AVANT-GARDE, JOUR 2 : Black Midi et Slowthai, les révélations

1 novembre 2018 Par
Pierre Poughon
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Le Pitchfork Avant-Garde regroupe le futur de nos playlists. Durant 2 jours, 46 groupes vont se partager l’affiche sur 7 scènes différentes autour de Bastille. Programmation haute en couleur, la plupart des genres populaires sont représentés. Le plus dur était de faire un choix, voici donc le parcours confectionné par nos soins pour la journée du mercredi…

De base, la soirée devait commencer au Pan Piper. Bon, à vrai dire, il a fallu éviter ce concert. C’est pas l’envie qui manquait. Palm est un groupe intéressant qui mérite de l’attention. Sa façon assez inédite d’aborder un genre qui tourne en rond, le rock, donne au groupe un élan de fraîcheur assez salvateur. La construction de leur compositions, la structure, le tempo. Ils ont tout repris à zéro, fait table rase du passé. Cela donne un son au début quelque perturbant. Mais vraiment, ils méritent une écoute. Mais bon, le Pan Piper, un peu trop loin du reste, a eu raison de l’envie.

En voilà un autre groupe qui donnait envie. Les londoniens de Black Midi sont arrivés sur scène, pas un bonjour, pas même un regard vers le public. Ce qui frappe en premier c’est la jeunesse du quatuor. Aucun poil de barbe sur scène, ça c’est sûr. Mais à quoi cela leur servirait ? Ces quatre jeunes ont un talent incroyable. La maîtrise de leur instrument est impressionnante (en particulier le batteur, éblouissant au possible). Sans jamais vraiment chanter (parler serait un meilleur terme), le « meilleur groupe de rock de Londres » (c’est Shame qui le dit) déballe un rock pur, différent. Original. Malgré des balances pas forcément à leur avantage, le quatuor donne raison à toute la hype qui se créer autour d’eux depuis un an. Tout le monde en parle sans vraiment de support (presque rien de dispo en ligne). A voir absolument pour comprendre le style, et à écouter (dès que ce sera possible)

Après une bonne dose de rock, on entame un virage à 180° pour aller voir Biig Piig au Badaboum. Épatante de sincérité, de douceur, on retrouve la rappeuse sur scène accompagnée de deux musiciens. Nerveuse comme jamais, (apparemment elle est pas habituée à une salle aussi grande et aussi pleine, elle le mérite pourtant) elle nous récite ses textes calmes, réfléchis, sur la vie, sur les amours. Rien de bien original dans ses écrits de l’irlandaise, mais sa voix les sublime dans un univers calme et planant au possible.


Nous voici ensuite de retour au Réservoir pour admirer le show de Mint Field. Composé d’une guitariste, d’une batteuse et d’un bassiste, le trio mexicain nous gratifie d’un son assez variant. A la fois psychédélique, prog rock avec quelque touches mélancoliques. Le mélange d’une basse inventive et créative, d’une guitare bourrée d’effets différents (des fois un peu au hasard, en tout cas c’est l’impression qui en ressort), et d’une voix aiguë, donne un style calme, lent, assez nostalgique dès la première écoute. Ceci ne leur fait absolument pas défaut, bien au contraire. On adore ce côté dreamy, qui nous permet d’errer paisiblement dans une bulle un peu hors du temps. A retenir, les basslines, encore une fois, qui dénotent du reste réussissant le paris d’ajouter un peu de groove dans ce style psyché.

Arrivé en avance au Pop-Up, la salle s’est petit à petit remplie avant la venue du duo suivant. Buzzy Lee, jeune américaine, était accompagnée de son guitariste, australien. Sur fond de boite à rythme, la chanteuse interpelle par sa voix, posée sur un synthé assez classique. Le guitariste, sans forcément se démarquer, fait le taff en renforçant le sentiment d’une vibe calme. Sans briller, le duo fonctionne par la personnalité de la chanteuse, attendrissante, et sa voix, qui permet de donner un peu de relief. Son guitariste tient la baraque sans créer de sensation outre mesure. Vraiment bien, mais pas forcément incroyable.

Retour au Réservoir (encore. Faut dire que la salle a cette ambiance particulière originale). Sur scène, on retrouve un nouveau trio, SASAMI. Une chanteuse/guitariste, un bassiste et un batteur. En soit, le live, vraiment rock, n’a rien à envier au reste des groupes de la même veine passés par là. Mais, quelque chose dérange. La voix, pas forcément adaptée au son, à l’univers, dénote du reste des instruments. C’est pas faute d’avoir essayé, le trio américain américain marche. Leur présence scénique fait mouche, principalement la chanteuse. Mais, peut-être le manque d’effet, ou la hype restante de Black Midi, on arrive pas à totalement accrocher.

Pour finir en beauté, c’était au Badaboum qu’il fallait aller. Hier, on a eu son penchant américain, JPEGMAFIA, aujourd’hui, voici slowthai. Le rappeur anglais, accompagné d’un beatmaker tout aussi survolté, nous a offert un live dont on se souviendra longtemps. Tant par leur présence scénique, leur énergie insolente et rebelle, que par des textes incisifs et satirique, le duo électrise et énerve un public avide de sensations. Provocateur, slowthai enchaîne les morceaux, n’oubliant pas d’insulter Theresa May, Gordon ou Trump, voire même tous les politiques en général. Malgré leurs airs de rebelle, on sent que les deux sont là pour passer un bon moment, et faire profiter le public, et ils mettent les moyens. Véritables bêtes de scène, les deux enchaînent les pogos, tannant un Badaboum rempli à faire de même. Impossible de détester un set qui donne l’envie de suivre le jeune rappeur jusqu’au bout du monde.