[Live Report] Live in Tignes by les Francofolies :Le courage des oiseaux

14 avril 2016 Par Antoine Couder | 0 commentaires

Troisième et dernière soirée « Live in Tignes by les Francofolies » avec Broken Back, Bigflo&Oli, Aaron et The Avener. Comment raconter la fin d’un festival. 

Les hirondelles sont arrivées hier à Tignes, et la neige s’est mise à tomber vers 17h00 alors que Broken Back entrait sur scène. La foule pourtant n’a pas renoncé et s’est massée contre la scène. Une heure plus tard, lorsque c’est au tour de Bigflo&Oli de faire leur apparition, le duo n’en revient toujours pas  de ce public qui grossit en même temps que les flocons.

Le show commence selon les cérémonies d’usage : DJ creusant brièvement une veine old school avant le lancement des deux rappeurs ici accompagnés par un violoncelliste. Très vite, on réalise à quel point ce rap français souvent décrié est totalement intégré au paysage culturel  avec cette petite différence qui fait signature : sa chaleur humaine et, plus loin, sa disponibilité pour les fans, pour de sérieuses séances de dédicaces et de selfies,  comme s’il en pleuvait. Pendant le concert, Oli va même descendre rapper dans le public, cherchant à partager un peu du courage de ce public transformé en oiseaux des neiges.  «Bigflo&Oli sont vraiment sympas », affirme un membre du service de sécurité qui raconte qu’elle a été reconnue par Floriant (Bigflo, l’aîné des deux frères) qui lui a longuement fait la conversation. Très inattendu dans le milieu, surtout lorsqu’on est disque d’or…Sans doute l’effet « génération Wati B » (cf. Black M et les autres) cool et sûre de son succès, fière de faire le lien avec ce qu’il faut bien appeler une nouvelle variété française.

Changement de décor avec AaRON. Un univers totalement différent, inspiré par le côté hiératique du rock et les montées en puissance mélodique  façon Arcade Fire. Plus compliqué cette fois de faire le lien avec le public qui devra se débrouiller tout seul, dans cette fin de journée qui laisse percer ses premières notes vespérales. Sur le fond, il n’y a rien à reprocher au duo qui maîtrise parfaitement son propos et finit d’ailleurs par convaincre que ce qui pourrait n’être qu’une suite de gimmicks astucieux peut finalement prendre corps, grâce à des arrangements hors-pair.


Pour autant, le doute subsiste. Et si AaARON comme du reste celui qui allait leur succéder sur la scène était de cette catégorie de bons musiciens qui avaient choisi la « mauvaise musique » ? Ceux, dont l’oeuvre ultime consiste à relever le niveau de la production commerciale. C’est tout le débat entre les branchés et les autres mais il faut bien admettre que le boulot nécessite un vrai talent et somme toute, un certain courage.

A 21 heures, la neige s’est soudainement arrêtée de tomber pour accueillir le nouveau big boss de la musique made in France. C’est donc The Avener himself dans un DJ set nerveux qui se balade entre techno et (garage) house pour retomber sur les pattes de ses propres compos, énormément appréciées et en cela fédératrices : un mélange de connu et de reconnu, de sons pour clubbers et de musique pour ceux qui ne vont pas en club. « Ca va, ce n’est pas trop boum boum, j’étais un peu inquiète au début » nous dit l’agent de sécurité, copine de Diflo. Entretemps, une neige très fine s’est remise à tomber et sous les spots de la scène, l’ambiance un peu « christmas »  donne envie à quelques jeunes femmes de danser sans bonnet. « Dites-leurs qu’on est heureux, nous dit quelqu’un qui se présente comme guérisseuse. On ne suit pas trop ce qui se passe en France. Ici, on vit dans un autre monde… D’ailleurs, il n’y a pas de cancers à Tignes. Plus bas, dans la montagne oui, mais pas ici » Nous méditons ces déclarations en rentrant à l’hôtel pour retrouver nos derniers compagnons. Le gentil staff du bar se concentre sur le quart de finale de la ligue des champions, devenu soudainement  accessible  grâce au téléphone que Julie la barmaid a généreusement branché sur un petit ordinateur  (à  22h30, L’Atlético éliminera le Barça ). Nous nous installons auprès d’une infirmière qui le matin s’est cassé le coccyx en snowboard et une jeune fille Belge qui ne dit jamais rien. Des amis de festival qui sont tous indiciblement chaleureux et humains et, en cela, plutôt courageux. Même si, au fond, ce sont bien des drôles d’oiseaux.


Visuel : ©andyparant


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