirée « Live in Tignes by les Francofolies »  avec Jain, Cœur de Pirate et Louise Attaque. Un peu de futur et beaucoup de nostalgie.

Est-ce que nous avons accepté par erreur cette « invitation » comme le chante encore Gaetan Roussel et ses amis de Louise Attaque ?  On le saura un peu plus tard mais à 18h00 c’est la jeune Jain qui ouvre les hostilités avec sa musique electro-tribale mélange de bandes enregistrées et amplifiées, d’éclat de voix et d’accompagnement en playback. C’est la musique du futur, une sorte  d’après Christine and the Queen, quelque chose de beaucoup plus décomplexée avec l’anglais, avec le rythme. C’est le versant roots rock reggae de cette nouvelle chanson française de surdiplômées. Col Claudine et rythme africain. Il aura fallu 15 minutes à Jain pour séduire le public qui sans doute ne la connaît ni Eve ni d’Adam puis, faire  quelques déclarations timides, notamment sur une chanson qui s’appelle « Paris » , peut-être pas la ville mais tout le monde comprend ce qu’elle veut dire. La Bataclan résonne encore ici,  très discrètement.

C’est un festival de la France d’aujourd’hui. La pop culture y est comme la gastronomie locale que l’on partage avec fierté et grand bruit avec les copains de toujours, avec les enfants aussi bien sûr dont on croise les mines réjouies sur les écrans géants qui disent au public combien c’est la fête. Et c’est vrai que les gens ne demandent qu’à vivre quelque chose d’intense, « partager de bons moments » Bientôt il y aura Louise Attaque et l’on sait bien ce qui va arriver. Il y aura le violon d’Arnaud Samuel, le frisson d’un Violent Femme à la française et le conditionnel de Gaetan qui voudrait que l’on se rappelle que son « amour est éternel et pas artificiel ». Mais pour l’instant, il est 19h.  Cœur de Pirate monte sur scène et c’est un peu la douche froide. On comprend soudainement que sa musique date d’avant Adèle et tout paraît soudainement lointain, parfumé à une Star académie d’antan. Comme dit quelqu’un dans le public « mes filles ont adoré le premier album et après plus rien » En 2011 et 2013, Cœur de pirate a surtout été remarquée pour avoir doublé la voix de la Schtroumpfette dans les films  Schtroumpfs 1 et 2. Et c’est bien triste  car chacun sait parfaitement que c’est Gargamel qui a créé la Schtroumpfette et que la Schtroumpfette, c’est toujours des problèmes.

« M’éloigner de vous, je voudrais » chante Louise Attaque. Et les voilà enfin les stars de la soirée, à 20h40 pétante, tout à fait prêt à jouer largement ce premier disque que tout le public a sur les lèvres (1997- près de 3 millions d’albums vendus). D’ailleurs très vite, c’est une évidence, l’éternel jeunesse de ce style folk et furieux qui fait des ravages ici, à Tignes, où justement on a de quoi fêter son country side, son chouette territoire. Comme dit cette journaliste locale, visiblement heureuse d’écrire ce qu’elle veut en vivant ici « Je suis restée un peu bébête,  j’adore toujours mon pays, j’adore toujours passer une heure en voiture pour faire trente kilomètres. Dès qu’il y a un ciel bleu, un point de vue, je m’arrête pour prendre une photo. Je ne m’en lasse pas » Et Louise Attaque est pareil, dans cette candeur joyeuse, cette façon de pacifier la France, de se moquer de Paris et d’être fier quand même. Gaetan remercie  « infiniment »  le public avant d’entonner son histoire, celle de la Parisienne  qu’est pas jolie mais pas moche non plus, celle qu’est pas « créditeur, pas terroriste et pas antiterroriste », « Léa », comme elle parait loin aujourd’hui dans cette France où justement chacun est sommé de choisir son camp. Reste donc cette dernière « invitation » sans doute la chanson d’une génération, celle des « mecs pas sympas qui merdent tout ça tout ça » et qui avaient pourtant bien compris le problème- « si j’ai toujours raison j’ai pas toute ma raison » - les petites contradictions  d’une France qui commençait doucement à devenir folle.

Visuel : ©andyparant


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