Baxter Dury – Prince of tears [Interview de Jeff Jacq] 

28 octobre 2017 Par
Antoine Couder
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Nous avons demandé à Jeff Jacq, biographe de son père Ian, d’échanger avec nous autour de ce qui pourrait bien être l’un des meilleurs albums de l’année.

Jeff Jacq – Lorsque J’ai entendu le premier extrait, Miami, j’ai eu un choc. Très positif. Puis le second a pointé le bout de son nez. Prince of Tears, et là je me suis dit : si cet album est à hauteur de ces deux premiers, alors nous tenons peut-être bien le disque le plus important de la carrière de Baxter. Ce que je confirme à l’écoute de ce disque. Héritage assumé en sus de ce père, Ian Dury. Une icône au même titre que Gainsbourg au Royaume-Uni. De ce fait Baxter a dû le payer au prix fort, bien plus encore que n’importe quel fils de, les médias anglais crachant sur absolument tout ce qu’il peut faire.

Antoine Couder- Un fils dans l’arène, un fils sacrifié; est-ce que l’on n’est pas au cœur de la tristesse profonde de ce disque … son brouillard sensoriel et alcoolisé, car de l’alcool il faut bien dire un mot aussi …

Jeff Jacq – Baxter est, dans toute sa splendeur, le parfait maniaco-romantique. Et l’ironie qui ne cesse de gangrener ces albums, il la tient de son père. Cette pochette, tout de même. Il lutte et il en bave, c’est peu dire. La pochette avec cette montagne qu’il tente de gravir et qui n’est que de sable est celle où il se doit d’affronter ses démons. Fils de, et tout en haut ce père. La coïncidence est telle que son album, au Royaume-Uni, sort le même jour qu’une version en coffret 4 CD de l’album New Boots and Panties !! De feu son père. Ce qui nous ramène à 1977, cette pochette sur laquelle, tout môme, il posait en devanture de vitrine, à ses côtés. Baxter ne peut et ne semble pas vouloir échapper à cet héritage. Sauf qu’avec ce nouveau disque, cela n’a subitement et pour la première fois, presque plus d’importance.

Antoine Couder-  Ce disque brille également par ces intros, vrais faux effets de manche qui captent immédiatement l’attention.

Jeff Jacq – Mungo est l’exemple type des intros à tomber dont Baxter est friand sur cet album. Guitare sublime des premiers Police, mais aussi cette voix émouvante qui fait écho au plus près de celle de son paternel.

Antoine Couder- Et puis ces effets de basse dont on parle tant et que j’entends venir à travers mon logiciel subjectif , autant de Talking Heads que de Tuxedomoon.

Jeff Jacq – C’est une grande réussite de l’album la façon dont la basse trouve sa place tout du long de ces pleurnicheries de prince. Elle est limpide, et fait écho à ces artistes ayant toujours traité cet instrument avec le plus grand respect.

Antoine Couder – Je crois y reconnaître la geste New Wave et pré-cold wave, un peu du Clash de London Burning rehaussé en piano sur Listen  … Et bien sûr le rythme funèbre et entêtant de ces choeurs féminins qui -comme comme tu le dis -emportent tout sur leur passage – cet effet d’ironie tragique sur Porcelain

Jeff Jacq – Porcelain se dévoile sous de multiples angles, et pas des moindres. Le seul titre ou Baxter n’est pas présent au chant. C’est Rose Elinor Dougall (ex The Pipettes) qui s’y colle. Les ambiances sont telles que cordes à l’appui, tout comme sur les violons de Prince of Tears et de Miami, on peut l’entendre comme un hommage marqué (et assumé, et réussi) à une grande part du Melody Nelson de Gainsbourg. Dandy alcoolique qui ne s’adonne pas vraiment au chant, l’ombre ironique de Serge lui sied à merveille.

Antoine Couder – Et avec Letter bomb le titre le plus étrange, le moins cohérent ne retrouve-t-on pas justement tout l’esprit punk qui habite ce Prince of tears ?

Jeff Jacq – Letter Bomb, de mon point de vue, fait écho à une autre track totalement décalé de l’album, le bien nommé Oi, à l’orgue aux sonorités ridicules, sensation mid 60’s à la clé. Quant à Letter Bomb, on peut le voir également comme une réponse au Lover Letters de Metronomy via la présence d’Ash Workman à la production (qui a notamment produit  Christine and the Queens). L’esprit punk est effectivement sous-jacent tout au long du disque. À travers Letter Bomb il éclate et se dévoile sans fard.

Antoine Couder– Un disque courageux au sens où il montre aussi la faiblesse d’un homme et un peu de ce qui en constitue la virilité ?

Jeff Jacq – Baxter ne se fait pas de cadeau, ne se prend jamais au sérieux ici. Paumé dandy, mais point viril. De courage, il n’en a pas. Le fait que ces disques soient si courts, celui-ci n’échappe pas à la règle avec ces 29 minutes au compteur, pointe une certaine paresse, mais aussi le désir ne pas aller trop loin, de ne pas basculer, justement, du côté où il s’agirait de faire preuve du plus grand courage. Ce n’est pas sa came. Et pourtant il cisaille, à la pointe. Prince of Tears  possède tout du petit diamant, fragile, de porcelaine en son cœur, et qui ne deviendra jamais grand. Seulement voilà., c’est à un diamant des plus rares que nous avons affaire. La beauté intrinsèque, qui en fait un disque essentiel. Prompt à nous rappeler que chacun finit par chialer sur son sort, à son propre chevet, un soir de disette, largué dans tous les sens du terme puisque tel est le propos central, éminemment brûlant de ce disque princier.

Prince of Tears – PIAS – Baxter Dury, Jeff Jacq « Ian Dury : sex&Drugs&Rock’n roll – vie et mort du parrain du punk », éditions Ring 2017