Gaël Faure : « J’ai exploré d’avantage » [Interview]

8 janvier 2018 Par
Yaël Hirsch
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Gaël Faure nous revient en ce début d’année 2018 avec un album au titre ver printemps qui rappelle le monde paysan et lettré de Jean Giono. Nous l’attendions depuis le coup de foudre aux Francofolies (voir notre article) et l’album ciselé et révélateur DE silencs en Bascules (Jive, 2014). Juste avant les fêtes, nous avons succombé à la chaleur rassurante et au clip aqueux de La Saison et nous avons rencontré Gaël Faure pour qu’il nous parle de ce Regain entre foisonnement et maturité.

L’électro fait son apparition pour la première fois dans ce disque ?

C’est vrai qu’on a rajouté du synthé mais ce n’est pas tout à fait de l’électro, c’est juste une texture qui était moins utilisée sur le premier album qui était beaucoup plus acoustico-acoustique et là, j’ai exploré davantage. On s’est dit avec le réalisateur et mes musiciens, que dans chaque chanson il y avait un truc plus profond à aller chercher, tout en restant fidèle à ce qu’on pouvait faire sur scène.

Et heureusement,  il reste toujours votre très belle touche folk … 

Oui, mes chansons sont créées à la guitare essentiellement, c’est notre base.  Après l’idée était de rajouter des textures nouvelles, comme les synthés, avec des plages musicales plus longues. Comme la chanson « Only Wolves » qui est vraiment une chanson chamanique, très longue, un peu à la José Gonzalez, pour me perdre un peu, et avoir quelque chose de très progressif. 

Il y a de vraies figures sur cet album, comme le paysan, l’homme qui travaille avec les mains… Pouvez-vous nous parler de cette galerie de portraits?

C’est une galerie qui célèbre l’intelligence des mains.  Mon père étant agriculteur et j’ai toujours vu ses mains dans la terre. Dans cet album j’ai voulu parler de problématiques qui m’atteignent sans trop  parler d’agriculture… Je voulais être dans mon époque. J’ai voulu que les thématiques soient très humanistes,  parler du « peuple », aussi de ceux qui veulent s’affranchir et en même temps je voulais quelque chose d’ un peu fiévreux. Je voulais trouver le juste milieu entre la modernité et le truc qu’on appelle « passéiste », ce qui ne me dérange pas…

Avec des mots comme « éreinté » ou le « mal de dos »… il y a quelque chose de très physique dans ces chansons…

J’ai pensé à mon père quand j’ai écrit ça. J’ai toujours vu son mal de dos comme quelque chose de normal. Ca existe évidemment aussi à Paris. En fait, le mal de dos, c’est juste le poids de la vie, le coté lancinant ! « Éreinté » je voulais que ce soit une douleur qui domine le corps, j’ai imaginé quelque chose d’immatériel qui prend vie comme une personne à part entière, avec laquelle tu dois dealer toute ta vie.

Il y a aussi un coté western dans cet album, quelque chose de très « New Frontier », c’était voulu ?

J’avais pas pensé à ça, c’est vrai ! Quand on regarde les titres, c’est très « voyage » effectivement. On parle de « sifflets », de « lacets », d’une vie de folie qu’on peut mener la nuit, on se cherche soi-même. J’ai eu trente ans cette année et je me suis dit, voilà tu en es là. C’est ça le voyage, on se rend compte qu’on avance, on rencontre plein de gens et on se rend compte qu’on a tous les mêmes préoccupations. Finir par « traverser l’hiver » effectivement…

Qui chante avec vous sur Regain ?

Il y a Piers Faccini sur le titre « Lonely Hour » qui a aussi écrit Only Wolves, et une artiste qui s’appelle La Chica qui a un super projet musical. Elle a quelque chose de chamanique, d’incantation dans sa voix, et assez simple à la fois. Je voulais une voix qui porte, et surtout une voix de fille sur les chœurs. Sur « Travers l’hiver », c’est Benoît Dorémus qui a écrit les paroles, on a fait cette chanson en cinq minutes, j’ai rajouté un hook à ma sauce, et elle était là. Elle n’attendait que moi cette chanson !

Qui a réalisé votre dernier clip « La Saison » ?

C’est une boite de production qui s’appelle « Temple Caché » et ils sont très préoccupés par les thèmes que j’aborde dans cet album. Mais à la base je les ai découvert sur un clip de La Chica, et je leur avais envoyé « Courbes et Lacets » en pensant qu’on sortirait celui là en premier, mais la chanson n’était pas assez pop pour un premier titre. Finalement je leur ai envoyé « La Saison » mais je sais qu’on bossera sur d’autres titres ensemble,

Comment est venue cette idée d’univers de fin du monde, de personnages de tous les âges… ?

J’adore le cinéma, tout ce qui est « Melancholia », et je trouve que ça se rapproche. J’avais vu un reportage sur Arte qui parlait d’une tribu appelée les Tamang, et le chef de tribu laissait sa famille pour vendre sa marchandise dans la vallée pendant une saison entière. Et je trouvais ça assez beau comme histoire d’amour, ça nous a donné un axe pour un clip tout en étant trop niche. Donc on a ouvert ça à la science-fiction, quelque chose de plus fantastique. Et j’ai suivi l’idée parce que je trouvais ça beaucoup plus moderne, comme un futur assez proche qui parlait à tout le monde.

Dans Regain, il y a des titres en anglais et en français. Chanter en anglais, c’est facile pour vous ?

J’adore chanter en anglais, Pierce trouve que j’ai un bon accent en plus. Quand je crée une chanson je fais ce qu’on appelle du « yaourt » et ça se rapproche quelque part de l’anglais. Cette chanson « Only Wolves » ne pouvait être qu’en anglais pour moi, pareil pour « Lonely Hour » et puis j’avais envie de chanter en anglais. Je voulais que Pierce soit mon parrain, qu’il écrive là dessus et que ce soit pas moi. Je crache pas mal sur les artistes français qui chantent en anglais, mais là je voulais la caution Faccinienne !

Pour précommander Regain, c’est ici.

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visuel : couverture de l’album